« L’île est cryptée, tatouée des motifs de l’univers » (Glissant, La Terre magnétique)

En révolte contre l’oubli, en révolte pour la mémoire, Edouard Glissant continue son travail poétique de tisser les imaginaires des peuples les uns aux autres. Dernière pierre à l’édifice de cet inlassable arpenteur des imaginaires : son dernier livre, La terre magnétique, Les errances de Rapa Nui, l’île de Pâques. Il est publié aux éditions du Seuil, dans la collection qu’il dirige lui-même, Peuples de l’eau, illustré par les dessins de son épouse Sylvie Séma (en librairie le 31 octobre 2007).

 » Les Peuples de l’eau parce qu’on ne peut les rejoindre que par la mer ou des rivières et je crois que la chose fondamentale de notre univers… c’est d’être un écrivain, un poète qui raboute son imaginaire à l’imaginaire de chacun de ces peuples.  » (Entretien avec Laure Adler sur TV5, le 14 février 2005, que le site Potomitan vient de transcrire).

Rabouter c’est  » réunir bout à bout « , mot qui convient parfaitement pour décrire l’arc entier du projet de La Boudeuse, trois-mâts dirigé par l’aventurier et explorateur Patrice Franceschi, initiateur d’une campagne d’expéditions autour du monde, à la découverte de huit « peuples de l’eau ». Après un périple de 1 063 jours autour du monde, il fait une halte à Paris. On le visite en s’inscrivant sur le site de la Boudeuse à partir de fin octobre, ou dès maintenant en allant sur place.

La terre magnétique est le troisième après celui de Gérard Chaliand, Aux confins de l’Eldorado, La Boudeuse en Amazonie et celui de Jean-Marie G. Le Clézio, Raga. Approche du continent invisible, tous deux publiés en 2006. En tout, douze titres sont prévus.

Extrait, p. 68-69 : 

 » Les personnages, ou les glyphes, ou les traces gravées des Rongo Rongo ne sont pas seulement énigmatiques, ils entretiennent avec d’autres formes de représentation dans le monde une adhésion secrète. Une de ces figures des Rongo Rongo, ces pales de bois gravées dont on ne sait si elles résument une écriture ou si elles recueillent un exemplaire d’esthétique, se retrouve sous des allures plus humanoïdes dans les pétroglyphes de Toro Muerto, aux environs d’Arequipa, au Pérou, la même forme qui se profile dans les créations emblématiques des pays dogon, et s’est stylisée sur les couvertures des éditions Présence africaine, la même qui s’éparpille et se rassemble dans les figurations de la diaspora africaine, en Haïti par exemple, dans les vévés tracés à la farine devant les temples et les autels vodous, la même encore qui paraît de temps en temps dans le scripturaire maya ou aztèque. Que veut cette forme ? Est-ce là un de ces universaux dont les catégories ont été inventées pour nous faire accepter les dissemblances dans le même, les différences dans le semblable ? Une femme qui prie, un homme qui lamente, un enfant qui s’étonne, les bras levés. (…)

Le monde était déjà là, dans Rapa Nui, par la grâce et le sacré de ces formes. Aujourd’hui, les mondes connus roulent avec la plus grande tranquilité, par la Relation et par le mélange, à travers la terre magnétique.  »

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