I believe in miracle ! (Giscard Bouchotte)

Nous sommes un mois, jour pour jour après le séisme en Haïti ! Depuis, j’ai tout fait pour créer des liens (Apprivoisons-nous dirait le Renard au Petit Prince !) entre des familles haïtiennes et étrangères. J’ai demandé à des amis proches ici de rentrer  en contact  avec des familles haïtiennes que je connais en détresse en Haïti : je suis très heureux des premières réponses.

La famille Nestor à Jacmel n’avait toujours rien vu comme organisation internationale. Le Centre Primaire d’Alcibiade où étaient scolarisés les  enfants est complètement au sol. Et puis, dit-il, qui connaît les Nestor ? La famille m’a envoyé dès le lendemain des informations et plusieurs photos pour établir une fiche et j’en ai parlé à Maurice. Maurice disait :  « Mais 50 euros c’est un dîner en ville Giscard, d’ailleurs j’ai intérêt à maigrir un peu !  Tu es sûr que ça peut faire quelque chose ? »  50 euros représentent le salaire du chef de famille Maurice ! Il a illico accepté de les accompagner sur la durée et de leur envoyer 100 euros tous les mois pendant un an via Western Union. Maurice va faire des heureux…

La générosité n’est pas donnée à tout le monde. Mais quand elle se manifeste, la moindre des choses serait de dire à ces gens comment ils sont précieux :

à  toi Jeanne, retraitée de 80 ans à Marseille qui accepte de prendre 50 euros de ta retraite tous les mois pour offrir à la famille Jean-Louis.
Je promets d’être là si tu as besoin d’un référent en France mais j’aimerais vraiment que tu les appelles de temps en temps aussi. La première thérapie c’est de dire les choses !

à toi Laura que je connais depuis 3 mois à peine. C’est toi qui es venue vers moi et m’as demandé ce que tu pouvais faire. J’ai hésité une seconde, par pudeur et puis, tu m’as dit, « Tu aurais pu être à leur place ! oui oui oui  »

à toi aussi cher ami écrivain (qui veut toujours rester discret), Magguy et Charles m’ont demandé de leur acheter ton dernier livre pour le lire au plus vite. Je leur envoie ton chef-d’oeuvre la semaine prochaine…

et puis, à vous peut être qui allez faire des heureux, d’une manière ou d’une autre : une dizaine d’autres « fiches » sont disponibles ! Merci beaucoup. Mèsi anpil.
Puisque c’est surtout le regard porté sur ce pays  qu’il faudra changer. Puisqu’Haïti n’attend ni de la pitié ni du courage mais votre amour. Puisqu’il faut aussi des petits gestes par familles pour accompagner le pays dans ce long processus de la reconstruction. Avec vous, j’ai soudain l’impression d’être moins impuissant.

Un mois après: I believe in miracle !

(Giscard Bouchotte est réalisateur)

Il est grand temps de rallumer les étoiles (Gary Klang)

« Maman, est-ce qu’il y aura classe demain ? »

-une fillette à Port-au-Prince, le soir du tremblement de terre du 12 janvier 2010

C’est sur les mots de cette petite fille qui pensait déjà au lendemain que Dany Laferrière a conclu la Soirée bénéfice Étonnants voyageurs de vendredi dernier à la librairie Olivieri (Montréal) qui donnait tout un sens aux paroles que nous avions vues circuler dans les médias quelques semaines plus tôt: « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire ». (Dany Laferrière à Frankétienne).

La suite sur le blog de Valérie Thibault, auteur de La déroutée (Mémoire d’encrier).

Entendre l’appel des écrivains d’Haïti (Jacques Bayle-Ottenheim)

(…) Le sort de l’humanité est en jeu ; en effet, si celle-ci se montre incapable de contribuer à l’édification d’un avenir décent pour une nation de dix millions d’âmes vivant sur un tiers d’île — vingt-sept mille kilomètres carrés —, comment croire qu’elle pourra faire face aux défis incommensurablement plus nombreux, plus complexes et plus graves de son propre avenir : maîtriser dans l’harmonie, à l’échelle planétaire, les contraintes de l’environnement, de la vie sociale, culturelle, économique ?

