Lectures en Haïti

« C’est un des miracles comme sait en produire Haïti. Au nord de la capitale, dans la calme bourgade de Limbé, une petite bibliothèque fêtait ses dix ans d’existence et les 4.322 livres mis à disposition des 55.000 habitants dans de jolies salles baptisées des noms d’auteurs haïtiens: Gary Victor, Yanick Lahens et… Dany Laferrière. »
Lire la suite de l’article de Valérie Marin La Meslée dans Slate Afrique.

En Haïti, Livres en folie, plus grand salon du livre francophone ?

Pour Gary Victor, « Livres en folie » a atteint un tel sommet, qu’il voit déjà ce grand événement se mesurer au grand salon du livre tel que salon de Paris ou de Montréal. « Le Parc historique de la Canne à Sucre devient trop petit pour l’événement. Les responsables s’en rendent compte. Il faut trouver un moyen pour que Livres en folie se transforme en l’un des plus grands salons francophones. Le plus grand salon, c’est Paris; le deuxième, Montréal. Pour quelle raison Port-au-Prince ne peut avoir un salon littéraire qui surpasse celui de Montréal et que Port-au-Prince devienne le salon francophone le plus important après Paris? Il suffit qu’on y mette le prix», a déclaré Gary Victor, qui considère Haïti comme un pays ou l’on crée énormément. « Il y a une pulsion culturelle fondamentale en Haïti; ce n’est pas sans raison que nous avons énormément d’auteurs connus ici et à l’étranger et de jeunes auteurs qui commencent à se faire connaître », a-t-il ajouté.

Extrait de l’article de Claude Bernard Sérant « Livres en folie en toute beauté », Le Nouvelliste, 24/06/11.

Lire l’interview d’Edwige Danticat, écrivain invitée d’honneur, propos recueillis par Frantz Duval.

En Haïti, Frankétienne plaide pour une « République des artistes »

Premier chef de l’État à assister à « Livres en folie », Michel Martelly, (…) a eu une marque d’attention particulière pour l’écrivain haïtiano-américaine Edwige Danticat, invitée d’honneur de l’édition 2011, et pour Frankétienne, l’un des patriarches de la littérature haïtienne contemporaine.

Reconnaissant entretenir une grande amitié avec Michel Martelly -qui lui un proposé en vain un poste de responsabilité au sommet de l’Etat- l’écrivain septuagénaire a exhorté l’actuel dirigeant à faire d’Haïti la « république des artistes », la seule voie, selon lui, capable de redonner au pays sa place dans le concert des nations.

Pour Frankétienne, avec un budget minimaliste, l’Etat peut, en très peu de temps, provoquer un foisonnement d’activités créatrices en érigeant dans les quartiers et sections communales des « tonnelles de la culture ».

Ces lieux constitueraient aussi un espace d’exercice démocratique où les citoyens se réuniraient, ce qui serait pour le régime de Martelly un rempart contre toute tentative de déstabilisation », conclut l’auteur de Pèlen Têt et de L’oiseau schizophone. »

Source : Radio Kiskeya

créole en Haïti : ce sont des mots sous la langue faisant lames en mon âme

Un extrait de Lang nou souse nan sous – Notre langue se ressource aux sources, emprunté à Jean Durosier Desrivières, titre éponyme prochainement aux éditions Caractères, inclus dans un texte de réflexion La pratique écrite du créole haïtien, entre fiction et diction. Tèks envante, tèks lide ak tèks tradwi et mis en ligne par Montray kreyol :

mo ki sou lang mwen
cheri
pa nan lang mwen 

se mo ki anba lang
ki fè lanm anndan m’
avan yo pwente tèt yo
sou pwent bouch mwen
epi yo jete kò yo nan lank
yo pran fè lanmou
tankou lanp

sa m’ gen pou m’ di ou
cheri
pi plis pase sa m’ panse

men panse sa w’ vle
pa panse m’ ka panse
kè m’ k’ap senyen

cheri

annou kite mo yo gonfle
venn yo devan tout devenn

les mots sur ma langue
chérie
ne sont pas dans ma langue 

ce sont des mots sous la langue
faisant lames en mon âme
avant de pointer leur tête
sur le bout de mes lèvres
puis se jettent dans l’encre
se mettent à faire l’amour
comme des lampes

ce que j’ai à te dire
chérie
est plus qu’un surplus de pensée

mais pense ce que tu veux
pense pas que je peux panser
mon cœur saignant

chérie

laissons les mots gonfler leurs
veines face à toutes déveines

Patrick Chamoiseau et l’élan pour Saint-Pierre (Martinique)

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Découvrez Grenoble et Saint-Malo inspirent Patrick Chamoiseau pour le Grand Saint-Pierre sur Culturebox !

