Akout en créole réunionnais

Remarquée par L’Espresso (la newsletter de Télérama) la webradio Akout  :

« Créée en octobre dernier par une poignée d’« activistes culturels » – comme ils se définissent —, la webradio Akout (« écoute » en créole) diffuse toutes sortes de musiques, séga, maloya, funk, reggae, rap, jazz ou rock. A une condition : qu’elles soient toutes d’origine réunionnaise, autrement dit « mét an lèr lo mizik La Rényon ». Pour Guillaume Péroux, qui dirige l’association Akout, il s’agit d’utiliser « tous les moyens qu’offrent les nouvelles technologies pour s’affranchir des frontières naturelles de notre petite île ». Les morceaux diffusés peuvent être récents ou porter la marque des années. Parmi les membres de l’association, Arno Bazin, musicien et chanteur du groupe Tapok, dont la collection de vinyles fait le bonheur des oreilles nostalgiques ou curieuses et permet de plonger dans un passé pittoresque. Un voyage musical exotique et plaisant. » (L.LS.)

La Nouvelle-Zélande n’est pas un désert culturel (Nicolas Kurtovitch, chronique 7)

Vendredi, il y a deux semaines de cela, j’ai franchi le détroit de Cook par une mer calme, avec juste assez de roulis pour que je me remémore, nostalgique, en d’autres lieux, d’autres traversées bien plus mouvementées, effrayantes même. Cette traversée du Détroit -en milieu de journée ce jour-là- n’est plus un exploit depuis plus d’un siècle. Tout de même, une fois quittés les quais, les hauteurs du centre de Wellington puis les eaux tranquilles de la baie, j’ai ressenti un pincement au cœur, une émotion en rien comparable à celle des anciens navigateurs européens et maori, mais tout de même…nous allions dans l’île du Sud, ailleurs, un petit inconnu, une découverte.

Partis de Picton par la route, nous entrons en « Nouvelle Zélande profonde ». Montagnes alpines, collines, vallons et torrents, immenses vallées glaciaires où se déploient les routes et le chemin de fer, bord à bord. Villes de peu de monde, activités agricoles, industrieuses parfois. Nous sommes peu à peu là où « il n’y a rien d’autres que des moutons, des vaches et de l’herbe, le désert culturel ! ». Je cite de mémoire l’habituelle niaiserie à propos de ce pays, dite par plus d’un docte voyageur venu du Nord. Si riche de culture, n’est-ce pas ? Cette morgue m’attriste car j’aime tout autant ce Nord tant décrié, que les pays du Sud. Mais ces arrogants péremptoires, ces insensibles qui déclinent leur cécités font bien du mal à l’opinion que nous pourrions avoir de leur pays. Ils sont passés à côté de tant de beauté et de créativité qu’ils font pitié. La culture ne peut être limitée aux grandes salles d’opéra et de théâtre, aux galeries parisiennes et aux éditeurs s’échangeant les prix littéraires ? Dans ces terres de Nouvelle Zélande une fois passé à côté des bêtes et de leurs pâturages, nous croisons des galeries d’art, des écrivains, des poètes, des comédiens, des artistes plasticiens, des créateurs de bijoux, des architectes, de la gentillesse, de la compréhension, du savoir vivre, du savoir être. Tout le monde sait que ce pays n’est pas un désert culturel, et pourtant j’ai encore entendu ces propos stupides il n’y a pas si longtemps, à quelques jours de mon départ pour la résidence.