Dans la pièce de théâtre (Le piège) qu’il écrivait au moment même où le séisme a frappé, Frankétienne  dénonce « la dévastation organisée de la planète ». Deux personnages y dialoguent au milieu d’un monde en ruine. Et l’auteur précise : « je mets chacun en face de ses responsabilités, que ce soient les grands décideurs de multinationales ou les gens qui mettent du fatras, les pauvres qui coupent les arbres, tous sont des prédateurs, (…) mais aucun pays ne pourra se libérer seul de ce problème car tous, absolument tous, sont concernés » — Frankétienne, Conversation avec Philippe Bernard, 25 janvier 2010.

Ce pressant appel s’inscrit naturellement dans le flux vigoureux d’une littérature haïtienne qui, depuis 1804, appelle à la construction d’un monde plus humain — il suffit pour s’en convaincre de lire ou relire « Gouverneurs de la rosée ». L’appel des écrivains d’Haïti doit être entendu, et il faut y répondre sans mesurer efforts, imagination et engagement.

Texte complet et références d’écrivains sur le site des littératures insulaires.

Haïti, fashion or not ?

Un mois jour pour jour après le séisme en Haïti…

Le tremblement de terre qui a dévasté le pays il y a un mois a fait au moins 217 000 morts selon un dernier bilan, 1,5 million de sans-abri et 250 000 blessés.

Plus de 64 millions d’euros de dons ont été recueillis en France en un mois à la suite du séisme qui a ravagé Haïti le 12 janvier, par dix grandes ONG françaises, selon une enquête de l’Agence France-Presse jeudi 11 février. Après le tsunami de décembre 2004 en Asie, ces ONG avaient reçu en quinze jours 95 millions d’euros.  (AFP et La Croix).

Une averse un peu avant l’aube a détrempé jeudi des dizaines de milliers de rescapés du séisme vivant dans des abris rudimentaires dans la capitale Port-au-Prince, comme un avant-goût dramatique de ce qui attend le pays lorsque les violentes averses tropicales de la saison des pluies s’abattront. (AP)

La probabilité qu’un ou plusieurs ouragans majeurs frappent les Caraïbes est plus élevée cette année que d’ordinaire, avertissent les météorologues américains. (Ouest-France)

Le président de la Croix-Rouge française (CRF) Jean-François Mattei a dit jeudi à l’AFP que le « pire est devant nous à Haïti », ravagé il y a un mois par un séisme (217.000 morts), affirmant qu’un « deuxième drame se prépare » avec la saison des pluies « si la mobilisation de l’aide n’est pas massive ».

Le Brésil a fait don de 400 000 dollars américains pour le financement dans son integralité de l’un des trois projets développés par l’UNESCO pour la reconstruction du système éducatif en Haïti. Le montant sera affecté à la formation des enseignants et bénéficiera à environ 110 000 lycéens et étudiants. (Le Nouvelliste, 8/02/10).

La chanteuse Beyoncé a été désignée par le Conseil des designers des Etat-Unis comme égérie d’un nouveau tee-shirt crée spécialement pour Haïti et qui fait partie d’une ligne spéciale baptisée « Fashion For Haiti ». (Public)

 

Le collectif « Espoir pour Haïti » et Action et contre la Faim sortiront le 15 février un single, Désolé, au profit des sinistrés en Haïti. Le clip réunit une trentaine de personnalités, parmi lesquelles Omar et Fred, Isabelle Nanty, Aïssa Maïga ou encore Clémentine Célarié. Le titre a été composé par Kery James, de parents haïtiens. L’ensemble des bénéfices liés à l’exploitation de ce titre seront reversés à l’organisation humanitaire Action contre la Faim.(JDD)

Le Mercure de France publie un roman de l’auteur haïtienne Kettly Mars sur l’époque duvaliériste, au titre devenu de circonstance : « Saisons sauvages ».

Ananda Devi, prix Louis-Guilloux 2010 pour « Le sari vert »

Prix Louis-Guilloux 2010 pour Le sari vert (Gallimard), Ananda Devi recevra son prix et la dotation de 10 000 euros à Saint Brieuc, vendredi 5 mars 2010 et participera, le lendemain, à une journée de rencontres autour de son livre et de l’oeuvre de Louis Guilloux.

Ce que Papalagui en disait, le 15 octobre dernier (Ananda Devi m’a anéanti) :

Un père à l’agonie mais lucide, méchant et misogyne, alité dans sa maison de Curepipe à l’île Maurice, est veillé par sa fille et sa petite-fille, deux adultes qui sont toute haine pour lui et lui pour elles. Le Sari vert d’Ananda Devi joue avec les nerfs du lecteur, car au-delà de son apparent manichéisme, l’écriture est subtile et violente, belle et incisive, elle plonge profondément dans les arcanes psychologiques des personnages.