En marge de son plan de relance, M. Serge Letchimy, président de  la région Martinique, a lancé le principe de Grands projets structurants qui se traduisent par la création de deux « zones d’attractivités régionales » : Saint-Pierre et Trois Ilets. Ces opérations se dénomment : le « Grand Saint-Pierre » et « L’embellie Trois llets ». L’écrivain Patrick Chamoiseau a été désigné comme chargé de mission pour ces deux ensembles. Nous l’avons rencontré…

France Antilles : Que signifie cette notion de « zones d’attractivités régionales » ?

Patrick CHAMOISEAU : Simplement qu’il existe dans ces deux espaces des potentialités culturelles, mémorielles, patrimoniales, architecturales et touristiques d’une très haute intensité. L’idée consiste à les amplifier au maximum par un projet culturel global qui se verrait accompagné de restructurations urbaines. Il s’agit à terme d’améliorer pour les résidents, les visiteurs et les voyageurs le bien-être et le bien-vivre. Un tel projet est assez colossal et multidimensionnel.

FA : Vous disposerez d’un budget pour cela ?

PC : Ce projet devrait bien entendu bénéficier d’un investissement financier massif, de ceux que l’on accorde généralement aux grands projets européens. Car la création de telles zones, qui se feront aussi côté Atlantique, sans doute à Sainte Marie ou Trinité, et à l’extrême Sud, Marin ou Sainte Anne, participeront du rééquilibrage culturel, économique et social de l’ensemble du pays. Ces zones vont offrir des complémentarités vivantes à la trop lourde centralité de Fort de France…

FA : Pourquoi confier un tel projet à un écrivain et pas à un architecte ou à un urbaniste ?

PC : C’est là que réside toute l’originalité et toute l’audace de cette idée. Je pense que le Président a compris qu’il fallait sans doute abandonner l’idée de « développement », à connotation étroitement économiste et sociale, pour  tenter un élan d’imaginaire qui ferait de l’intention culturelle la dynamique d’un épanouissement économique, social, urbain et touristique… Cela revient à passer de l’idée de « développement » à celle d’épanouissement…

FA : Quelle différence entre les deux ?

PC : L’épanouissement permet une amplification plus juste des potentialités internes. Un mouvement endogène, qui va de l’intérieur vers l’extérieur, et pas l’inverse comme c’est souvent le cas dans la mystique du « développement ». Par l’épanouissement, on est nécessairement dans un mode projet, et vice versa.

FA : Alors, que vient faire un écrivain là-dedans ?

PC : Saint-Pierre et Trois-Ilets sont des zones très urbaines. Toute l’humanité quitte l’imaginaire rural pour un imaginaire essentiellement urbain. Les cultures et les arts contemporains sont des émergences urbaines. L’épanouissement humain est maintenant une question purement urbaine. L’urbanisme est donc aujourd’hui un art qui se rapproche plus du poétique que du prosaïque. Les urbanistes se retrouvent dans un vertige de réflexion et d’actions dans lequel toutes les sciences humaines sont mobilisées, mais aussi tous les symboles, toutes les mémoires, tous les patrimoines, toutes les visions, les imaginaires, les utopies, les ombres et les lumières… Un grand urbaniste est avant tout quelqu’un qui a soif d’utopies. C’est d’ailleurs pourquoi j’avais écris dans mon roman « Texaco » que l’urbaniste devait se faire poète. Après la parution de ce livre, j’ai été autant invité dans des colloques d’architecture et d’urbanisme que dans des manifestations littéraires. De plus, très tôt dans ma formation, je me suis intéressé aux problématiques urbaines, pour la bonne raison que l’idée de « créolisation » ou encore plus celle de la « Relation » de Glissant sont des problématiques urbaines. Imaginer une ville, c’est intégrer toute les dimensions qu’une vision purement sociale ou économique, ne saurait introduire. La solidarité, la convivialité, l’amour, la rencontre, la fréquentation des arts, le goût de la beauté, l’entreprise citoyenne, la coopération, la responsabilité, l’homme restitué au centre de toutes choses… ce sont des notions poétiques que le capitalisme est incapable de produire et qu’il a plutôt tendance à détruire. Et donc, aborder Saint Pierre ou Trois Ilets par une vision d’artiste me semble de l’ordre d’une petite révolution, à la fois salutaire et conforme à l’évolution du monde. Bien entendu, une fois que la vision poétique sera élaborée, les architectes, ingénieurs, programmistes et autres techniciens pourront entrer en scène. Ils auront à œuvrer non pas sur une mécanique mais sur un infini paysage…

