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Auteur / Papalagui
On aime : Kim Thuy, prix du Gouverneur général du Canada pour « Ru »

Kim Thuy a remporté le plus convoité des prix littéraires du Gouverneur général du Canada pour Ru (éditions Liana Levi).
« Pas mal pour une jeune fille qui avait été taxée de « débile légère » par un conseiller en orientation à l’école secondaire.
« Mon vocabulaire était encore trop pauvre pour que je puisse trouver les intrus, vous savez, dans les tests (…) et aujourd’hui, si vous regardez la liste des finalistes, je suis clairement l’intruse », a-t-elle lancé, ce mardi, lors de son discours de remerciements à la Grande Bibliothèque de Montréal. »
La suite dans La Presse canadienne.
« L’amour nègre », prix Interallié 2010

J’ai toujours aimé le mot nègre. Il a une longue histoire de crimes. De joies et de douleurs. D’abjection. C’est une musique ancienne à mes oreilles. La couleur de la nuit et de l’encre. Les passions clandestines. La couleur de l’amour. L’amour nègre, évidemment. Certaient l’aboient comme une insulte. Ce n’est pas de leur faute. Ils ont été dressés pour ça. Mais il y a de la fierté sur cette terre à être un nègre. On est toujours le nègre de quelqu’un. Non ? L’inconnu. L’esclave ou le valet. Le travailleur au noir.
Si j’ai une place sur cette terre, c’est celle-là : la place du nègre.
C’est ainsi que l’homme blanc a toujours essayé de nommer l’autre. Son cousin éloigné. Pour mieux le dominer. Le frère qui ne lui ressemble pas. Qui n’est pas blond. Ni blanc de peau. Le frère n’est pas gai comme lui. Ni optimiste. Qui n’a pas toujours le cœur pur.
Le Blanc invente la mélancolie et nous on chante le blues. Mais au fond c’est toujours la même douleur.
Extrait (p. 13-14) du roman de Jean-Michel Olivier, L’amour nègre, Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme, récompensé aujourd’hui du prix Interallié, roman qui selon l’AFP est « une fable acide et drôle sur un petit Africain adopté par des stars de Hollywood, qui risque de perdre son âme dans le tourbillon de la vie facile ». Il l’emporte au 4e tour de scrutin par six voix contre cinq à Claude Arnaud pour Qu’as-tu fait de tes frères ? (Grasset).
«Pour un écrivain suisse, c’est historique de recevoir l’un des grands prix littéraires français et je savoure ce grand moment de bonheur», a déclaré l’écrivain et journaliste genevois de 57 ans (Le Temps).
Selon le JDD : « Longtemps critique culturel pour le quotidien La Tribune de Genève, Jean-Michel Olivier laisse parler sa fibre journalistique à travers L’amour nègre, en multipliant les références à l’actualité. Auteur d’une vingtaine de romans, de recueils de poésie et d’essais, ce bloggeur et éditeur actif a toujours voulu encré ses fictions dans la réalité. C’est peut-être ce parti-pris qui lui a valu son prix, seule véritable surprise de la moisson des prix 2010. »
Voir le site de Jean-Michel Olivier.
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30613Découvrez « L’amour nègre » de Jean-Michel Olivier, prix Interallié 2010 sur Culturebox !
« Peut-on se passer de cette lecture ? se demande Bruno Frappat dans le quotidien La Croix … Oui, mais, dès lors qu’on y est entré, on file jusqu’au bout. Partageant avec Adam l’inquiétude du paradis perdu. »
Autoportrait du remanieur de gouvernement
Mon métier consiste à remanier un gouvernement du ministre d’État jusqu’au sous-secrétaire d’État. A remanier le plus vite possible. C’est un métier d’homme. D’abord parce que lorsqu’il est en haut, l’homme a envie de remanier la liste jusqu’en bas, ensuite lorsqu’il y a plusieurs hommes, ils veulent tous remanier plus vite les uns que les autres.
Un métier humain.
Je suis remanieur de gouvernement.
