La reconstruction d’Haïti coûtera 14 milliards de dollars (BID)

La reconstruction d’Haïti coûtera 14 milliards de dollars, selon une estimation de la BID, Banque intéraméricaine de développement, dont l’étude est consultable dans son intégralité ici.

Ces chiffres, rapportés au nombre d’habitants et à l’économie du pays, feraient du tremblement de terre de janvier la pire catastrophe naturelle des dernières décennies, selon l’organisme : cinq fois plus de morts par millions d’habitants en Haïti que la seconde catastrophe des temps modernes, le tremblement de terre du Nicaragua, en 1972. Le tsunami de 2004 avec sensiblement le même nombre de victimes n’a pas affecté qu’un seul pays, mais douze, selon la BID :

Fais-toi belle, Haïti… (Monique Chénard Lavigne)

Fais-toi belle, Haïti…

Des larmes asséchées tracent un silence de défunt sur tes joues.
Ne laisse jamais ta salive aride avaler ton espérance.
Tes rêves crépitent toujours d’étincelles
au magnétisme de ton corps
Quand tes bras en croix les aimantent au pouls de la vie.
Fais-toi belle, Haïti…

N’attends pas aux lendemains pour renaître.
La mort n’a plus sa place chez toi pour encore te trahir.
L’aurore en deuil à tes genoux, soleil en main,
te fait signe à nouveau.
La grâce à l’instant t’offre le jour, demain est là!
Fais-toi belle, Haïti…

L’artiste sculpte ses plaies aux pastels de son œuvre.
Tes prières sont en édition sur la fresque du dôme céleste.
Ta survivance est marquée du sceau du futur
dans la prospérité et la richesse de ton être.
Ta force est écrite en toi, si unique, si audible, si palpable.
Fais-toi belle, Haïti…

La providence rapiècera les humiliations de ton corps.
Coiffe à nouveau de fleurs magnifiques ta chevelure au matin.
Des couleurs de ton île maquille-toi et
recouvre élégamment ton épaule des fruits de ton labeur.
Dans ta détresse chante à l’Histoire la présence de tes absents.
Fais-toi belle, Haïti…

Sois la plus belle, Haïti…

Monique Chénard Lavigne
Notre-Dame-de-Ham (Québec)
15 février 2010

Haïti c’est pas pareil (foi de Ferrillon)

Les Ferrillons se prennent de passion pour Haïti et ses écrivains. Les 284 habitants de Ferrière-Laçon (mais où est donc Ferrière-Larçon ? se demande-t-on…) vont saluer « Haïti, découvertes d’écrivains » dans leur café-lecture à l’aube du printemps.

« Le pas pareil propose à la nuit tombante quelques livres de peintures, une cuillère à thé de musique et un zeste de voix d’écrivains par des lectures de René Depestre, Franketienne, Lyonel Trouillot, Gary Victor et Dany Laferrière. »

Foi de Ferrillon :

« La littérature d’Haïti est si riche que notre sélection ne sera qu’un petit avant goût, dans l’espoir de découvrir ensemble le bonheur de cette culture colorée, créative, truculente et quelque part obsédante, pas toujours connue à sa juste valeur.
Le café-lecture à l’aube de sa rénovation ne nous permettra pas encore de vous y accueillir. Patience de Ferrillons…
C’est au Petit Théâtre des Balcons, transformé pour l’occasion en café-lecture, dimanche 7 mars à 17h. »

Réseau Culture Haïti veut relever de « nouveaux défis »

Le Réseau Culture Haïti a été lancé, à la Bellevilloise, à Paris, ce dimanche 14 février 2010 en réunissant des associations culturelles franco-haïtiennes dans une structure indépendante avec pour premier objectif « sur le long terme (…) lever des fonds ou sensibiliser aux nouveaux défis auxquels est confronté le secteur culturel haïtien. »

Les cinq membres fondateurs sont les réalisateurs Anne Lescot et Charles Najman, l’organisatrice d’expositions Régine Cuzin, la comédienne Anne-Louis Mésadieu et la journaliste Emmanuelle Honorin.

Dans le comité de parrainage on relève les noms des créateurs haïtiens Raoul Peck, Mimi Barthélémy, Arnold Anthonin, James Noël, Edouard Duval Carrié autour des cinéastes Laurent Cantet, Abderahmane Sissoko ; des écrivains Maryse Condé, Alain Mabanckou, Claude Arnaud, Fabienne Kanor et l’ancien directeur du Festival d’Avignon Bernard Faivre D’Arcier, l’organisateur d’expositions Jean-Hubert Martin et le journaliste découvreur de talents musicaux Rémy-Kolpa Kopoul.

Un état des lieux et des artistes haïtiens sur place, l’organisation d’un festival de cinéma à Paris, la sortie d’un disque SOS Haïti par Mondomix, la participation à des festivals en France, l’organisation de partenariats entre structures culturelles françaises et haïtiennes, l’organisation de résidence d’artistes, tels sont les objectifs de ce réseau d’associations qui regroupe 23 membres.

Première initiative concrète de Réseau Culture Haïti : réunir 3 000 euros pour venir en aide au péristyle de Mme Nerval à Jacmel, « site embématique de la culture populaire ».Le site de Réseau Culture Haïti est en cours d’élaboration.Détails des objectifs ici.