FA : Il y a eu beaucoup de tentatives de renaissance de la ville de Saint-Pierre. Je pense au combat d’Adeline De Raynal, à celui de Lyne-Rose Beuze ou de Camille Darsières,  et à ceux de beaucoup d’associations… Pourtant la ville semble toujours porter une sorte de deuil sans fin. Qu’est ce que vous allez amener de plus ?

PC : Trois choses. D’abord, une puissante volonté politique : cette mission est rattachée directement à la présidence et à la direction générale des services. Ensuite : l’imaginaire refondateur et l’intervention pérenne. Les tentatives précédentes étaient peut-être des opérations ponctuelles, des mises en valeur ciblées, etc.… Ces tentatives demeuraient marginales car personne ne faisait massivement le lien entre action culturelle et dynamisation économique et sociale. Le Saint-Pierre d’avant-volcan était une puissance de créativité urbaine, une ville de musique, de costumes, de gastronomie, d’acculturation, de mélanges raciaux et sociaux, de transgressions, de libertés, de femme matadors très modernes… Cette ville diffusait dans le pays un oxygène qui n‘existait pas dans les Habitations. C’est donc de cela qu’il faut partir. Considérer que la culture, les patrimoines, les histoires, les mémoires, les traditions, ne s’opposent pas au futur, ni aux nouvelles technologies, mais qu’ils peuvent au contraire en construire le socle le plus déterminant. Un projet culturel multidimensionnel peut susciter non seulement des restructurations urbaines importantes qui donneront du travail au BTP, mais aussi des entreprises culturelles, des contrats pour les musiciens, des espaces pour les plasticiens, des opportunités pour les acteurs du spectacle vivant… Il peut  susciter dans la matière urbaine des lieux d’expression culturelle, conforter le tissu économique et améliorer le tissu social par de l’emploi, de la formation, de la mise en mouvement des jeunes autour d’une vision, d’un idéal. Ajoutez à cela que cette vision sera mise en œuvre par un organisme d’intérêt public entièrement  dédié à cela sur un temps très long…  Avec cela, je pense que nous avons pas mal de chances de notre côté…

FA : Comment allez vous procéder ?

PC : J’ai pris mes fonctions le 8 février. J’ai tout de suite entamé des contacts au plus haut niveau pour amorcer la question du classement de la montagne Pelée au patrimoine de l’humanité. L’objectif est que cette demande soit prise en compte au plus vite sur la liste indicative qui précède la saisine nationale de l’UNESCO. L’idée est d’amplifier au maximum l’aura internationale dont la ville de Saint-Pierre dispose déjà. J’y ai ajouté, en accord avec le Président, le rocher du Diamant et le Tour des yoles, avec comme base le gommier ancestral. J’ai aussi participé, en compagnie du sous-préfet et du maire, à des mesures de  protection immédiate du cimetière d’épaves qui constituera une des pièces maitresses du Saint-Pierre maritime. Je vais dès que possible m’installer à Saint Pierre, dans le cadre d’une antenne régionale de proximité, et commencer un travail de terrain…

FA : Qui consistera en quoi ?

PC : D’abord, comprendre, rencontrer, écouter. Je vais auditionner toutes les personnalités de la ville et du grand Nord, écouter leur vision du futur de cette ville et de cette région. Je vais rencontrer aussi les habitant, les chefs d’entreprises et les associations, dans ce que j’appelle des « ateliers d’imaginaires » qui devraient transformer tous les résidents et les amoureux de Saint-Pierre en producteurs d‘idée et de renouvellements. En concertation avec le maire, M. Martine, une série de mises en valeur immédiates des ruines et des vestiges sera aussi mise en œuvre dès que possible, de même que des événementiels de préfiguration qui permettront de changer la vision que nous avons de cette ville, et d’en augmenter la fréquentation… A cela s’ajoutent  des études de fond sur la revégetalisation de la ville, le contournement de son centre pour éliminer le flux incessant des camions, sur la création d’un terminal de croisière ou d’une formule d’accostage en rade qui permettra un accès direct des visiteurs… Les ateliers d’imaginaires vont non seulement impliquer la population, créer une dynamique de renouvellement, mais alimenter des axes de travail que j’ai placés sous le signe de la métamorphose : métamorphose, urbaine, métamorphose culturelle, métamorphose économique et sociale, métamorphose écologique, métamorphose touristique… Un vaste mouvement de transformations à court et à long terme. Le même principe sera appliqué aux Trois-Ilets en concertation avec le maire et les élus.

