Édouard Glissant, une âme inquiète du monde (Ernest Pépin)

A l’annonce de la mort d’Edouard Glissant tant d’images me viennent qui témoignent d’un long et fécond compagnonnage. Edouard Glissant en Martinique, fondateur de l’Institut Martiniquais d’Etudes, auteur du Discours Antillais, du Quatrième Siècle, de Malemort.

Edouard Glissant, Joël Girard et moi dans l’éblouissement de Carifesta à Cuba, rencontrant (grâce à Edouard) des sommités comme Nicolas Guillén, René Depestre et même Fidel Castro ! Edouard Glissant à l’Unesco, fier d’avoir fait paraître un numéro du courrier en créole. Edouard Glissant, avec Patrick Chamoiseau, Gérard Delver, à Strasbourg à l’occasion de la rencontre organisée dans le cadre du Parlement des écrivains persécutés (avec comme invités : Salman Rushdie, Toni Morrison !).
Edouard Glissant dans des colloques !
Edouard Glissant au Diamant !
Glissant et le Prix Carbet !
Etc.…Etc.…
Tant d’images, de moments partagés, d’aventures intellectuelles, de présence au monde qui m’amènent à considérer qu’il demeurera l’un des penseurs fondamentaux du XXIème siècle !
Dans le bouillonnement des œuvres poétiques, dramatiques, romanesques, théoriques, il est parfois difficile de suivre les traces de la pensée d’Edouard Glissant. Pourtant, elles nous interpellent comme ce champ d’îles qu’il a voulu ériger en pointe aiguë du Tout-Monde. Elargissant sans cesse les cercles concentriques d’une écriture en état d’alerte, il a irrigué un « système » protéiforme d’une rare densité et d’une ardente acuité.
C’est à remonter un long fleuve intranquille qui telle La Lézarde nous a précipité dans une poétique ardue et un discours antillais exigeant.
Il y eut le temps des fondations, le temps de l’antillanité et le temps du Tout-monde. En fait, un seul et même temps réparti en massifs archipéliques au nom d’une créolisation généreusement renouvelée.
Le temps des fondations, temps poétique par excellence, sondait le Sel noir des Indes pour débarrer le Soleil de la conscience.
Temps d’une intention poétique obstinée qui, à travers La Lézarde, Monsieur Toussaint, se déroulait comme une longue spirale miroitante émaillée d’éclats et d’échos du divers (déjà !).
Il voulait saisir, au rebours des lectures coloniales, l’en-dessous de nos réalités pour faire émerger le vrai de nous-mêmes. Le vrai de notre histoire. Le vrai de notre espace-temps. Le vrai de notre rapport au monde.
Tout cela en un déchiffrement mêlé d’intuitions géniales. L’idée centrale étant que le vu est un invu, le su un insu et qu’il fallait retrouver sous les traces le tramé de notre identité opaque et contrariée. Ce commencement de l’œuvre fut en fait un recommencement qui, s’écartant des certitudes antérieures de la négritude, visait à reconstruire l’archéologie de notre allant. L’objectif était de dégager les contours pour révéler une saisie nouvelle de nous-mêmes.
Arpenteur de notre démesure

