La survie des tubemen de la Jamaïque

Lecture ce dimanche de Pâques 2014, d’un article de Romain Cruse, avec les photographies de Romain Philippon, Voyages croisés à la Jamaïque, extrait de la revue de voyage, « L’autre voie », n°10, d’avril 2014. Il est question du le voyage des « tubemen » de Portland, proche de la capitale Kingston, anciennement huppée, et que les cyclones successifs ont dévasté. Des squatts ont poussé en bord de mer. Les voyageurs ici sont autant les auteurs de l’article que ces « tubemen » qui pêchent sur des chambres à air de camion, appelées « tube ».

Extrait :
La survie de ces jeunes dans de telles conditions relève du
miracle. On comprend avec eux la foi inébranlable qu’ont
les Jamaïcains dans leurs religions respectives. Quand le
poisson est abondant, on en vend une partie pour acheter du
riz et quelques légumes. Pendant la saison, on achète parfois
un nouveau jean et une chemise à une « vendeuse à la valise »
qui passe de temps à autre dans le quartier. En saison morte – la
moitié de l’année – les rares poissons sont vendus pour acheter
du « dos de poulet » bon marché (« chicken back », autrement
appelé « ghetto steak », en fait le ventre du poulet) et de la farine
pour faire les « dumplin » (épaisses galettes de farine de maïs et
de blé qu’on fait bouillir). Quand l’un n’a rien, il compte sur la
solidarité des autres. Quand personne n’a rien, on ne mange pas.
Dans les chambres, on dort à deux dans un lit, tête-bêche. Ceux
qui sont de passage dorment à même le sol ou sur un rebord de
muret.
Si la misère est criante, à l’image de cet évier improvisé dans
une vieille glacière ramassée sur la plage, il y a là une immense
richesse culturelle. Ce sont les lieux que l’écrivain martiniquais
Patrick Chamoiseau appelle les « mangroves urbaines ».

Cette survie rappelle le roman d’anticipation de l’Américain Paolo Bacigalupi, Les ferrailleurs des mers, traduit en 2013 par Sara Doke au Diable Vauvert, livre palpitant — et hautement recommandé —, un roman d’anticipation pour adolescents qui rêvent d’un ailleurs à la fin du XXIe siècle, de beaux clippers et d’une morale de vie dans une Louisiane dévastée par les chamboulements climatiques et les tempêtes tueuses de villes.

De Romain Cruse, lire un article dans Le Monde diplomatique, « Dancehall, chronique d’un rêve jamaïcain » et un essai universitaire Géopolitique d’une périphérisation du bassin craibéen, aux Presses de l’université du Québec.

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