« Entre deux mondes », ou comment éviter le pire

Un lieu d’une telle densité qu’il absorbe tout et qu’aucun rayonnement n’en échappe. Telle est le « trou noir », une région du cosmos aux lois d’exception. La Jungle de Calais et ses 10 000 migrants a été ce trou noir jusqu’à sa fermeture, en octobre 2016.

Olivier Norek en a fait un roman plein d’effroi et d’humanité, « entre l’enfer syrien et le paradis anglais », comme une cuvette, un cloaque tragique.
Un roman aux personnages attachants à pleurer, où convergent enfants soldats du Sud-Soudan, mafia afghane, petits ou gros passeurs, flic syrien – colosse, bloc de conscience digne, amateur de Fantomas lu dans le texte – passé à l’Armée syrienne libre et les flics de Calais condamnés à vivre aux marges de cette Jungle-prison.

Un livre époustouflant qui relie la Syrie, le Soudan, la France, les solidarités et les survies les plus inattendues. Un roman des convergences où le lecteur est embarqué entre Libye et Europe, sidéré par des actes jamais lus auparavant.
On connaît la métaphore célèbre de l’effet papillon : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ». Alors que l’image du petit Alan Kurdi échoué sur la plage de Bodrum en septembre 2015 ne cesse de nous hanter, le roman de Norek réussit à être à la hauteur. C’est « l’effet toux » car une toux entendue dans une embarcation de migrants au large de la Libye au début du roman – avec ses conséquences épouvantables – a des répercutions tout à la fin du livre, à Calais. »

Le genre « roman noir » exprime toute son efficacité par ses dialogues très directs et des scènes sobres et travaillées. « Entre deux mondes » prend place dans notre bibliothèque des migrations forcées entre Hakan Gunday et « Encore », Prix Médicis étranger en 2015 (traduction Jean Descat pour Galaade) et « Meurtres pour mémoires » de la Série Noire (1983) avec sa profondeur politique.

« Entre deux mondes » réussit à convoquer, entre bitume et dunes, une part d’Humanité en un rendez-vous tragique et fou.

 

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