L’agnel et le loup (pastiche)

Merci à MN Sarante qui me signale
Ernestine écrit partout, Tome 3 : « Anthologie de la poésie jardinière et primesautière, tout à la fois. Correspondances 2000-2005 », Paris, Ginkgo éditeur, 2005,  par Ernestine Chasseboeuf.
et de laquelle j’extrais, p. 151, ce pastiche :

L’agnel et le loup

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
C’est pas maintenant que ça arriverait,
C’est pollué aux hydrocarbures.
Un loup survint à jeun,
Borgne comme une vieille bique.
Montre-moi ton label,
Dit cet animal plein de rage.
Mes papiers, dit l’agnel,
Sont restés sur l’herbage.
Encore un sans-papiers,
Dit le loup en colère,
Cette viande toxique
A fait mourir grand-mère,
Je n’en mangerai pas.
Et comme dans la fable,
Sans autre forme de procès,
Le loup l’emporte et puis le nique.

Jean-René de la Dondaine (1603-1699)

Contrôleur des recettes des chasses au remelu du duché de Merdincourt en Argonne, Jean-René de la Dondaine profitait de ses longs loisirs pour torcher des poésies animalières, quelquefois grivoises, très recherchées sous le Roi-Soleil. Il mourut très âgé, d’une maladie qui eût été bénigne pour bien d’autres.

à comparer à l’original de Jean de La Fontaine (1621-1695) :

Le Loup et l’Agneau
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
 Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure.

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu’elle considère

Que je me vas désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,

Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,

Et je sais que de moi tu médis l’an passé.

– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?

Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.

– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

– Je n’en ai point.

– C’est donc quelqu’un des tiens :

Car vous ne m’épargnez guère,

Vous, vos bergers, et vos chiens.

On me l’a dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts

Le Loup l’emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

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