Il y a eu les remanieurs post-électoraux, les remanieurs qui s’étaient préparés longtemps à l’avance, les remanieurs dynamiteurs et maintenant il y a moi. Je serai champion du monde de la composition de liste et, à la prochaine élection présidentielle, ma liste sera un palmarès.
Je suis l’homme le plus équilibré de l’Élysée, le plus calme, le plus concentré, et mon travail consiste à fabriquer de l’équilibre.
Tous les grands remanieurs fabriquent de l’équilibre.
Remanier c’est d’abord remanier autrement ; de façon à semer l’inquiétude et le doute.
Faire peur. Remanier de telle manière que les autres soient persuadés que vous ne tiendrez pas le rendez-vous du journal de 20h, jusqu’à ce qu’une génération entière remanie comme vous.
Dans une vie de remanieur, on ne peut inventer qu’un équilibre génial et un seul.
Les Canadiens sont arrivés sur le circuit avec la réputation de « remaniements surprises » et deux mandatures plus tard, les cinquante top-remanieurs du circuit recomposaient comme eux.
Maintenant, il y a moi.
Être un grand jongleur de la nomenclature des ministrables est un état qui exige un don absolu de soi-même et une concentration totale. Je remanie à temps plein. Je remanie en lisant la presse people. Je vis avec le Who’s who dans mon attaché-case pour mieux jongler avec les listes. Je souris à tous les candidats parce qu’ils m’aident à réviser. Je casse la tête de mon président qui est nul parce que je sais que cela m’aidera à retoucher.
Prenez deux hommes à égalité de mémoire et de sourire, sur la même liste, mettez-les à côté l’un de l’autre et c’est toujours moi qui remanie le plus vite.
La liste d’admission qui commande un éventuel conseil des ministres, je la fais mille fois par semaine. Les listes complémentaires, celles que l’on fait fuiter, je les fais chaque soir avant de me coucher. Je sais toutes les listes du cirque au nom près et, en lisant en diagonale, je les vois passer au ralenti.
Je me prépare aussi pour ces listes molles et indécises que les hasards d’attribution de la Conjoncture nous imposent. Les listes tordues qui permettent à un Eric Besson, le slalomeur, de devenir un ministre délégué.
Tout compte dans votre carrière.
Un jour, l’essentiel devient la position des Centristes. C’est le Centriste qui fait l’équilibre parfait. Vous avez tranché dans le vif, l’ouverture c’est fini, vous avez changé quatorze fois l’équilibre droite-droite ou centre-centre, vous vous êtes mis en colère et vous avez perdu pour deux ministres parce que vous vous êtes demandé comment faire avec les Centristes.
Quand je dors, je travaille, quand je mange, je travaille. Je lisse mes listes, je modèle mes compositions. Je tiens la tête de liste. Je sors des listes de ma poche.
Lorsque le Président me libère sur la courbe de l’Actualité, il libère des tonnes de travail. Après, il reste un remanieur sur la liste qui n’a plus ni cœur, ni père, ni mère, et qui remanie sans limoger pour arriver en bas de la liste plus vite que les autres hommes.
C’est la règle.
Et puis il y a le moment qui arrive forcément dans une vie, le seul moment de vrai repos, de repos absolu. Le repos du remanieur.
Vous avez passé le ministre d’État et le garde des Sceaux, vous avez fait le plus gros, vous rentrez dans la zone des ministres délégués et vous faites cette minuscule erreur d’équilibre, cette petite faute stupide (qui n’est pas d’inattention puisque les remanieurs ignorent l’inattention) qui vous éloigne de la liste idéale. Et là, c’est le vrai repos, le repos immense. Vous avez déjà perdu les ministres d’ouverture, puis très vite les ministres de la diversité et la composition entière. Plus rien n’a d’importance, vous n’êtes plus un remanieur, votre concentration se relâche, votre esprit se libère, vous savez que vous allez vous retrouver sans portefeuille.