Je me demande : si j’allais en Europe, en France, revenant chez moi, est-ce que je dirais ne rien y avoir trouvé d’intéressant, qu’il n’y a que bruits, agressivité, précipitation, énervement, surpopulation, pollution, arrogance et suffisance, publicité à outrance, musique débile à longueur de télévision, écrivains à la réputation surfaite, comédiens sans intérêts, films pauvres et théâtre nombriliste-parisien, ignorant des autres richesses culturelles et artistiques, pourtant bien vivantes au-delà du Périphérique ? Si je m’exprimais ainsi, je serais le premier, dans un moment de lucidité, à me traiter d’imbécile et d’aveugle ! Aussi ce n’est pas ce que je dis de l’Europe et de la France. La « Nouvelle Zélande profonde » nous a offert ce qu’elle a de mieux : ce ne sont pas les paysages mais « les gens », leur disponibilité, leur créativité, leur présence humaine, leur art au quotidien, leur culture sans barrières, ouverte à « l’autre ».

Peu de traces évidentes d’une mémoire collective si l’on se borne à suivre les routes. Il faut faire l’effort de lire, de parler, de questionner, de visiter, d’interroger le paysage, l’architecture, l’évolution des populations et de leurs répartitions dans l’espace néo-zélandais. Il faut être attentif et disponible, sentir que cette mémoire collective s’érige aussi à partir de guerres internes, elles-mêmes issues de guerres coloniales, sentir que peu à peu, après des décennies, plus d’un siècle, de temps sombres, désastreux, les Maori et leur culture prennent peu à peu leur place véritable, créant l’image d’une Nouvelle Zélande à double centre, un pays ellipse plutôt qu’un pays cercle ! Il y a là de quoi méditer et réfléchir. Ce qui importe c’est la dynamique enclenchée et la volonté politique d’y impliquer l’ensemble de la population, la volonté de ne pas en déroger.

 

(Cette chronique augmentée d’une dizaine de poèmes (deux pour chaque texte) constitue un tout. Les textes n° 21, 22, 23, 24 et 25 qu’on peut trouver sur mon site).

 

Durant ces deux semaines, Julien Gracq est décédé. Je ne reste pas indifférent à cette disparition, bien qu’il s’agisse du cours naturel de la vie. Je savais son intérêt pour Uluru (Ayers Rock), bien qu’il n’ait jamais eu l’occasion de s’y rendre. Géographe, il avait su reconnaître l’originalité géologique et l’importance humaine de ce remarquable « Rocher ». Au centre du désert de Gibson, en Australie, il est certainement l’un de nos « Centres du Sud » !

Hier Edmund Hillary s’est éteint, dans sa 88ème année. J’ai toujours eu son nom et celui de Tensing Norgay dans mon esprit, ma mémoire ; mes tout premiers héros. Je me souviens de ma mère mentionnant leurs noms ainsi que de celui de Maurice Herzog. Depuis, l’Annapurna, l’Everest, m’ont toujours fait rêver ! S’il est une figure, -au sens propre du terme- de légende en Nouvelle Zélande c’est bien celle de Hillary. Son portrait orne la façade du hall extérieur d’entrée, de l’’un des plus important immeuble de Wellington, en face du parlement. Le Dominion Post d’aujourd’hui, samedi 12 janvier, en fait sa couverture, dominante de bleus, c’est le ciel pur des altitudes qui vient à nous. Clin d’œil à mon enfance, à « Montagne Froide », c’est dans ce même numéro qu’un article m’est consacré.

                                                       

Un Amour (éternel)

Lettre à D. 

« Tu viens juste d’avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. »

C’est ainsi qu’écrivait André Gorz dans Lettre à D., Histoire d’un amour, publié l’an dernier chez Galilée. Ce fut un succès de librairie, inattendu dans une rentrée littéraire trop prévisible.

André et Dorine Gorz viennent d’en écrire l’épilogue : tous deux, âgés de 84 ans, se sont suicidés à leur domicile après 58 ans de vie commune.

L’Inde, un Salon et des sonnets

תמונה:Vikram seth.jpg Parmi les trente écrivains indiens invités au prochain Salon du livre de Paris, du 23 au 27 mars, Vikram Seth, remarqué en 1993 sur le plan international pour son roman Un garçon convenable (Grasset, 1995). Un garcon convenable

En 1986 déjà, quelques-uns l’avaient apprécié pour son roman paru aux Etats-Unis, The Golden Gate. Ecrit en vers, en six cents sonnets en particulier, il est en partie autobiographique comme le révèle Le Magazine littéraire dans son dossier de mars conscacré à la littérature indienne. Le mensuel publie une traduction inédite de Claro, qui paraîtra dans son intégralité en 2008 chez Grasset.

