Haïti …en toute modestie (Monique Chénard Lavigne)

Haïti …en toute modestie

L’Île secouée à outrance
Sacrifie sa vie à son bourreau
Flottant sur des ravines morbides
Telle une morte trempée du sang de son malheur

Une craie blanche marque un tableau noir
Dans des mots de silence
Tracés sur des corps
Immortalisant le cercueil des âmes ensevelies

Le crayon maléfique
Rature les écrits de vie
Sur la peau indignée
À la poussière de ciment soumise

Relevez-vous bon peuple
Redonnez-vous votre île
La Perle des Antilles

Plongez dans le regard d’autrui
Yeux tournés vers l’espoir
La foi en soi bien en vue

Rallumez vos étoiles !
Haïti est en vous ! Haïti c’est Vous !

 

 

Monique Chénard Lavigne
Notre-Dame-de-Ham QC

Poètes pour Haïti, « livre humanitaire en ligne »

Khal Torabully écrit :

Chers amis,

Enfin, pour aider Haïti, Poètes pour Haïti, le tout premier livre humanitaire en ligne, est né.

Il regroupe des textes de plusieurs poètes du monde.

Nous citerons quelques 50 contributeurs généreux qui ont livré des textes forts, emplis de chaleur et d’espérance pour Haïti :

Xavier Bordas, Arnaud Delcorte, Kenzy Dib, David Giannoni, José Lemoigne, Jean-Yves Loude, Alain Mabanckou, Paul N’Zo Mono, Ernest Pépin, Dana Shismanian, Julienne Salvat, Philippe Tancelin, Erkut Tokman, Khal Torabully, Farah Willem…

Il est important que vous en preniez connaissance et de le diffuser auprès de vos amis et dans vos réseaux.

Merci de participer, par le biais de la littérature, au secours et à la reconstruction de ce pays éprouvé.

Cantate pour Haïti (Khal Torabully)

« In the heart of darkness »

Joseph Conrad

Haïti, je técris cette cantate ultime
Car il ny a pas dhomme éternel
Pour veiller au carrefour des tremblements.
Le ciel ne s
est pas fissuré, le vent
Ne sest pas jeté dans les bras de labîme –
La lumière pourtant sest noyée dans le miel.

            CANTATE POUR HAÏTI
            Port-au-Prince sest penché
            Sur sa faille redoutable, infinie,
            Jacmel a fui les corps des damnés.

 

            CANTATE pour les enfants malaimés
            Du prodigieux Toussaint Louverture..
            Le regard de lenfant senfonce dans le plancher,
            L’oeil du mourant sest écrasé sur lazur.

 

Haïti, il ny a pas que la terre qui tremble.
Ma colonne vertébrale vacille, il me semble.
Ma conscience blessée saigne au plafond de la parole.
Partout des visages hagards rôdent, une folle
Me regarde, me demande où se trouve Haïti,
Son Haïti créole, son Haïti toujours indéfinie…

 

            CANTATE POUR HAÏTI,
            Que dire dun pays à terre
            Qui maintes fois senterre
            Pour se signer au seuil de lenfer ?

 

           CANTATE POUR HAÏTI
Nous t’offrons le chant des versets remués.
Nous mains sont offertes, évincées, lacérées,
Le soleil à genoux, pour toi, supplie.

          

            CANTATE POUR HAÏTI,
            Mes mots tremblent aussi,
            Mon inspiration anéantie,
            Mon poème sest trahi.

 

Haïti, la fente de lAtlantique se réveille.
Partout la poussière balaie où la mort veille.
Une femme accouche de lombre dun enfant
Et son cri se fracasse en stupeurs et tremblements.
Que l
aveugle oublie sa cécité pour te voir en face,
Que la parole qui sefface te laisse son ultime trace !

 

CANTATE POUR HAÏTI
POUR TOI, LE MOT TREMBLE A LINFINI !

Khal Torabully

15/1/2010

Haïti : l’appel de détresse de l’écrivain Jean-Claude Fignolé

Reçu de Jacques Bayle, ce texte de l’écrivain Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots, située à l’extrême pointe de la presqu’île du Sud d’Haïti,

C’est un appel de détresse que je lance. Ma commune s’impose d’accueillir près de 8 000 rescapés du séisme dont certains ne sont pas originaires de la région. Vendredi, pour l’ensemble du département, les services de la protection civile en avaient déjà enregistré 80 750. Plusieurs orphelins, égarés, hébétés, venus d’un ailleurs dont ils ne se rappellent pas le nom hantent les campagnes. Il a fallu les prendre en charge, sans assistance sinon grâce a la générosité de quelques amis haïtiens, antillais, français, belges et la générosité de quelques familles paysannes auxquelles la mairie a donné par enfant une ration d’un demi kilo de riz et une boite de lait. Geste dérisoire qui ne suffit pas a pallier un certain inconfort … moral ni à me donner bonne conscience comme représentant d’une … autorité pratiquement faillie. J’ai découvert dans le yeux hagards de ces enfants affamés, qui avaient attendu sur les quais de Port-au-Prince plus de huit jours avant d’être évacués vers leurs lieux présumés d’origine ce que peut être l’indignité d’un pouvoir central qui de plus en plus s’absente de ses territoires de responsabilité.