Quand le nous semble incertain, contradictoire, chaotique, il réclame un arpenteur capable de sonder friches et broussailles et soucieux de restituer la mesure de notre démesure. Glissant, d’instinct et d’emblée, fut cet arpenteur là en récusant le folklore du nous sans concession aucune.
Son nous comme ses premières œuvres postule l’écart d’avec les lectures trop transparentes et les évidences trop aveuglantes de la colonialité.
Nous d’un peuple et non d’un département. Nous d’un langage et non d’une langue fétichisée. Nous d’une mémoire et non d’une amnésie.
C’est donc dans cet effort de reconstruction que se sont forgés les outils théoriques propres à fournir les matériaux d’une odyssée intérieure. C’est ce forcènement qui donne naissance à l’antillanité.
Le temps de l’antillanité fut aussi celui de l’isolement malgré des convergences venues des autres îles de la Caraïbe. Edward Kamau Brathwaite, Derek Walcott et quelques autres dont le mérite étaient de rapatrier le débat en faisant de la Caraïbe elle-même la source de sa propre pensée.
Le Discours Antillais est venu à point nommé pour dévoiler nos détours, nos délires, nos traces, notre indémêlable va-et-vient entre pays rêvé et pays réel. Davantage encore, il épousait, dans son énonciation, les sinuosités de notre parcours et de notre psyché. C’est une anthropologie innovante de l’inconscient antillais, un parler-déparler de notre « étant ». On le sait, Glissant répugnait aux fixités de l’Etre et privilégiait la mobilité de « l’étant ». Texte fondateur s’il en est, le Discours Antillais, déclenchait deux romans majeurs : Le Quatrième Siècle et Malemort.
Simples illustrations ? Que non pas ! Création totale armée d’une esthétique qui va de la « vision prophétique du passé » à la « déperdition » annoncée du présent. La figure centrale du nègre-marron y prédomine. Le paysage se fait l’actant de l’histoire tandis que l’oralité s’empare des soubassements de l’écriture. Glissant s’inspirait alors d’une totalité déconstruite qu’il exhume en partant des hauts, en explorant la plaine et en livrant la mémoire latente du paysage.
Totalité qui, elle-même, devient langage, narration élucidante, discours métaphorique et poétique d’un nous objectivé et transcendé. Le philosophe veille sur le romancier qui à son tour veille sur le poète.
Il en est résulté une écriture en rébellion contre l’écriture. Un décousu apparent du dire et une parole-cathédrale, une arborescence stylisée où se dénouent les nodosités d’une histoire quasiment faillie. En ce sens, l’antillanité peut se comprendre comme un pessimisme travaillé par la plus haute des espérances : celle d’une désaliénation absolue qui engage l’acte d’écrire lui-même.
L’arpenteur est également l’architecte tout comme l’architecte se commue en bâtisseur. C’est cette posture qui va engendrer la créolité. C’est-à-dire un enracinement à la mesure du déracinement, un conter qui s’écrit, une substance créole, une domiciliation de l’imaginaire, un détour orchestré de la langue.
Néanmoins Edouard Glissant, devenu « Père » va tout de même reprocher à ses fils un péché d’héritage. Pour lui, la créolité est entachée par la myopie de l’Être. Refusant cette « essence », il largue les amarres et proclame d’abord la créolisation puis le Tout-monde.
Comme toujours, Glissant se place dans l’anticipation, dans la poétique de la relation, dans une totalisation non totalisante du monde. Il a enseigné aux Etats-Unis. Il a beaucoup voyagé. Il s’est frotté aux grandes pensées de son siècle tout en restant fidèle à Faulkner, à Saint-John Perse, à Segalen, aux présocratiques. Il se sent proche de toutes les langues, solidaire de toutes les identités, partisan de tous les bouturages, partie prenante de toutes les déconstructions des pensées monolithiques et ataviques. Il est devenu le mentor, le penseur, le poteau-mitan. Une vigie !
Et ce qu’il voit, c’est un autre monde en marche vers le chaos-monde. Une Europe dont les concepts ont vieilli. Une migration non pas seulement des hommes mais des cultures. Un impensé de la Relation qui lui impose d’ouvrir le champ des ailleurs et de repenser les vieux repères qui s’effondrent comme des dieux périmés : la nation, la raison, la langue, l’histoire etc !
Et voilà notre Edouard Glissant reparti dans un autre imaginaire du monde, dans une autre écriture du monde, dans un discours transrelationnel, transfrontière, transhistorique mais toujours éblouissant d’audace au risque d’être parfois incompris. L’incompréhension n’est-elle pas la sanction de toute anticipation ?