Extrait :

« Il repense à sa jeunesse et à ses études,

A Phil, à ses amis de Berkeley, aux soirs

Passés à rire et à noyer les certitudes

Dans les flots de bière et un joyeux tintamarre.

Hélas! Eheu fugaces… Silicon Valley

Joue la sirène et entraîne les diplômés

Sur la pente ambitieuse et cependant traître

De l’argent dont rêvent déjà les futurs maîtres.

Ecartelant le faible et rossant le battant,

Qui se tuent au travail en se rêvant rentiers,

Ainsi triomphe le fichier et périt l’amitié,

Le travail est loué et le loisir coûtant.

Voilà John enchaîné, et les genoux en terre,

Devant le dieu jaloux, le fameux computer.

Le savoir, de l’absolu au désespoir

<b>Le Juif de savoir</b> de Jean-Claude Milner Grasset, 234 p., 13,90 €.    L’essai de Jean-Claude Milner, Le Juif de savoir (Grasset) est étouffant d’extrême lucidité et de concision implacable: comment la poursuite du savoir absolu par des intellectuels juifs (ex. Hannah Arendt) a été liquidée par les chambres à gaz. Inspiré de son séminaire universitaire « Le savoir comme idole », son livre dresse un siècle d’histoire intellectuelle entre les deux moitiés des XVIIIe et XIXe siècles, entre Berlin, barycentre de l’intelligence et Berlin trou noir du nazisme. Un livre qui concerne tout humain pensant.

La critique : Les origines du totalitarisme

Philippe Lançon, Libération : « Milner, c’est l’intelligence qu’on voudrait avoir si l’on n’était bon qu’à ça (…)  Son nouveau livre, le Juif de savoir, est une méditation saturée de logique, presque sous vide, sur la figure du Juif en Europe, avant et après l’Extermination. Des ponts invisibles relient les phrases entre elles. Ces phrases sont des nerfs tendus ; la syntaxe semble mise à nu (…) Thème de l’essai : le Juif a porté la connaissance. Les nazis l’ont exterminé. L’Europe moderne accepte l’héritage. Etablir à travers le Juif un lien direct entre la pire expérience historique et une démocratie de masse humaniste, voir en l’Europe un territoire sans avenir, c’est une hypothèse pour beaucoup révoltante, un délire. Mais Milner, discret amateur de Fritz Lang, n’est pas qu’un intellectuel courtois de 65 ans, flottant entre les écluses de sa logique. C’est un révolté qui renonce peu à l’exercice soyeux de sa minorité.

Fabrice Hadjadj, Le Figaro : « Le juif lui-même sait quelle épreuve il est pour soi et pour les autres. Souvent il cherche à s’en excuser, s’efforce de rentrer dans le rang. C’est sur une figure à ses yeux révolue de cet effort que porte le beau livre de Milner : Le Juif de savoir. Figure allemande plutôt que française. La France d’avant-guerre inventa le juif des droits politiques : l’intégration par le suffrage universel. L’Allemagne ne connaissait pas ce régime, aussi fut-ce par la Wissenschaft que le juif pouvait espérer l’acceptation. Pour lui, le savoir posé comme un absolu, libérant des obscurités de la foi et des appartenances charnelles, semblait permettre une assimilation sans reste. La science lui apparaît comme un substitut à l’étude, et le grand-livre du monde, comme un moyen d’échapper à la Torah. »