Je m’attendais à des difficultés d’approvisionnement à court terme. Force est de constater que la précarité s’installe en termes d’immédiateté. Au marché du lundi, les produits vivriers ont disparu des étales aux premières heures. Un effet de rareté ? Face à l’abondance des récoltes, la mairie avait envisagé l’épuisement des réserves à fin février. Une erreur d’appréciation du volume des arrivants. À voir le flux, une espèce de conglomérat humain, on ne peut plus parler de nombre mais de volume. Et de la pression, de la menace que cela représente. Les produits de première nécessité manquent déjà. Notamment le sucre. Hier soir une âme généreuse m’a offert une tasse de thé « braque » avec du jus de canne à sucre. On se console du goût âcre en prétextant que le jus de canne est un … fortifiant.

À la précarité s’ajoute l’angoisse. Le pouvoir central est désespérément indifférent à la misère physique et morale de cette population qui, revenue en ses lieux d’ancrage, s’en trouve pourtant déracinée. La terre continue de trembler sous ses pieds et plus que jamais lui donne le sentiment de sa vulnérabilité. De sa fragilité. Perdue, seule, abandonnée. Elle n’a plus de repère sinon les édiles à qui elle demande de faire un miracle : la prendre en charge. Avec quoi ? Le gouvernement n’assiste pas. L’aide internationale, on en parle mais personne ici ne sait ce que c’est. Une seule question sur toutes les lèvres. Survivra-t-on ?

Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots
le 2 février 2010

Haïti, mi tchè nou (Marlyne Delin, Martinique)

Tout mo vini two kout …
Tout poézi pwan kouri !
Tout mélodi pèd son yo.
Ayen, Ayen pou eksprimé
La soufrans jodi…
Es bondié viré do?
Pou ki sa zot péyé?
Lè soley ka chofé,
I pa lévé pou brilé’w.

Lè lan mè vin mové,
I pa lévé pou chayé’w.
Lè zéklè ka pété,
I pa vini pou foudwayé’w.
Lè la tè ka tranblé,
I ka tranblé tranblé’y.
Haïti pwan kouraj !
Le mond ka di zot
Pwan lanmen nou fwè nou.
Nou chak la tou piti
Mé ansanm, gadé gwandè nou!
Nou chak la ni dé lanmen,
Mé ansanm gadé lanmen nou ni !
Ou pa rété zyé pou la pléré,
Mi zyé nou ka pléré baw.
Tchè’w ka débodé la penn
Mi tchè nou ka senyen ba’w!

source : Vents d’ailleurs.

Haïti : Il a mangé plein de gens (Syto Cavé)

C’était ça, Thurgeau? Une plaisanterie! L’ancienne maison a vacillé, puis est tombée de toutes ses colonnes et de son grand balcon, comme quelqu’un ayant l’air de demander pardon au temps. C’est ce qui s’appelle un séisme, un vrai! Il a parcouru la ville et une bonne part du pays. Il a mangé plein de gens. Mangé! Littéralement! C’est-à-dire: Moulu! Avalé! Ceux qu’il a laissés dehors, les autres morts, sont alignés sur les trottoirs, certains à découvert, dautres enveloppés dans des draps ou du plastic blanc. Les églises aussi sont agenouillées…

La suite du texte de Syto Cavé, dramaturge, sur HaïtiNetRadio.com sur Facebook.

Haïti : un appel de JC Fignolé, une aide via la Guadeloupe

« La  destruction partielle de Port-au-Prince laisse plus d’un million de sans-abris. La mairie de Port-au-Prince demande aux rescapés de regagner leur province d’origine pour des raisons de sécurité et de santé publique. La commune des Abricot a un besoin urgent d’aide pour accueillir, nourrir, loger et accompagner psychologiquement les rescapés pour atténuer, sinon réduire, les traumatismes. Des milliers de personnes arrivent, 10 000 à 20 000 sont attendues. »

La suite par Gilles Coleu sur le site des éditions Vents d’ailleurs qui relaie l’appel à l’aide d’une association guadeloupéenne, Solidarité et développement Caraïbe, à Gourbeyre.

La cité des Abricots, à l’Ouest d’Haïti a pour maire l’écrivain Jean-Claude Fignolé, dont un autre appel pour les enfants avait déjà été lancé ici, le 19/01/10.

Réunir Haïtiens de l’intérieur et Haïtiens de la diaspora (collectif canadien)

Un texte d’un Collectif d’auteurs héïtiens-québécois, dont plusieurs universitaires, publié par Le Devoir (Canada) relève « l’occasion exceptionnelle de réunir Haïtiens de l’intérieur et Haïtiens de la diaspora dans une même communauté nationale, par une citoyenneté de rang égal. La diaspora, réserve d’Haïti, doit être prise en compte pour la définition de la politique de reconstruction et la mise en oeuvre de cette politique. »

Sur la diaspora, voir le planisphère de Georges Anglade sur Île en île.