Ann Aji ak Ayiti

A signaler l’initiative de ce couple franco-haïtien, le blog Ann Aji ak Ayiti (Agir pour Haïti) « pour développer les solidarités après la catastrophe du 12 janvier 2010 » :

« En Haïti, l’Association Communautaire de Port-à-Piment (sud-ouest du pays) se met en place pour apporter une aide aux déplacés et impulser des projets de développement locaux sur une base collective. En France, l’association Ann aji ak AYITI – Agir avec Haïti apporte un appui logistique et financier à cette structure en construction et propose de partager les nouvelles concernant ces initiatives locales porteuses d’espoir. »

Je tresse mes mots (Jean Hérold Paul)

« Je tresse mes mots : vertébrés, ivres et béants – coulées surabondantes de lacs en fleuves d’encre d’Ébènes arc-boutées sur la diachronie cinq fois séculaire volcans voraces déments où s’empilent s’entassent s’engorgent tourmentés leurs maux balbutiés pourtant synchronisés au tournant conscient du marasme monotone – involontairement vagabonds, certes intermittents, peut-être abusifs, mais exaltés, enluminés, luminescents – accordéon à coups de supplices enténébrés d’où se déploie le Sud : géographiquement corporaniquement, infrahumainement – de soustractions en soustractions au Grand large de la vie esquissées parfaitement en icônes infâmes, démesurément saupoudrées de Sang saumuré s’innocence.

Je tresse mes mots : épais, indociles, incrédules voire sceptiques, en quête de jouvence affamés d’oasis dans le désert de leurs maux emmurés par la muselière du Temps. »

Haïti montre Lavoie

« Lavoie fait partie de cette génération porteuse d’un renouvellement tout à fait nécessaire à la poésie haïtienne. Il est comédien, chanteur, musicien et conteur aussi, c’est-à-dire, tireur de contes à la belle étoile. », écrit Josaphat-Robert Large à propos de Coutechève Lavoie Aupont, dit Lavoie, qui fait ainsi son entrée sur le site Île en île, benjamin des poètes haïtiens présentés.

Extrait de sa poésie :

on dirait Port-au-Prince
en robe de chambre sur la stérilité d’un jour de vote
le long de son cou la vie est cocue
et la souveraineté de nos songes s’en va
comme une orange morte.

Haïti : plus d’un millier de camps

En Haïti, le dernier rapport du Réseau national de défense des Droits humains (RNDDH), dresse un état des lieux à la dimension du séisme du 12 janvier 2010. Les chiffres sonnent comme autant de coups de tocsin : 222 517 morts, 250 000 blessés, 300 000 disparus et 597 801 personnes déplacées vers les villes de province dont 160 000 se sont réfugiées dans la zone frontalière haïtiano-dominicaine. Au moins 450 000 enfants se retrouvent dans les camps, parmi eux, des orphelins de père et de mère. 70% des maisons ont été détruites dans les zones touchées par le séisme et conséquemment, au moins 1 053 camps ont été répertoriés dans diverses régions du pays.

Glané et noté au fil de la lecture de ce bilan au tableau clinique effarant, on lit :

Santé : Plusieurs hôpitaux ont décidé, contrairement au vœu de la communauté internationale, de faire payer aux patients pour les soins et médicaments reçus. Conséquemment, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a suspendu la fourniture de médicaments aux cliniques privées et menace, aujourd’hui de ne plus en fournir aux hôpitaux publics.

Sécurité : Les efforts conjugués de la PNH et de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en vue de déloger les gangs armés qui contrôlaient des zones jadis dénommées de non droit, sont en passe d’être sabotés, à la faveur du cataclysme du 12 janvier 2010.

Plusieurs individus inculpés et gardés en détention préventive pour des crimes spectaculaires d’association de malfaiteurs, de détention illégale d’armes à feu, d’enlèvement et séquestration contre rançon, de violences sexuelles, se sont évadés de prison et tentent de reprendre le contrôle de leurs anciens territoires.

D’autres, contraints d’abandonner leurs fiefs en vue d’échapper aux arrestations, ont regagné leur base, engageant ainsi une lutte d’hégémonie. En effet, plusieurs bases de gangs armés, jadis délocalisées, reprennent fonction. Les endroits les plus sollicités sont : Cité Soleil, la localité Ti bois de Martissant, le quartier de Bolosse, etc.

Prison : La prison civile de Port-au-Prince qui accusait, avant le séisme, un effectif de 4 215 détenus a été complètement vidée. Au 1er mars 2010, la prison civile de Port-au-Prince, dont la porte d’entrée est bloquée, garde 213 détenus incarcérés au rez-de-chaussée du quartier Brick.
Suite à ces évasions, la population carcérale est passée de 8984 à 3 798 détenus.
A l’intérieur des camps, pour la période allant du 13 janvier 2010 au 24 février 2010, au moins 19 cas de viols ont été recensés par le RNDDH.

Sorcellerie : Parallèlement, les mères et pères de famille occupant les camps se plaignent de l’absence du courant électrique, ce qui favorise le phénomène de la sorcellerie. Il est rapporté que le soir, des enfants en bas âge ont du mal à dormir alors que d’autres tombent malades. De plus, des animaux tels que des chiens, des poules, des cochons, des couleuvres, rodant autour des camps, attaquent au cours de la nuit, les nouveau-nés, les femmes enceintes, les enfants en bas âge. Si certaines personnes en âge avancé, persécutées par la population, sont arrêtées pour sorcellerie et conduites dans les commissariats, d’autres sont purement et simplement lynchées par la population. Au moins deux cas de lynchage respectivement à Carrefour et à Delmas ont été rapportés au RNDDH.

