Mai est un mois pluvieux (à Jérémie, Haïti)

Mai est un mois pluvieux. Heure après heure, l’eau dégringole des toits, rend les feuilles de manguier collantes, éclabousse bruyamment les larges feuilles de bananiers, dévale le stipe annelé des palmiers. À l’extérieur de la ville, les gens vont et viennent, trempés et accablés, de chemins boueux en maisons de terre ruisselantes, les femmes nouant un sac plastique sur leur tête. Des rivières jaunes éparpillent des détritus en dévalant les collines. Des cochons trempés fourragent dans les ordures. Les vêtements moisissent. Jeunes et vieux se blottissent dans l’embrasure des portes et sous les portiques, à regarder la pluie, à jouer aux dominos ou à fixer avec une patience de ruminant les caniveaux qui débordent. La pluie lessive les coteaux, transforme la couche arable en boue qui envase les trois rivières : la Grand’Anse, la Voldrogue et les Roseaux. Les rivières montent, et leurs eaux brunâtres grisent la mer. C’est à cette époque qu’un voilier de Pestel sombra dans la mer agitée : sept morts. Un glissement de terrain près des Corberas coupa la route de Port-au-Prince.

Mischa Berlinski, Dieu ne tue personne en Haïti, p. 241, roman traduit de l’anglais par Renaud Morin (éditions Albin Michel). Sortie le 3 mai 2018.

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