Les Antilles de l’antillanité n’ont été que le laboratoire d’une pensée qui étend ses « trouvailles » conceptuelles au monde entier. Le monde entier comme diversité chaotique qui défie les logiques sécurisantes d’antan.
Dire le Tout-Monde ce n’était pas pour Glissant obéir aux impostures de la mondialisation. Ce fut, au contraire, substituer au mythe de l’identité immuable, le « tremblement » du monde. Autant dire son caractère imprévisible et imprédictible ! Autrement dit sa « mondialité » !
En interrogeant le monde dans son mouvement incessant Glissant nous a appris à renoncer à l’idée d’une unité nivelante et tout compte fait impérialiste.
Il rendait impossible toute assimilation et nous conduisait à privilégier les frottements, les foudroiements, les variations d’une effervescence intellectuelle et culturelle hétérogène. Ce par quoi un Français peut être Chinois, un Chinois Caribéen, un Caribéen Finlandais sans pourtant renoncer à eux-mêmes. Glissant nous a enseigné la plasticité contre la rigidité. Il suffit, aujourd’hui, de regarder, d’écouter, certains jeunes pour comprendre cette autre pensée du monde et de soi. Glissant nous a enseigné que l’identité n’est pas un chapelet que l’on récite mais un risque que l’on affronte avec l’imaginaire du monde. Pas un reniement des autres mais une ouverture aux autres.  Perte de soi ! crient les nostalgiques de la « pureté ». Non répondait Glissant : réorganisation de soi dans l’instabilité créatrice du monde !
Il n’en reste pas moins qu’il nous a légué une pensée habitable pour le XXIème siècle. Tout autre voue les composantes du monde à un affrontement sans fin et sans but. Pensée de l’habiter hors de tout enfermement !
Les œuvres récentes ont consolidé cette pense du Tout-Monde. Les lieux échappent aux carcans nationaux. Les relations transcendent les frontières. Les échanges abolissent les solitudes, entraînant dans leurs sillages l’identité-monde. Une identité sans hiérarchie des cultures, sans impérialisme, sans exclusion ni exclusive, capable d’accepter sans rechigner les formes imprévues de la création de l’homme par l’homme !
Car c’était cela l’enjeu : l’humanisation d’un monde conscient et comptable de sa diversité !
On peut retenir d’une pareille œuvre et d’un pareil questionnement son indiscipline.
J’appelle indiscipline le non-respect des théories toutes faites, des écritures immobiles, des esthétiques convenues. On n’a pas assez noté que Glissant se situe dans une pensée de la dissidence ou si l’on préfère de la rupture.
Rupture avec un discours européen et européocentrique.
Rupture avec un discours anticolonialiste figé.
Rupture avec un discours de l’identité prisonnier de l’essentialisme.
Rupture avec l’hégémonie masquée qu’est la mondialisation.
Rupture avec les trous du langage.
Rupture avec la dictature des langues impériales.
Rupture, enfin, avec une certaine conception de la littérature !
Derrière chaque rupture émerge l’adhésion à d’autres valeurs, à d’autres formes du savoir, à d’autres esthétiques de l’écriture, à d’autres fonctions de l’écrivain et de l’humain.
Il ne nous invitait pas à suivre le monde. Il nous invitait à le devancer et à l’attendre là où il n’allait pas ! Il nous invitait non pas à écrire mais à produire une œuvre. Il nous invitait non pas à rechercher la transparence mais à respecter les opacités.
A bien regarder, il s’est dressé, tout en solitude, contre le plus mortel des impérialismes : celui d’une pensée mutilée et mutilante du monde. C’est pourquoi il demeurera l’homme des décloisonnements tout en demeurant fidèle à sa Martinique et à la Caraïbe.
Il avait devant lui l’énorme continent de la négritude, le souverain empire d’une pensée occidentale dont il admirait les contestataires internes (Rimbaud, Breton, Arthaud, Segalen, etc.). Il a choisi, refusant d’être colonisé, de bâtir sa propre cathédrale. Elle fut, pour son honneur, toujours édifié sur le socle de l’émancipation humaine comme en atteste la création de l’Institut Martiniquais d’Etudes et de la revue Acoma, le dévouement sans faille au Prix Carbet de la Caraïbe, le lancement du Prix Edouard Glissant, la fondation de l’Institut du Tout-Monde, etc.
Peu l’ont vraiment compris ! Beaucoup l’ont admiré ! Voici venu le temps de le lire !
A moi, écrivain, originaire de la Guadeloupe, il a donné l’amplitude de ses questions, la ferveur et la générosité de ses réponses et l’exigence, hors tout chauvinisme, d’habiter le monde.
Qu’il en soit remercié !
Ernest Pépin

