Tapis de caniveau, roulures d’histoires oubliées

Au petit matin, un balayeur des rues entr’ouvre d’un geste laconique la vanne, et l’eau s’écoule d’un seul côté, orientée par un tapis de caniveau, nouement de tissus informels. « Tapis », belle antiphrase pour ce qu’on devine fait de chutes de vieilles serpillères, de moquettes usées, miasmes de mémoires, roulures d’histoires oubliées.

Un Américain de Paris, Douglas Brodoff les a magnifiés dans une exposition, « Les petits hommes verts ». Il milite aujourd’hui pour la création d’un musée des tapis de caniveaux. Laurent Alberti s’est ému de la disparition annoncée de ces « fagots des rues » dans son blog Les lignes de l’architecte, joliment sous-titré « Revue de détails urbains, de bribes architecturales et autres miscellanées ».

Ces tapis de caniveau ne sont pas que pieds de poésie de rue, mais glanures de gestes patchworks, précipités dans la fuite du temps, et dont les liens reconstitués témoignent d’une ultime trace, suintement à l’avant-jour.

Un commentaire

  1. Avatar de Inconnu

    Bonjour, Christian.

    Je suis en train de lire un essai très intéressant du philosophe Georges Didi-Huberman, « Nina Moderna », paru par Gallimard, qui réfléchit à propos des « serpillères » disposées dans les caniveaux parisiens. C’est un texte assez complexe, qui analyse ces « haillons », ces tapis sous la lumière du concept de « Nachleben » de Aby Warbourg. Je ne sais pas si vous les connaissez – Warburg, ce livre de Didi-Huberman… -, mais je crois que c’est une lecture instigante et originale, qui touche au sujet de ces photos et de ce texte que vous avez publiés.

    Je vous prie d’excuser mes fautes de français, mais, en tant que brésilien, il y a toujours des choses qui m’échappent.

    Merci de votre attention,

    Pedro Brito.
    Belo Horizonte, Brésil.

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