FA : Pourquoi métamorphose ?

PC : La métamorphose est d’abord un processus. Edgar Morin l’explique très bien. Quand la chenille se transforme en papillon, la transformation est spectaculaire, de l’ordre de l’utopie ou de la révolution fondamentale. Mais cette transformation radicale se fait de manière progressive et en respectant l’identité initiale. Tous les gènes de la chenille vont entrer dans un mouvement ensoleillé pour produire le papillon.  Pour Saint Pierre et Trois Ilets, avec leurs mémoires, leurs patrimoines, leurs élus, leurs habitants, le processus sera le même : l’ensoleillement de l’imaginaire de tous, pour créer quelque chose de nouveau. Quant on lui parlait de Saint-Pierre Picasso disait : « Le volcan a tout détruit mais il a aussi créé quelque chose… ». Ce « quelque chose » est là, une sorte de création invisible qui a surgi de la tragédie. A nous de ramasser cet héritage et de le placer dans une dynamique de projet. J’invite tous les martiniquais qui veulent participer à cette aventure à prendre contact avec moi…

Propos recueillis par Rudy Rabathaly. Journal France Antilles.

Pour contacter

Patrick CHAMOISEAU

Directeur de programme – Grands Projets Structurants

Conseil Régional de la Martinique

Direction générale des services

Plateau Roy – Cluny. 97200

Tel : 06 96 71 17 17

Mission.GSP@region-martinique.mq

lanbeli3ilets@region-martinique.mq

Laferrière entre au Larousse

Le jour où François Weyergans entre à l’Académie française, un autre écrivain — Dany Laferrière — entre lui au Petit Larousse illustré. L’édition 2012 qui présentait aujourd’hui son garde-mots passablement refondu (3 000 mots nouveaux, tirage de 750 000 exemplaires sur les 7,5 millions de dictionnaires en circulation en France selon Isabelle Jeuge-Maynart, PDG), fait donc une place à l’heureux élu, entre Madame de Lafayette et Monsieur de La Fontaine, parmi 60 personnalités nouvelles. Ce n’est pas rien ! Intégralement citée la notice qui lui est consacrée — c’est bien le mot — se lit ainsi :

LAFERRIÈRE (Windsor Klébert, dit Dany), Port-au-Prince 1953, écrivain canadien d’origine haïtienne. Ses romans, restituant la sensualité et la violence de son île natale, sont l’expression d’une quête identitaire nourrie par l’expérience de l’exil (Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, 1985 ; le Cri des oiseaux fous, 2000 ; l’Enigme du retour, 2009).

Dany Laferrière rejoint les écrivains haïtiens Jacques Stephen Alexis, René Depestre, Jacques Roumain.

On ne sait ce qui prit un responsable de Larousse de lui demander « Quel mot de la langue française exprime le mieux selon vous la manière de vivre l’exil ? » Mais sa réponse fut belle :

« On ne vit pas l’exil. Je l’ai changé immédiatement avant d’arriver à Montréal par le mot voyage. Parce que l’exil fait référence au dictateur. Alors que le voyage ne concerne que moi. Je suis en voyage depuis longtemps. Et dans le voyage je peux éliminer facilement l’espace pour habiter le moment. Comme celui-ci. Je profite d’ailleurs pour proposer au Larousse une définition entendue en France par une petite fille de huit ans qui avait défini l’écrivain. Elle m’a dit : « Un écrivain, c’est quelqu’un qui après sa mort va vivre à la campagne. »

Sur le site de Radio-Canada : Le Petit Larousse ouvre ses pages à Dany Laferrière et Charlotte Gainsbourg.

Voir Dany Laferrière et René Depestre dans ce reportage :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=31693

Découvrez «Tout bouge autour de moi» le nouveau livre de Dany Laferrière sur Culturebox !

Voir Chamoiseau et Confiant « robertisés », pas Condé (Papalagui, 5/09/07)