Édouard Glissant, la Parole de nous-mêmes (Raphaël Confiant)

« (…) L’écrivain Glissant a toujours travaillé au difficile. Loin des séductions de l’écriture tropicalisante ou du réalisme merveilleux. Il a produit une œuvre exigeante, qui demande à ce qu’on fasse des efforts pour la pénétrer, qu’on paie même une sorte de droit d’entrée conceptuel. C’est là sa grandeur et son honneur. Cela en dépit des défauts, des incohérences ou des démissions que l’on peut trouver chez lui comme chez tout homme. Comme chez chacun d’entre nous. L’homme physique n’étant désormais plus là, ne serait-il pas temps pour nous de nous plonger dans ses textes, de nous battre avec la prose touffue de ses romans, avec la profondeur parfois opaque de ses essais ? Glissant a quelque chose à nous dire que nous n’avons pas encore compris. Ce quelque chose n’est pas parole d’Evangile. Ni une vérité révélée. »

C’est la Parole de nous-mêmes…

Raphaël Confiant

(lire ses Souvenirs du Tout-monde sur le site Montray Kréyol)

Édouard Glissant, Nèg’Marron de l’insoumission poétique et politique (L’Humanité)

Edouard Glissant, homme de génie, Nèg’Marron de l’insoumission poétique et politique (…) Ses mots brûlots érigent des îlots de résistance. Appelons les pédagogues à enseigner son œuvre, dans les écoles et partout, en particulier dans les quartiers défavorisés. Lui, le Nèg’Marron de l’insoumission poétique et politique, délivre l’imaginaire de l’humanité entière. » (L’Humanité.)

Édouard Glissant (Martinique 1928 – Paris 3 février 2011)

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La mort de l’écrivain martiniquais Edouard Glissant ce matin à Paris, à l’âge de 82 ans, ne doit pas nous laisser sans voix. Ses livres, leur lecture, l’extrême souplesse de ses pensées, en chanson, en actes poétiques, en références, ici et ailleurs montrent la pertinence d’une pensée toujours en mouvement, hors des dogmes figés.

Ce déparleur fouaillait un mondé incréé issu de la cale négrière. Anticolonialiste, il militait pour une décolonisation des imaginaires.

« L’amateur de contes, driveur d’espaces, qui n’estime la parole qu’à ce moment où elle chante et poursuit, peut-être se devrait-on de lui trouver un autre nom que celui de poète : peut-être chercheur, fouailleur, déparleur, tout ce qui ramène au bruissement, dévergondé du conte. Déparleur, oui, cela convient tout à fait.» Tout-monde, p. 279, cité par Dominique Chancé, Édouard Glissant, Un traité du « déparler », Karthala.

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde »

« L’uniformisation des cultures est une gigantesque tentative de stériliser les imaginaires individuels et collectifs. La loi du profit tue autour de nous les arbres, les fleuves, les forêts, et par conséquent les humanités. Mais une fois ces constats faits, faut-il, pour lutter, se replier sur son lieu, refuser ce mouvement du monde? Évidemment non ! C’est seulement un imaginaire du monde, c’est-à-dire une conception de la mondialité, qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation.
Je crois qu’il faut adopter le principe: agis dans ton lieu, pense avec le monde. C’est cela la mondialité. Une politique du monde qui s’oppose aux aspects négatifs de la mondialisation. » (Entretien dans Rhizome et créolisation, une poétique, Revue lacanienne, L’unebévue n°26 : Rhizome, carte, nœud bo, 2009.)

Parmi les premières réactions, celle d’Emmanuelle Colas, présidente et directriuce éditoriale des éditions Galaade , éditrice des petits livres d’intervention de Glissant, dont celui avec Patrick Chamoiseau, Quand les murs tombent :

« Depuis 2007 et Quand les murs tombent. L’identité nationale hors la loi ?, puis en 2009 L’Intraitable Beauté du monde. Adresse à Barack Obama jusqu’au « bouleversement » qu’est le poème total, généreux et organique qu’il a inventé dans La Terre, le feu, l’eau et les vents. Une anthologie du Tout-Monde, Édouard Glissant a scandé, entre poétique et politique, entre mesure et démesure, dans une relation qui lui ressemblait, entière, difficile, incroyable, et toujours créatrice, les jours et les nuits de Galaade. Poète d’un monde « en devenir », inlassable combattant à l’imaginaire flamboyant, il était « une sorte de survivant du cercle des poètes disparus ». Au rythme de nos échanges entre Paris, la Martinique et New York, d’un bateau l’autre, avec toujours la présence fortifiante et parfois désastreuse des éléments, en étroite collaboration avec l’Institut du Tout-Monde, le Fonds de dotation Agnès b., la Maison de l’Amérique latine, ensemble, nous avons travaillé. Et ce fut une histoire merveilleuse que nous poursuivrons car « Rien n’est vrai, tout est vivant / Rien n’est vrai : Il n’y a que suspens entre un passé / et un avenir ».

