Le Serpent à plumes pour Haïti est paru

« Le Serpent à plumes pour Haïti », recueil de textes d’écrivains haïtiens et de l’ami d’Haïti, Thomas C. Spear, est paru. Tiré à 5 000 exemplaires, vendu 15 euros, la part éditeur (environ 7 euros) doit revenir à l’Hôpital de la Communauté Haïtienne, à Port-au-Prince. En plus de photos de David Damoison et Fred Kœning, on y voit cette superbe toile d’Hervé Télémaque , « Le Voyage d’Hector Hyppolite en Afrique n° I » :

Voici un extrait de la nouvelle de Syto Cavé, Fatras-Bâton :

il décida de se nommer Fatras-bâton. Ce n’était pas une invention. Ce nom appartenait à l’un des héros de l’indépendance haïtienne qui le changea très tôt contre celui de Toussaint Louverture. Il ne ressemblait aucunement à cet homme. Il n’en avait d’ailleurs pas la prétention. Il ressemblait plutôt à son nom, à ce premier nom que Toussaint laissa en route. Ça lui disait quelque chose. Il signifiait pour lui un certain parcours. Dans son oreille intérieure, il sécrétait le sens d’une cassure, d’un chemin coupé. De l’union de ces deux termes naissait un rayonnement, une magie nominale, un rapport idéal entre le mot et la chose, l’être et le nom, au point qu’ils paraissaient ne pouvoir se passer l’un de l’autre, comme prédestinés à se révéler, composantes principales, nécessaires d’un drame.

Mon double travail de chauffeur et de corrrespondante sur l’internet au mille messages

Qui dira, publiera, transmettra dans le vaste monde tout ce qu’Haïti vit depuis le séisme du 12 janvier ? Déjà des éditeurs fourbissent leur papier pour relayer toute cette littérature, celle des écrivains comme celle des gens du quotidien, sueur au corps, déroulant leur sollicitude dans la solitude multiple, alors que résonne a l’entour une compassion sans fin, sans faim car jamais rasasiée.

Au gré des navigations sur la Toile, des messages, des textes touchent plus que d’autres. Ainsi sur le site de la Fondation Haïti Partage, cette lettre de Mica à Flo. A la découvrir, le lecteur a le sentiment de partager quelque chose. Sur place, dans la régions des Abricots, il y a Jean-Claude Fignolé, écrivain, maire, et sans doute plus que ça alors que sont arrivées et que viennent encore des foules de réfugiés de la capitale.

Ça a commencé comme ça :

« Flo chérie, il faut que je donne des nouvelles un peu à tous les amis qui m’en demandent et qui ne peuvent s’imaginer ce après quoi je cours toute la journée qui me bouffe tout mon temps. 

Le drame a commencé par une belle journée où au volant de mon pick-up, je suis partie des Abricots vers Jérémie… »

Lisez La vie aux Abricots, c’est dans aucune librairie, c’est comme une littérature de l’urgence.

Lisez Abricots de Jean-Claude Fignolé dans Haïti, un atlas littéraire :

« Penchée à l’avant d’une blanche caravelle, elle se rappelait Heredia en regardant monter vers elle, des profondeurs ignorées, la fantasmagorie des coraux. L’étrave fendait allègrement la mer étale. A l’arrière, le sillage traçait des raies de vaguelettes qui bruissaient, étincelaient sous le soleil… »

Haïti, le blog du témoin

Après près de 2 semaines passées à Port au Prince, me voilà de retour en France. Le voyage en minibus (une quarantaine d’haïtiens – j’étais le seul étranger) de Port-au-Prince à Santo-Domingo s’est plutôt bien passé mais j’ai été extrêmement outré par les dix-neuf (19 !!) contrôles des autorités militaires dominicaines pour lesquels il a fallu à chaque fois allonger les billets (et ne se gênant pas pour demander plus lorsque la somme ne leur convenait pas). Cela n’enlève toutefois pas le mérite et la grande générosité des Dominicains, très actifs sur le terrain, envers la population haïtienne.

La suite du témoignage, reportage, d’Olivier sur Le blog du témoin, repris par les habitants du quartier de Delmas à Port-au-Prince (Haïti), (signalé par Dimitri Béchacq).

Haïti : « Que l’écriture continue a nous unir »

« Que l’écriture continue a nous unir l’un l’autre », parole de St Just Louvenson (Haïti) à l’association culturelle Etc Caraïbe (Guadeloupe).

Daniel Vende, directrice, donne des nouvelles des auteurs haïtiens, anciens résidents ou boursiers en écriture :

Guy Régis Junior et Duckens Charitable sont invités fin mars par le Shegall Center de New-York en partenariat avec l’université de New York et Etc. pour des lectures de leurs textes, des rencontres, des débats sur leur écriture.

Evelyne Trouillot et Jean Durosier Desrivières partiront à Prague, au festival « Nous sommes tous africains » où leurs textes seront mis à l’honneur en français mais aussi en tchèque.

Dominique Batraville sera en Martinique à partir du 12 mars pour témoigner, il est invité par différentes structures en partenariat avec Etc.

Vous pouvez encore nous aider :
– Jean Durosier Desrivières et Romily Emanuel St Hilaire partiront en avril pour l’un et en juin pour l’autre en résidence d’écriture à la maison des auteurs de Limoges en partenariat avec Etc. Nous recherchons les moyens de leur financer les bourses d’écriture pour deux mois chacun.