Le Prix Louis-Guilloux est présidé par le poète Yvon Le Men.

Louis Guilloux (1899-1980) est l’auteur de Le Sang noir, publié en 1935, où il reconstitue l’atmosphère d’une ville de l’arrière pendant la Première Guerre mondiale.

Haïti, mobilisons-nous dans la durée (les éditeurs indépendants)

L’importance de la culture, dans la reconstruction, doit être prise en compte. Dans le contexte haïtien, où la symbolique a une place de choix, repenser Haïti c’est aussi soutenir les arts et la culture, notamment le livre et les auteurs qui servent de promoteurs de cette identité populaire, complexe et fascinante. Un peuple amputé de sa culture est un peuple mort. (Rodney Saint-Éloi, auteur et éditeur membre de l’AIEI, Mémoire d’encrier, Montréal).

L’Alliance internationale des éditeurs indépendants appelle tous les organismes de solidarité internationale à se mobiliser dans la durée en Haïti. L’Alliance fera ce qui est en son pouvoir pour apporter son appui à long terme aux professionnels du livre haïtiens, particulièrement aux bibliothécaires, aux éditeurs et aux libraires, en articulant son action à celle d’autres acteurs en Haïti, déjà présents ou prévoyants de l’être.

Par ailleurs, l’Association internationale des libraires francophones (AILF) note :

« Antoine Gallimard et tous les autres Diffuseurs de la Sodis viennent de décider d’annuler la dette de la librairie La Pléiade à la Sodis et entament une action de « lobbying » auprès des autres distributeurs pour inciter leurs confrères à agir de même.

Françoise Nyssen d’Actes-Sud annule également les dettes des librairies haïtiennes et souhaite lancer un appel de solidarité à l’ensemble des éditeurs/distributeurs.

Editis a également immédiatement réagi dès le premier jour de la catastrophe et a immédiatement pris la décision de geler tous les encours de tous les libraires en Haïti. »

Il n’y aura pas de carnaval à Jacmel

Il n’y aura pas de carnaval à Jacmel (Haïti) cette année, raconte Thierry Oberlé envoyé spécial Le Figaro, (8/02/10) :

« Si les pertes humaines sont limitées (350 morts) [sic], le patrimoine a considérablement souffert. Les demeures coloniales se sont effondrées ou ont subi des dommages majeurs. Les villas du XIXe siècle ne s’en tirent guère mieux. Seuls 10 % de l’habitat sont intacts. L’Unesco et les bailleurs de fonds internationaux ont promis de venir en aide à ces trésors classés au Patrimoine de l’humanité. L’État haïtien, aux efforts souvent désordonnés, y accorde également une attention particulière. Rue du Commerce, l’artère où vivaient avant la dictature des Duvalier les riches propriétaires des plantations de café et les marchands d’épices, les hôtels particuliers sont marqués d’un cercle. S’il est rouge, le bâtiment est condamné. »

Sur Jacmel et son carnaval, lire Edwidge Danticat, qui après une longue absence de son pays natal, retourne en Haïti « exorciser les démons » de cette ville du Sud :

Comment écrire et quoi écrire ? (Yanick Lahens)

Le vendredi 29 Janvier, la librairie Folies d’encre, à Montreuil (Seine-Saint-Denis) devait recevoir Yanick Lahens. Voici ce qu’a écrit Jean-Marie Ozanne, directeur de cette librairie indépendante :

« Elle est restée près des siens, en Haïti. Pour autant, nous avons maintenu la soirée, et tenté de donner vie à son œuvre. Après les lectures (fort belles, au demeurant), nous avons discuté avec Sabine Wespieser, son  éditrice. Sabine a lu une lettre de Yanick. Cette lettre, toutes les personnes présentes ont souhaité la recevoir. Avec cet envoi, ce sera chose faite. Mais, à ceux qui n’étaient pas présent, je me permets un conseil: lisez cette lettre, cette exemple d’humanité, cette définition de littérature. »

Yanick Lahens nous a autorisé à publier cette lettre :


Comment écrire et quoi écrire ?