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A suivre dans les jours qui viennent :

Agenda :

L’archipel Glissant Journée spéciale et veillée en hommage à Edouard Glissant  France Culture qui a accompagné la vie et l’œuvre d’Edouard Glissant pendant près de 40 ans, dispose d’archives exceptionnelles. Qu’il s’agisse du dernier entretien accordé par l’écrivain à Laure Adler le 3 décembre 2010, ou de la soirée que France Culture et l’Odéon-Théâtre de l’Europe lui ont consacré en sa …

Le laboratoire “littératures et études postcoloniales” de l’École normale supérieure organise à Lyon le 9 février un colloque consacré à l’œuvre de Glissant, intitulé : “De la mise en mots à la mise en œuvre : la pensée et l’écriture de Glissant en contexte”. Quatre chercheurs sont invités : Célia Britton, Romuald Fonkoua, Alain Ménil et Lambert-Félix Prudent. Programme et contact sur le site d’Africultures.

Les périphériques vous parlent invitent à une projection (suivie d’un débat) du film Les attracteurs étranges de Federica Bertelli, sur « la pensée du tremblement chez Edouard Glissant », qui aura lieu le 10 février à 20h à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris. La réservation est impérative au 01 42 76 67 20 ou par mail à genevieve.theraulaz@paris.fr

La revue Cassandre/Horschamp fêtera le 13 février les 25 ans du Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon 75 018 Paris), avec une rencontre sur les « cultures transfrontalières », Par delà les frontières. « Pour ce qui est de la circulation de la langue française à travers le monde, Cassandre/Horschamp ne cesse de faire vivre un regard ouvert sur une langue et une culture en mouvement perpétuel en donnant la parole aux plus grands artistes de l’outre-mer, de Patrick Chamoiseau à Édouard Glissant en passant par Mimi Barthélémy et bien d’autres.»

Les Îles jamais trouvées, exposition au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne jusqu’au 17 avril 2011 s’inspire du concept de « la pensée rhizomique de Gilles Deleuze, reprise et augmentée avec merveille par Edouard Glissant. Ce dernier comprend le monde comme un archipel, où chacun d’entre nous serait une île. Les îles sont connectées entre elles grâce aux échanges et aux déplacements. Deux connecteurs sur lesquels travaillent Barthélémy Toguo, Kimsooja et Latifa Echakhch, dont les œuvres poétiques/politiques nous confrontent aux failles de notre société. » (source Africultures).

Revue de presse récente sur la poétique de Glissant :

Edouard Glissant ou la créolisation comme nouvel idéal humain – Adieu la négritude. A propos du livre d’entretiens avec Lise Gauvin, L’imaginaire des langues (Gallimard, 2010), Tirthankar Chanda (RFI) écrit : »La « relation » est la clef de voûte de cette pensée prophétique du devenir humain. Dans le monde « archipélisé » qu’elle met en scène, les diversités civilisationnelles coexistent, sont mises en relation et en réseau pour mieux s’influencer tout en préservant leurs spécificités. C’est une vision originale car elle n’est pas réductible à la pensée de l’universel qui est trop souvent synonyme d’occidentalisation pure et simple. Dénonçant l’universel comme la volonté d’imposer les valeurs particulières (en l’occurrence les valeurs occidentales) en valeurs valables pour tous, le philosophe martiniquais plaide pour un monde réellement pluriel, « au carrefour de soi et des autres » (…)

Cet entretien a aussi un côté prophétique car il annonce la fin d’un monde ancien fondé sur des notions de la hiérarchie des langues et des cultures, de l’universel, et surtout de l’identité définie comme une essence. »

Le lien, Glissant et Internet :

Pour Edwy Plenel, le fondateur et directeur de Médiapart, Glissant est un visionnaire : « L’univers du lien, substrat de la vitalité démocratique », écrit-il dans une série d’articles consacrés à Wikileaks :