– Jean Joseph et Dovilas Anderson veulent terminer leurs études de philosophie et de linguistique, nous recherchons pour eux des universités d’accueil et les bourses nécessaires. L’ambassade de France en Haïti vient de nous proposer deux bourses d’étude pour l’Uiversité des Antilles-Guyane.

Comores : une collecte de deux millions de francs pour Haïti

Le séisme en Haïti a suscité la générosité des Comores. Après un mois de collecte de fonds pour venir en aide aux sinistrés, un collectif de jeunes Comoriens a remis un chèque de 2 023 500 francs comoriens (4 200  euros) à l’Unicef, raconte Faissoili Abdou, de la Lettre de Malango du 18 février.

« Cette opération dite « Tsozi la Haïti » ou « larme pour Haïti », est certes symbolique, la somme collectée est insignifiante par rapport aux dégâts et aux besoins actuels des Haïtiens, mais c’est une opération du cœur », a déclaré Hamidou Mhoma, le président du collectif à l’occasion de cette remise.

« Grâce au collectif « Tsozi », les Comores à l’instar des autres pays du monde ont répondu présent à l’appel international, en faisant ce geste pour le peuple haïtien avec qui nous partageons beaucoup de valeurs. La solidarité internationale ne doit pas être l’apanage des pays nantis ».

Le don des Comoriens est une goutte d’eau dans la collecte de l’Unicef. Ainsi, l’UNICEF France a reçu 6,2 millions d’euros, mais en France, le PIB par habitant est de 28 356 euros.

Rapporté à l’économie des donateurs, l’effort des Comoriens n’est pas négligeable. Les PIB (Produit intérieur brut) des deux pays sont comparables : 468 euros pour les Comores, 488 euros pour Haïti.

BD pour Haïti : un coup de crayon à 12 544,73 euros

Destiné à la Croix-Rouge de Belgique, « Un coup de crayon pour Haiti » a permis de récolter 12 544,73 euros.

C’est pas mal du tout. Bravo à Thierry Coppée et Isabelle Paelinck et à tous les dessinateurs qu’ils ont réunis…

Communiqué de la Croix-Rouge :

« La vente aux enchères d’originaux de planches de BD au profit des victimes du séisme en Haïti s’est clôturée hier soir. En dix jours d’enchères sur eBay, ce sont 67 oeuvres qui ont été achetées par des acheteurs de plusieurs pays d’Europe pour un montant total de plus de 12.500 euros !

Cette somme alimentera directement notre fonds d’urgence international pour nos projets de reconstruction en Haïti pendant au minimum deux ans.

La Croix-Rouge de Belgique remercie chaleureusement tous les dessinateurs et illustrateurs qui nous ont généreusement offert leurs oeuvres. »

Haïti : il y a urgence à penser

Entendu lors de la rencontre publique à Paris entre une délégation culturelle du gouvernement haïtien et des acteurs de la culture en France, dans la bouche de Magali Comeau-Denis, conseiller spécial de la ministre de la culture et de la communication :

Si on ne donne pas des livres aux Haïtiens, nous sommes condamnés à recevoir du pain et du riz.

Les banques ont rouvert pour éviter d’être dans la culture de l’humanitaire.

J’ai du mal avec le terme de reconstruction. En botanique, il y a le terme de résilience.

La poésie peut servir à inquiéter.

Dans l’urgence, on n’a pas assez parlé, pas assez pensé. Il y a urgence à penser.

Le tremblement de terre n’a rien inventé, les problèmes ne sont pas nouveaux. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils sont démocratisés. Tout le monde a peur des épidémies, noirs, mulâtres, riches, pauvres.

Nous sommes tous sous les décombres, c’est ça l’esprit de solidarité.

Contre un gel total du marché de l’art haïtien

Un groupe d’artistes et de galéristes haïtiens lance un appel à Irina Bukova, Directrice générale de l’Unesco, pour éviter « un gel total du marché de l’art haïtien ».

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) avait lancé le 29 janvier une campagne pour protéger du pillage le patrimoine mobilier d’Haïti, notamment les collections d’art des musées, galeries et églises endommagés par le séisme du 12 janvier. 

Dans Le Nouvelliste du 16/02/10, des personnalités de la culture, parmi lesquels Lorraine Mangonès de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), les galéristes Gaël Monnin et Georges Nader Jr. ou le cinéaste Arnold Antonin, entendent mettre en garde l’Unesco :

« Il nous paraît tout d’abord indispensable de dissocier la circulation des oeuvres à caractère patrimonial qui devront être répertoriées – du marché de la création contemporaine qui concerne et fait vivre plusieurs milliers d’artistes dans notre pays.

Nous pensons qu’il faut éviter que ces mesures nécessaires aboutissent à un gel total du marché de l’art haïtien, car les conséquences seraient désastreuses sur une communauté artistique déjà terriblement éprouvée par le séisme. Nous craignons en effet qu’ils ne souffrent d’une mesure trop rigide qui les priverait de toutes ressources, plus vitales encore en ces temps de détresse.

La sortie d’oeuvres contemporaines peut contribuer à leur sauvegarde hors de nos frontières, tout en aidant nos artistes et galeristes à survivre. »

chez Morbraz…

À signaler trois nouvelles critiques en littérature haïtienne chez Morbraz :

De si jolies petites plages de Jean-Claude Charles, Stock (1982)
Romancero aux Étoiles de Jacques Stephen Alexis (Gallimard 1960, puis Gallimard L’Imaginaire n°194, 1988)
Fleurs d’insomnie de Frankétienne 1986 chez Deschamps, puis 2005 Imprimerie Media-Texte, Port au Prince.