Je ne suis pas avec vous aujourd’hui. Je le regrette beaucoup. Mais vous comprendrez bien que le tremblement de terre du 12 janvier me retient encore dans mon pays au milieu des miens. Cet événement si éprouvant soit-il n’est pas parvenu à éteindre l’écrivain en moi qui se pose aujourd’hui plus que jamais les questions suivantes: quoi écrire et comment écrire ?

J’ai commencé par tenir une chronique avec une simple comptabilité des faits et une description que je voulais la plus précise qui soit des dommages. Et bien sûr la détresse. Celle lointaine d’inconnus croisés dans les rues, dans les abris, dans les centres hospitaliers et celle plus proche d’un voisin dont nous avons suivi impuissants, la lente agonie sous les gravats du Ministère de la Justice, celle de cette jeune femme que nous avons hébergée et qui tous les matins jusqu’à la tombée de la nuit se rendait à cet hôtel qui s’était effondré pour finalement repérer sous les décombres après dix jours le téléphone portable de son époux juste à coté de sa main puis son corps cinq jours plus tard.

J’ai commencé à le faire et il fallait le faire. Et puis deux images sont venues me rappeler et me convaincre que mon rôle d’écrivain ne pouvait pas se résumer à une comptabilité macabre ou à une simple transcription des faits mais consistait à inventer un monde qui amplifie, prolonge ou fait résonner précisément celui-ci.

La première image est celle d’un enfant sorti des décombres, les bras levés au ciel, un sourire comme un fruit de saison et qui dit à sa mère “J’ai soif et j’ai faim”. La deuxième est celle d’une jeune-fille aux abords d’un marché qui trois jours après le séisme se fait tresser les cheveux et se regarde dans un miroir. J’ai aimé ce garçon qui disait oui a la vie, qui faisait presqu’un pied de nez au malheur et regardait l’avenir avec des soleils dans les yeux. Pour la deuxième image je me suis dit que quand les jeunes filles veulent encore être belles pour courir au devant du désir et des mots à fleur de peau, tout espoir ne peut être perdu. Tous deux me ramenaient à une vérité essentielle: ne pas célébrer la vie malgré tout, ne pas la transformer par l’art ou la littérature, c’est nous faire terrasser une deuxième fois par la catastrophe.

Alors j’ai eu hâte de retrouver toutes ces sensations que je ne connais que trop bien devant ma feuille blanche et mon clavier. D’abord celle d’être en retard sur la vie. Ensuite celle de vouloir tourner autour des mêmes interrogations. En tentant d’y apporter des réponses quelques-unes de forme, d’autres de fond en sachant qu’à ces questions je n’apporterai que des réponses provisoires appelées à se renouveler toujours. J’aime la force que cet acte requiert. Parce qu’écrire ce n’est pas seulement tracer des mots, “il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture, il faut être plus fort que ce qu’on écrit”. J’essaie en ces jours difficiles d’accumuler un peu de cette force pour transcender l’événement et arriver de nouveau vers mes lecteurs avec des mots qui sauront les toucher comme des mains.

Haïti le 28 janvier 2010

Haïti : le retour du Serpent à plumes

Le Serpent à plumes ? Des (presque) vieux souvenirs avec des titres de Laferrière et Lahens, lus la première fois au Serpent à plumes fondé par Pierre Astier.

 

Annoncé par son actuelle directrice littéraire, Nathalie Fiszman, pour le 18 février, ce recueil comporte des textes extraits de romans, parus ou à paraître, des interviews, des témoignages, dont les bénéfices iront à l’Hôpital de la Communauté haïtienne, à Port-au-Prince. Voir ActuaLitté.

De son côté, le premier numéro d’une nouvelle collection de Cultures Sud sera consacré à Haïti (sortie prévue en mars) : « Haïti, une traversée littéraire » (éditions Philippe Rey et CulturesFrance)

Haïti : « I am busy loving life and my country » (Evelyne Trouillot)

« Non, je ne regarde pas les informations. Oui, je suis trop occupée à essayer de trouver un moyen d’entretenir la flamme de l’espoir, parce que la tâche qui nous attend est gigantesque. Et je suis occupée à recueillir les fragments de vie qui témoignent de l’immense courage et de l’extraordinaire résilience de notre peuple.

Je suis occupée à aimer la vie et mon pays. »

Evelyne Trouillot, Courrier international, 28/01/10, traduction du New-York Times, 20/01/10.