« Nul hasard si l’on doit à Edouard Glissant, avec cette acuité visionnaire propre aux poètes, quelques fulgurances sur Internet dans un passage anticipateur de son Traité du Tout-Monde, publié en 1997, à une époque où le Net balbutiait encore. Toute l’œuvre de ce grand voyant est en effet ancrée sur une «philosophie de la Relation», où s’entrecroisent et s’enrichissent mutuellement poétique et politique. La Relation comme antidote à la domination et comme apprentissage de l’incertitude… Loin de certaines crispations académiques face aux ébranlements numériques, Glissant pressentait dans Internet le surgissement de l’imprévisible et du discontinu, ruptures qu’il accueille volontiers :

« Si les sciences classiques avaient pour fin l’infiniment petit et l’infiniment grand, nous devinons que la science informatique ne considère que l’infiniment mouvant. […] Internet déroule le monde, il l’offre tout dru. »

À lire également (en anglais) « Le Web et le Traité du Tout-monde« , analyse de Kathleen Gyssels (Mots pluriels, août 2001, en anglais).

Glissant inspire la chanson, exemple avec l’auteur-compositeur cap-verdien Mario Lucio et de son album « Kreol », qui, résume La Croix, parcourt en dix-sept chansons, et sept pays, la route du commerce des esclaves d’antan.  Dédié à l’océan Atlantique, qualifié par l’artiste de « matrimoine de l’humanité », « Kreol » est tout entier l’expression du métissage des peuples de l’Atlantique. : « A l’image de Cesaria Evora autre avocate des musiques cap-verdiennes élargies au vaste monde et le malien roi de la kora Toumani Diabaté. Le chant des îles et le tour des émotions. »

Glissant inspire les chercheurs, exemple avec cet appel à contributions pour un « livre collectif sur la littérature-monde ». Date limite de la soumission des articles : le 1 avril 2011.

Extrait de l’appel de Cécilia W. Francis, professeure agrégée du Département de langues romanes de St. Thomas University Fredericton (Canada) : « À la suite du colloque « Trajectoires et dérives de la littérature-monde. Poétiques de la relation et du divers dans les espaces francophones » qui s’est déroulé à Fredericton du 21 au 23 octobre 2010, les organisateurs invitent tout chercheur intéressé par la littérature-monde à soumettre un article en vue de la publication d’un livre sur le thème de la littérature-monde.

La littérature-monde s’inspire de la poétique de la relation telle que développée par Édouard Glissant. Ce dernier décrit le changement de civilisation qui se manifeste à travers le  monde comme le passage du Même au Divers. D’un humanisme universel où les différences sont sublimées, nous sommes passés à une conception du monde comme un « faisceau de relaté ». »

Pour approfondir la pensée d’Édouard Glissant, voir les séminaires de l’Institut du Tout-monde, animés par le philosophe François Noudelmann.

Édouard Glissant, la créolisation du monde, est un documentaire de la collection Empreintes (France 5), réalisé en 2010.

Sur Outre-mer 1ère, plusieurs vidéos sont en ligne.

La pensée et l’écriture de Glissant en contexte

Le laboratoire « littératures et études postcoloniales » de l’École normale supérieure organise à Lyon le 9 février un colloque consacré à l’œuvre de Glissant, intitulé : « De la mise en mots à la mise en œuvre : la pensée et l’écriture de Glissant en contexte ».

Quatre chercheurs sont invités : Célia Britton, Romuald Fonkoua, Alain Ménil et Lambert-Félix Prudent.

Programme et contact sur le site d’Africultures.

Prix Carbet de la Caraïbe, sélection 2010

Le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde se déroule à la Guadeloupe du 13 au 17 décembre 2010.