Cet « autoportrait du renanieur de gouvernement » essaie d’appliquer une contrainte oulipienne systématisée avec gourmandise dans un recueil de nouvelles qui vient de paraître aux éditions Mille et une nuits. C’est un métier d’homme réunit les « autoportraits » écrits par les Oulipiens depuis désormais près de trois ans, tous calqués sur la nouvelle « Le descendeur », de Paul Fournel. Des textes de Michèle Audin, Marcel Bénabou, Paul Fournel, Frédéric Forte, Michelle Grangaud, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Daniel Levin Becker, Ian Monk et Olivier Salon.
Houellebecq, ministre de la culture ?
Michel Houellebecq est invité à dîner ce dimanche soir par Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. On ne sait pas si Eric Raoult sera de la partie.
Lors du Goncourt précédent, le député UMP de Seine-Saint-Denis et maire du Raincy avait demandé à Marie Ndiaye, lauréate 2009 pour Trois femmes puissantes, de veiller à un « devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. »
Eric Raoult avait pris soin de préciser : « Le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye qui explique dans une interview parue dans la presse, qu’elle trouve « cette France [de Sarkozy] monstrueuse », et d’ajouter « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », sont inacceptables (…) Il me semble que le droit d’expression, ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente. »
En matière de sarkophilie, les Goncourt ne se ressemblent pas : « Avec Nicolas Sarkozy, on est tombé sur un type sincère, ce qui ne s’était pas produit depuis longtemps, a déclaré le lauréat 2010 sur BFM TV. Il est évident que Chirac disait n’importe quoi pour être élu. Mitterrand pareil. Sarkozy, non. Il avait un plan, il a été élu sur ce plan, il a essayé de le faire, il n’a pas réussi. Je pense qu’il y a un manque de sérieux, c’est pour ça que je suis pour un retour à la démocratie directe » a expliqué l’auteur sur la chaîne info.
« Les couleurs littéraires de la France » devrait être portées très haut dans les mois qui viennent. Selon Livres-Hebdo, La carte et le territoire va être traduit en plus de 30 langues. Il est annoncé en Europe dans les prochains mois et aux Etats-Unis en 2012.
Édouard Glissant au théâtre de l’Odéon
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=29917Par ordre d’apparition : Édouard Glissant, Jacques Coursil, Arthur H et Aimé Césaire, Denis Lavant et Saint-John Perse…
Découvrez Soirée poétique Edouard Glissant au théâtre de l’Odéon sur Culturebox !
Une soirée à écouter sur France Culture le 4 décembre, de 20h à 22h.
Mathias Enard : « un coup de jeunes »
Mathias Énard, entretien (3’20)
Mathias Énard, Goncourt des lycéens 2010… « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants »

Rusé comme Énard à l’heure des prix ? Zone avait déjà fait son effet à la rentrée 2008, une longue phrase de 500 pages, qu’un jury populaire et non des moindres récompensa du prix du livre Inter en mai 2009, plusieurs mois après sa sortie. Le lauréat n’en espérant pas tant…
Autre livre, autre prix, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est distingué par le prix Goncourt des lycéens 2010 par des adolescents qui délaissent l’écriture du désabusement houellebecquien (autre auteur de la sélection) pour faire l’éloge d’un « poème de 150 pages ». Décidément cet Énard est d’une dimension qui fait éclater les genres… serait-ce son profil de lutteur matois ?

La longue phrase de Zone demandait au lecteur de trouver sa propre respiration, exigence qui le récompensait d’une belle traversée littéraire à l’aune d’un siècle de guerre circumméditerranéenne, profuse en événements vus de divers points de vue.
Énard et les prix… déjà pour son premier roman, en 2003, La Perfection du tir, pour lequel il avait obtenu le prix des Cinq Continents de la francophonie.