Il est regrettable de se rendre compte aujourd’hui, accuse le rapport du Réseau national de défense des Droits humains, qu’aucun plan de gestion des désastres et des post-désastres n’a été élaboré, aucun achat pour venir en aide aux éventuels sinistrés n’a été fait même en prévision de la période pluvieuse de 2009. Si cela avait été le cas, le gouvernement haïtien aurait au moins pu disposer des premiers kits de secours à fournir aux victimes du séisme du 12 janvier 2010 en attendant l’aide internationale.

De plus, le gouvernement ne manifeste aucune velléité de protection du patrimoine national : Des documents nationaux importants, se trouvant sous les décombres des bâtiments publics tels que le Palais National, le Palais de Justice, la Direction Générale des Impôts, etc. n’ont pas été récupérés.
La situation sécuritaire en Haïti reste préoccupante, tant au niveau des camps qu’au niveau des rues de la capitale et de certaines grandes agglomérations, aujourd’hui, zones d’accueil. Des cas fréquents d’agressions sont enregistrés et au moins trente-huit personnes ont été tuées par balles pour la seule période allant du 27 janvier au 24 février 2010.
La distribution de l’aide humanitaire ne touche pas les catégories sociales les plus touchées par le séisme, un marché parallèle est créé et l’aide offerte est vendue aux plus offrants.

Un Forum de l’UNESCO pour reconstruire le tissu social, culturel et intellectuel d’Haïti

Des intellectuels, des artistes, des responsables politiques haïtiens, ainsi que des membres de l »a vibrante diaspora haïtienne « , selon les termes d’un communiqué, se retrouveront le 24 mars à l’Unesco, à Paris, « pour dégager des pistes afin de rebâtir la société haïtienne ».

Parmi les participants de ce Forum, intitulé « Reconstituer le tissu social, culturel et intellectuel d’Haïti », figurent notamment Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, Ministre haïtienne de la Culture, l’écrivain et dramaturge haïtien Frankétienne, le lauréat du Prix Nobel de Littérature, Wole Soyinka, le cinéaste Raoul Peck, l’ancien Premier ministre du Togo et ancien Secrétaire général de l’Organisation de l’Union africaine, Edem Kodjo, ou encore le recteur de l’Université Quisqueya d’Haïti, Jacky Lumarque.

Le Forum se tiendra une semaine avant la Conférence internationale des donateurs sur Haïti qui aura lieu au Siège de l’ONU à New York et dont l’objectif sera de mobiliser l’aide internationale afin de financer les besoins du pays en matière de développement.

Le Forum s’articulera autour de trois thèmes : Après le tremblement de terre : mobiliser le savoir et les compétences sociales pour revivifier Haïti ; Poursuivre une histoire unique : la force du patrimoine, de l’identité et de la créativité culturels d’Haïti ; Reconstituer le système éducatif : condition critique d’un renouveau haïtien et source de force intellectuelle.

Il sera suivi par une représentation de la pièce de Frankétienne, « Melovivi ou le Piège » à 20h30. Auparavant, Irina Bokova aura nommé le dramaturge « Artiste de l’UNESCO pour la Paix » à 13h.

Haïti : Des graines pour les Abricots

L’appel de l’écrivain haïtien Jean-Claude Fignolé, maire de la commune périphérique des Abricots (dont la population a été multipliée par quatre après le séisme), a été entendu au point qu’une association s’est créée pour envoyer des graines à Haïti et à travers le monde.

« Graines de vie a vu le jour suite à l’appel de Jean-Claude Fignolé pour des dons de semences afin de pouvoir nourrir toute sa population à moyen et long terme.
Dès que la distribution du courrier sur Haïti sera rétablie vers la commune des Abricots, nous mettrons en ligne la liste des semences pouvant être cultivées sur cette communes et aux alentours ainsi que l’adresse à laquelle envoyer directement vos sachets de graines. »

Laferrière en V.O.

L’énigme du retour, de Dany Laferrière, existe en version audio, lue par l’auteur lui-même pendant 5h48. On peut découvrir un extrait avant de l’acheter chez Audiolib. A écouter les yeux fermés, tellement le grain de la voix de Laferrière convient fort bien à ce monologue intérieur.

Une nouvelle qui en réjouira plus d’un. Je pense notamment à l’ami Bachir Kerroumi, grand amateur de lectures audio, et dont je rappelle le fort excellent premier roman, Le voile rouge.

Haïti : « un peuple d’artistes incroyables » (Benjamin Struelens)

À Bruxelles, la Charge du Rhinocéros, association de production et de diffusion de théâtre, et son mur de photos, celles de Benjamin Struelens, un jeune photographe belge. Il a photographié Haïti avant le séisme du 12 janvier, comme ces deux enfants au carnaval de Jacmel.

Sa soeur, son frère et l’épouse de Benjamin sont Haïtiens.

« C’est un coup de coeur, sans arrière-pensée. Je remercie les libraires et  tout ceux qui ont travaillé bénévolement pour donner le jour à ce livre et bien sur le public, qui en l’achetant, nous aidera à soutenir ce peuple qui a bien besoin aujourd’hui de notre solidarité. Haïti, ce n’est pas que la misère et les aléas  climatiques mais aussi un peuple d’artistes incroyables et une population dont la culture est d’une ouverture immense. »

Ce livre de photos est une opération de solidarité pour l’ONG Geomoun qui travaille auprès de six-cents enfants d’Haïti depuis de 10 ans. « 100% du prix de vente ira à Geomoun, garantit Benjamin Struelens, pas seulement les bénéfices. »