Pré-sélection de cette 21e édition :

Alfred Alexandre (Martinique), Les villes assassines, Ecriture, 2010 (Roman)

Robert Berrouet-Oriol (Haïti), Poème du décours, Triptyque, 2010 (Poésie)

Pierre Bouvier (France), Aimé Césaire et Frantz Fanon : portraits de décolonisés, Les Belles Lettres, 2010 (Essai)

Gerty Dambury (Guadeloupe), Effervescences, Les éditions du Manguier (Poésie), Confusion d’instants, Camille et Justine (1997 et 2010), Carêmes (2010), Enfouissements (inédit en 2000 aux Ed. du Manguier, 2010)

Fabienne Kanor (Martinique), Anticorps, Gallimard, 2010 (Roman)

Lémy Lémane Coco  (Guadeloupe), Grand Café, Ibis Rouge, 2010 (Roman)

José Le Moigne (Martinique-Bretagne), On m’appelait Surprise, Ibis Rouge, 2010 (Roman)
et La Gare, Microcosme 2010 (roman préfacé par Jean Métellus)

Kettly Mars (Haïti), Saisons sauvages, Mercure de France, 2010 (Roman)

James Noel (Haïti), Des poings chauffés à blanc, Editions Bruno Doucey, 2010 (Poésie)

Emeline Pierre (Guadeloupe – Haïti – La Dominique), Bleu d’orage, Pleine Lune, 2010 (Nouvelles) Rodney Saint-Eloi (Haïti), Haïti Kembé la ! 35 secondes et mon pays à reconstruire, Michel Laffon, 2010 (Récit avec une préface de Yasmina Khadra)

Amanda Smith (Irlande-Trinidad), Black Rock, Phébus, 2010 (Roman)

Evelyne Trouillot (Haïti), La mémoire aux abois, Hoëbeke, 2010 (Roman)

Sylviane Vayaboury  (Guyane), La Crique, L’Harmattan, 2010 (Roman)

Gary Victor (Haïti), Le sang et la mer, Vents d’ailleurs, 2010 (Roman)

Tooy, la chronique vidéo du livre de Richard Price

Commençons décembre avec Tooy, ça guérit de tout…

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30607Découvrez « Voyage avec Tooy » un livre sur les Saramaka de Richard Price sur Culturebox !

Auteur à suivre à Fort-de-France (Martinique), le 15 décembre 2010 18h30, Amphithéâtre de l’AMEP (Route de Redoute) et le 18 décembre à 10h, librairie Alexandre.

Édouard Glissant, une anthologie, un entretien

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30211Découvrez Entretien avec Edouard Glissant sur Culturebox !

Lors du salon du livre de Paris, en mars dernier, Édouard Glissant nous avait accordé un entretien à l’occasion de la sortie de son Anthologie de la poésie du Tout-monde, titrée : La Terre, le feu, l’eau et les vents (éditions Galaade).
Les poètes étant reconnus depuis Rimbaud comme étant des voleurs de feu, Glissant aimant dire qu’il écrit en présence de toutes les langues du monde, son Anthologie est un ravissement, chaque écrit renvoyant à un autre, le tout formant une vaste bibliothèque personnelle aux ramifications innombrables :

« Diriez-vous qu’un poème peut être coupé, interrompu, qu’on pourrait en donner des extraits, morceaux choisis et décidés par l’action des vents malins ? Oui, quand les morceaux ont la chance c’est-à-dire la grâce de tant de rencontres, quand ils s’accordent entre eux, une part d’un poème qui convient à un autre poème, à cette part nouvelle, et devient à son tour un poème entier dans le poème total, que l’on chante d’un coup.

Une anthologie de la poésie du Tout-monde, celle que voici, aussi bien ne s’accorde pas à un ordre, logique et chronologique, mais elle brusque et signale des rapports d’énergie, des apaisements et des somnolences, des fulgurations de l’esprit et de lourdes et somptueuses cheminaisons de la pensée, qu’elle tâche de balancer, peut-être pour que le lecteur puisse imaginer là d’autres voies qu’il créera lui-même bientôt. »

Elokans causé-croisé !

Un grand coup de bacoua pour saluer la reparution d’Elokans, newsletter mensuelle qui paraît quand elle peut et souvent chaque mois sauf quand Valérie Larose a des problèmes de PC, dont le ton nous affriole grandement, et qui enjolive agenda et calendrier avec ces rendez-vous créolo-culturels souvent à Paris ou couronne, en livre ou en musique, en live ou en soirée causé-croisé, comme ce café littéraire « le Petit Ney », le 26 novembre 2010, 19h, avec au programme une saison conte-conférence de bon augure : « Aux rencontres de l’autre ».
Café littéraire Le Petit Ney 10 av. de la Pte Montmartre 75018 Paris.

Pour s’abonner, c’est gratuit et facile : espwa@hotmail.fr .