Quand on quitte Zone, ce grand livre des secrets du XXe siècle, pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, d’autres secrets nous attendent… à l’heure de la Renaissance italienne.
Appelé à Constantinople par le sultan Bajazet pour y construire un pont… Michel-Ange expose ses sentiments à l’épreuve de l’Orient, qu’il soit sensuel ou savant, lumineux ou ombreux. (La semaine dernière, au théâtre de l’Odéon, Edouard Glissant exaltait : « L’Orient est en nous. »)
Le Bosphore n’est pas qu’un trait d’union possible entre les mondes. Dèjà Stamboul les réunit ces mondes, ainsi le quartier sur la colline de Péra : « Etres étranges que ces mohamétans si tolérants envers les choses chrétiennes. Péra est peuplée principalement de Latins et de Grecs, les églises y sont nombreuses. Quelques Juifs et Maures venus de la lointaine Andalousie se distinguent par leurs costumes. Tous ceux qui ont refusé de devenir chrétiens ont récemment été chassés d’Espagne. »
L’Autre inspire Énard comme elle inspirait le grand artiste : « En peinture comme en architecture, l’œuvre de Michelangelo Buonarroti devra beaucoup à Istambul. Son regard est transformé par la ville et l’altérité ; des scènes, des couleurs, des formes imprègneront son travail pour le reste de sa vie. La coupole de Saint-Pierre s’inspire de Sainte-Sophie et de la mosquée de Bayazid ; la bibliothèque des Médicis de celle du sultan, qu’il fréquente avec Manuel ; les statues de la chapelle des Médicis et même le Moïse pour Jules II portent l’empreinte d’attitudes et de personnages qu’il a rencontrés ici, à Constantinople. »
Il est intéressant de noter que dans un communiqué, le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel a félicité les jurés du Goncourt des lycéens d’avoir choisi « un hymne à la rencontre des cultures et à la puissance créatrice de l’art »…
Dans une interview au Point, Mathias Énard reconnaît qu’il « ne s’attendait absolument pas à être choisi, je pensais que les jeunes iraient plus facilement vers une écriture plus manifestement contemporaine. Qu’ils m’aient choisi, c’est un grand signal d’espoir pour la suite de mon travail. (…)
Ce livre est en réalité un hommage à un genre littéraire clos de la littérature persane, le ghazal, qui est une forme de poésie qui tourne autour de l’amour et de l’ivresse. J’imaginais que des lycéens seraient beaucoup plus sensibles à une intrigue qu’à quelque chose qui a si intimement trait au langage. Je n’imaginais pas, non plus, qu’ils soient à ce point touchés par un roman qui parle de la Renaissance et de l’Empire ottoman. Je ne suis pas enseignant et je n’ai plus de contact avec le lycée depuis le secondaire, mais l’on dit justement aujourd’hui que les jeunes ne s’intéressent plus à l’histoire. Qu’ils puissent y avoir accès par une écriture poétique qui les touche, c’est très beau. »
A noter la réédition de Cent un ghazals amoureux, de Hâfez de Chiraz (1325-1390), traduit du persan, présenté et annoté par Gilbert Lazard, paru en septembre 2010 chez Gallimard.

Sur la genèse de son roman, lire l’entretien vidéo accordée à Médiapart, lors de la rentrée littéraire, en septembre (et ne pas faire attention à l’orthographe du titre…).
On avait aimé également son deuxième titre, Remonter l’Orénoque, paru en 2005.

(Selon la notice de l’éditeur : « Dans les corps qu’ils ouvrent, les patients qu’ils soignent, et jusque dans leur amitié, deux chirurgiens cherchent, comme à tâtons, une vérité qui justifierait leur propre existence. Youri opère sous les yeux de Joana, la jeune infirmière qu’Ignacio convoite ; au cœur d’un été caniculaire et d’un hôpital en pleine déliquescence, l’un se perd dans la passion comme l’autre dans l’alcool et la folie. Ils pousseront Joana à les fuir, à entreprendre un long voyage au Venezuela : remonter le grand fleuve Orénoque sera pour elle l’occasion de démêler, depuis le ventre tiède d’un cargo, l’écheveau de leurs vies. »)
Mathias Énard, l’écrivain de la » Zone «
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=29908Nous avions rencontré Mathias Enard, le lauréat du prix Goncourt des lycéens 2010 lors de la sortie de son roman époustouflant, Zone, publié déjà par Actes Sud en 2008. Ce roman en une phrase de cinq cents pages qui se déploie tout
autour de la Méditerranée pour raconter les conflits du XXe siècle sera récompensé en mai 2009 du prix du livre Inter. Un roman pour dire le fracas des corps des combattants et de leurs victimes, fracas de l’écho d’autres traversées d’autres siècles d’autres continents.
Rencontres en septembre 2008 avec Mathias Enard à Paris, Gare de Lyon, et à Barcelone où il vit et enseigne l’arabe à l’université.
Découvrez Rencontre avec Mathias Enard auteur de « Zone » sur Culturebox !