Haïti : lisez Morbarz

À signaler dans l’activité récente de Morbraz, les analyses de trois romans de Lyonel Trouillot… Extraits :

Thérèse en mille morceaux :

« On la croit hystérique. Elle débarque du bus. Elle rejoindra la capitale plus tard. Lente sera la dérive au bout de laquelle Thérèse, reconstruite, va déchirer ses carnets couverts de mots : « Thérèse regarde Thérèse partir de tous côtés, rebondir sur le sol, se déchirer au choc des pierres, s’accrocher aux plantes, se cacher, resurgir » (p.118). Thérèse va pouvoir se promener dans sa robe légère.
Et enfin vivre. »

Rue des pas perdus :

« L’écriture, ici, se « spiralise » d’une part et, dans le même temps, on croit percevoir l’influence d’un auteur majeur de la diaspora qui se fait sentir dans la structure de l’écrit : il y a sûrement de l’Émile Ollivier dans ces « pas perdus »… la technique qui consiste à confier alternativement la responsabilité du récit à différents personnages mais toujours à la première personne du singulier, déjà rencontrée dans Passages, les broderies superposées sur un même thème central : thèmes récurrents et énonciateurs croisés. Cette lecture brouillée peut parfois donner la sensation d’une absence d’unité. Mais on ne peut s’empêcher d’y voir aussi une longue métaphore filée évoquant la vie quotidienne en Haïti. »

Les Fous de Saint-Antoine :

« Le véritable personnage de cette chronique, c’est la petite foule de cet îlot de Port-au-Prince, en pleine période Duvalier : Gédéon le vantard, Marie-Rose la bonne, Caca Clairin le clochard ivrogne détenteur de toutes sagesses, Ti Cadet le mort-trop-tôt, l’épicier et sa femme-matrone, la vieille Hermann cannibale, la tante Angela au caractère de chien, vieille fille sacrifiée, Hermance la langue de vipère, Lumière Rouge, la prostituée forcément au grand cœur, Marco le prêteur sur gages, Carmencita la putain rêvée par Caca Clairin, Timoléon au ventre infernal, Mario l’enquiqui­neur et Willy l’usurier, les voyous associés, une volée d’enfants rieurs, une vague de vieillards à la dérive, un petit peuple de petit quartier… un grouillement de personnages. »

Et d’un roman de René Philoctète, Le peuple des Terres Mêlées, que je vous laisse découvrir sur le site.

« Un Haïtien se tient » (Reynald Joseph, peintre)

Apprécions à sa juste valeur l’engagement des peintres d’Haïti, tels que le montrent les photos du talentueux Jean-Claude Coutausse dans Le Monde magazine du 13 février 2010.

Alors que le Centre d’Art est par terre et que le Musée d’art Nader s’est écroulé, Annick Cojean rapporte les propos de ces artistes de renom qui ont peint depuis le séisme dans son reportage auprès d’un « peuple maginfique », écrit-elle :

Je marche dans les rues dévastées, je bois, je pense. Je ne dors pas. Je peins. Je peins comme je respire. Et comme je bois ! (Frantz Zéphirin) ;

Je veux que les autres pays voient dans quel abîme Haïti est tombé. Je ne peux plus peindre l’insouciance. (Henri Jean-Louis) ;

Un tableau est un objet d’art. Et l’art n’est pas fait pour dire le malheur. Même déprimé, cabossé, un Haïtien se tient. (Reynald Joseph).

I believe in miracle ! (Giscard Bouchotte)

Nous sommes un mois, jour pour jour après le séisme en Haïti ! Depuis, j’ai tout fait pour créer des liens (Apprivoisons-nous dirait le Renard au Petit Prince !) entre des familles haïtiennes et étrangères. J’ai demandé à des amis proches ici de rentrer  en contact  avec des familles haïtiennes que je connais en détresse en Haïti : je suis très heureux des premières réponses.

La famille Nestor à Jacmel n’avait toujours rien vu comme organisation internationale. Le Centre Primaire d’Alcibiade où étaient scolarisés les  enfants est complètement au sol. Et puis, dit-il, qui connaît les Nestor ? La famille m’a envoyé dès le lendemain des informations et plusieurs photos pour établir une fiche et j’en ai parlé à Maurice. Maurice disait :  « Mais 50 euros c’est un dîner en ville Giscard, d’ailleurs j’ai intérêt à maigrir un peu !  Tu es sûr que ça peut faire quelque chose ? »  50 euros représentent le salaire du chef de famille Maurice ! Il a illico accepté de les accompagner sur la durée et de leur envoyer 100 euros tous les mois pendant un an via Western Union. Maurice va faire des heureux…

La générosité n’est pas donnée à tout le monde. Mais quand elle se manifeste, la moindre des choses serait de dire à ces gens comment ils sont précieux :

à  toi Jeanne, retraitée de 80 ans à Marseille qui accepte de prendre 50 euros de ta retraite tous les mois pour offrir à la famille Jean-Louis.
Je promets d’être là si tu as besoin d’un référent en France mais j’aimerais vraiment que tu les appelles de temps en temps aussi. La première thérapie c’est de dire les choses !

à toi Laura que je connais depuis 3 mois à peine. C’est toi qui es venue vers moi et m’as demandé ce que tu pouvais faire. J’ai hésité une seconde, par pudeur et puis, tu m’as dit, « Tu aurais pu être à leur place ! oui oui oui  »

à toi aussi cher ami écrivain (qui veut toujours rester discret), Magguy et Charles m’ont demandé de leur acheter ton dernier livre pour le lire au plus vite. Je leur envoie ton chef-d’oeuvre la semaine prochaine…

et puis, à vous peut être qui allez faire des heureux, d’une manière ou d’une autre : une dizaine d’autres « fiches » sont disponibles ! Merci beaucoup. Mèsi anpil.
Puisque c’est surtout le regard porté sur ce pays  qu’il faudra changer. Puisqu’Haïti n’attend ni de la pitié ni du courage mais votre amour. Puisqu’il faut aussi des petits gestes par familles pour accompagner le pays dans ce long processus de la reconstruction. Avec vous, j’ai soudain l’impression d’être moins impuissant.

Un mois après: I believe in miracle !

(Giscard Bouchotte est réalisateur)