 Roger-Pol Droit, Le Monde : « Son exercice de lucidité tragique est terrible et magistral, radical et passionnant. Après Les Penchants criminels de l’Europe démocratique (Verdier), livre mémorable, Milner réussit avec Le Juif de savoir une sorte de tour de force : rendre intelligible, en deux cents pages limpides, l’évolution de trois siècles d’histoire (…)  Le texte est bref et cristallin. Il a du diamant l’éclat, la dureté, le tranchant. Mais il n’est pas fait pour séduire. Il déplaira donc à certains. Il faut s’en réjouir. Car sa netteté, sa concision, sa terrible puissance d’explication sont, de toute évidence, destinées à faire date. »

Ne pas oublier Gailly au style fait de menus fracas

Les oubliés Si les 140 pages du roman de Christian Gailly, Les Oubliés, publié par les éditions de Minuit se lisent comme une trajectoire automobile autoroutière, c’est que l’histoire est simple (deux journalistes en quête d’un entretien pour leur rubrique « Que sont-ils devenus? » sont accidentés, l’un meurt, l’autre découvre l’amour). C’est que l’histoire est simple et que le style est fait de phrases très courtes, certaines pas finies, d’autres suspendues, d’autres encore à l’ordre retourné. Retourné en chronologie ou en syntaxe. Comme un menu fracas.

Incipit: « Il se trouve simplement que l’un des deux occupants de la voiture s’appelait Paul Schooner. Il est mort. Pas dans l’accident. On vient de le voir. Peu de temps après. Des suites de l’accident. L’autre occupant c’était Albert Brighton. » 

Exemple de ce paragraphe page 114 : « Elle marchait beaucoup trop vite. C’était semble-t-il, son rythme naturel. Brighton s’en rendit compte très tôt. Il vait du mal à suivre. Moss ne cherchait pas à le distancer. Ça n’était pas pour le faire enrager. Cependant elle le distançait. Ce qui fait que. Ce qui faisait. »

Ce qui fait des Oubliés un bon roman qui tient en haleine son lecteur par ce futile alignement -quelquefois fracassé par un accident, un ascenseur en panne, une chute- de sentiments, d’émotions et de faits plus ou moins divers qui constituent une vie ordinaire, dont on sort, un jour, oublié. 

Simon Dimiye, Papou de la hache de pierre

L'affiche de l'exposition.     		 L’exposition « Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée », vient de s’achever ce lundi au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, dans la banlieue Ouest et royale de Paris. Trois cents objets dont la pierre polie sur l’affiche ci-dessus étaient présentés. Objets à la fois utiles (comme une hache de pierre destinée à couper les grands arbres de la forêt de l’Irian Jaya) et symboliques (ces objets interviennent dans des échanges lors de céréomonies). Donation Anne-Marie et Pierre Pétrequin.

Papou, peuple poli

Les contacts entre certaines de ces populations et les Ocidentaux n’ont eu lieu que dans les années 1960… Ainsi Simon Dimiye du groupe Nduga. Ses haches de pierre sont extraites des schistes des falaises de la forêt, brûlées, puis bouchardées, et découpées en lamelles, testées au son qu’elles produisent. Enfin polies. Papou, peuple poli. Elles deviennent des haches de pierre. Des haches Wang-Kob-Me.

photo-z-asmat1.jpg 

[Asmat, Papouasie (ex-Irian Jaya) © Jeanne Herbert/Survival]

Simon Dimiye raconte une histoire taboue, c’est-à-dire jamais racontée. « Les N’Duga sont sortis les premiers et sont venus ici. A l’entrée de la grotte, il y avait un très grand arbre et personne ne pouvait le couper. Enfin est sorti le géant Tinok; c’était un homme blanc avec une grande hache Wang-Kob-Me. Lorsque cet homme est monté avec sa hache de pierre, les Wano lui ont pris la hache; ils ont coupé l’arbre, qui s’est écrasé au sol en tuant Tinok. Les Wano sont venus plus tard, losque le corps a été décomposé; ils ont pris les os et les ont cachés sous un grand rocher dans leur village où l’ont fait des haches, plus loin que Mulla, à Wang-Kob-Me. »

A l’entrée du musée ce principe « d’archéologie comparée »: Observer ces peuples de la forêt pour qu’ils nous enseignent comment vivaient des peuples anciens aujourd’hui disparus, comme ceux des habitats néolithiques lacustres du Jura.

