Au Congo, le Fou est prophète en son pays

Dans un pays où le retour du courant est plus acclamé que le passage du président de la République, Arsène Fortuné Bateza use de l’humour comme une thérapie de groupe avec Discours d’un fou sur les indépendances. Dans la salle Savorgnan de Brazza de l’Institut Français du Congo, son public enthousiaste souffle les mots de ses répliques avant qu’il ne les prononce. Pourtant son spectacle n’a été joué qu’une fois et « en face » à Kinshasa, au centre Wallonie-Bruxelles. C’est dire si acteur et spectateurs sont à l’unisson contre… les puissants, quels qu’ils soient. C’est du stand-up façon Comedy Club congolais. « Une balade entre France et Afrique, pas pour en pleurer. »

« Je tire sur tout » dit-il au sortir de l’unique représentation à l’Institut français du Congo : France, Afrique, Françafrique, Congo avec un C, Kongo avec un K, guichetière comme gouvernants. « Mais de façon drôle. Il faut qu’on en rigole. Le sanglot de l’homme noir [référence à Alain Mabanckou, dont il a interprété Verre cassé] ? On ne va pas commencer à se plaindre. Il faut en parler. » Avec Fortuné, l’humour le dispute à la satire.
Sur scène, son personnage – Le Fou – pratique le lapsus révélateur : « indépendances » est remplacé par… « indemnités ». Le licencié en droit public met son public dans sa poche, tout acquis à ses calembours gros sel (« savon antiseptique ») comme à ses trouvailles plus fines à la mode Raymond Devos. La presse congolaise ne s’y trompe pas, comme l’écrit Hordel Biakoro-Malonga, La Semaine africaine :  » Derrière la force de ce spectacle, se dévoile l’anxiété des Africains devant un continent qui se brûle les ailes. »
De ses années d’étudiant, Fortuné Bateza  a gardé le goût pour l’archive dans un pays où même les discours d’État ne sont pas accessibles au premier venu. Il a consulté les archives disponibles, partout où c’était possible, y compris les discours sur le site français de l’INA, tel discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Dakar, qu’aucun Africain n’ignore vraiment.
Il aurait pu jouer deux soirs de suite, il aurait rempli la salle Savorgnan de Brazza, l’une des rares salles de spectacle de la capitale, l’Institut français.
Fortuné assure vivre à 90% de son art. Il a commencé en 1993 en milieu religieux. Le Théâtre national l’année d’après. En France, il a travaillé avec Philippe Adrien, à Vincennes. Après 20 ans de scène, il pourrait être… diplomate. Quand le Président l’appelle pour dix minutes de spectacle, il sait ne pas dépasser la limite. En sa présence, il l’imite mais sans le moquer. En scène, le public s’en charge. Est-il censuré ? « Auto-censuré », quand un ami lui assure lors des répétitions que là… ça ne passe pas.

Au Congo, on sait qu’il ne faut pas déranger un homme qui dort. Il pourrait se réveiller.

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