Hinkemann et notre cécité devant le gouffre

« Cette époque n’a pas d’âme. Je n’ai pas de sexe. Où est la différence ? » Hinkemann nous emmène très haut dans l’émotion et la compassion pour mieux nous précipiter dans le gouffre. Hinkemann, jeune ancien combattant allemand de la Première guerre mondiale revenu « estropié » selon son mot, « eunuque » selon les moqueries de  ses amis, donne son titre à la pièce radicalement antimilitariste et humaniste de l’Allemand Ernst Toller, au théâtre de La Colline (Paris) dont la dernière représentation dimanche 19 avril était magnifique de force et de magnétisme (rôle titre par Stanislas Nordey à qui Charline Grand fait mieux que de donner la réplique).

La mise en scène de Christine Letailleur encage (selon une métaphore très efficace) le plateau et le dispositif théâtral : on commence par les yeux crevés d’un chardonneret, on passe à une fête foraine où la société du divertissement et sa cécité préfigurent le silence sur les crimes nazis à venir, on termine par une fenêtre ouverte sur le vide. Résonnances contemporaines évidentes, de Charlie à Lampedusa, entre autres.

A défaut d’une éventuelle tournée, on ira voir Stanislas Nordey, metteur en scène de Affabulazione de Pasolini à partir du 12 mai, dans ce même théâtre de La Colline.

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