Mais de quel droit et avec quel regard peut-on observer des Papous de la hache de pierre ?

Rambo et le devisement étonné du monde

L’une est à l’est de Toulouse, l’autre à l’ouest. Agen et Albi s’affrontaient samedi 6 janvier dans le cadre de la 18e journée du Top 14 de rugby français. Match équilibré, quasi symétrique. Les deux équipes étaient au coude-à-coude au classement. Agen 7e, Albi 10e. Au final, les Albigeois sur leur terrain se sont imposés 10 à 6.

Le quotidien Libération du même jour consacrait deux pages à « Agen pack du monde ». Selon Stéphanie Platat le Sporting Union Agen (SUA) compte dix nationalités, des rugbymen qui viennent de l’Est, de Russie, de Roumanie, du Sud (Afrique australe) et des antipodes (Nouvelle-Zélande, Samoa, Tonga).

L’un des joueurs samoan d’Agen, Rambo Tavana, arrivé depuis peu dans le Sud-Ouest, est très étonné des différences de comportements entre Français et Samoans : « Ici les gens demandent de l’argent dans les rues, certains dorment dehors, ça me révolte, je me sens triste, ces différences me donnent envie de pleurer. » Quel Don Quichotte ce Rambo!

Sa réaction rappelle le récit de Touiavii, chef de la tribu de Tiavéa, rapporté par le voyageur allemand Erich Scheurmann dans les années 1920 (Le Papalagui, les propos de Touiavii, chef de la tribu de Tiavéa, dans les mers du Sud, éditions Pocket) :

 « Le Papalagui est obsédé par le métal rond et le papier lourd qui régissent toute sa vie; le Papalagui a inventé un objet qui compte le temps; depuis il court sans cesse derrière. »

 

On pense aussi à Marco Polo (1254-1324) bien entendu, dont Le devisement du monde, rédigé après vingt-quatre années de voyage en Extrême-Orient sur le Route de la soie notait, comme on le voit ci-dessus, que les Mongols ont été les premiers à utiliser la monnaie sous forme de papier…

Moins connu, mais tout aussi saisissant est le témoignage de Luís Fróis, jésuite qui a passé trente ans au Japon, au XVIe siècle. Un petit livre liste ses observations méticuleuses sur des comportements qui semblent aux antipodes (Européens et Japonais, Traité sur les contradictions et différences de mœurs, préface de Claude Lévi-Strauss, éditions Chandeigne, 1998).

On relève, page 28 : « Chez nous il est rare que les femmes sachent écrire; une femme honorable au Japon serait tenue en basse estime si elle ne savait pas le faire. »

Mais: « Chez nous, les prénoms des femmes sont empruntés aux saintes; ceux des Japonaises sont: marmite, grue, tortue d’eau, espadrille, thé, roseau, etc. »

Et si l’étonnement gouvernait le monde ? 

Ainsi Agen et Albi sont géographiquement symétriques, Français et Japonais du Moyen Âge avaient des comportements inverses (explique Claude Lévi-Strauss dans sa belle préface), comme les deux faces d’une même médaille, qui les font se rejoindre paradoxalement, et les rugbymen samoans qui jouent dans le Sud-Ouest font connaître la cité du pruneau au-delà des mers…

Noté sur le blog du quotiden La Dépêche du Midi, ce commentaire signé Sualex :

JOHN Carter stops Rupeni Caucaunibuca.  « Ce qui est bien c’est que grâce à des joueurs comme Rupeni Caucaunibuca (de dos, à droite sur la photo), Agen est connu dans le monde entier. Souvent il m’arrive d’échanger sur des forums « sudistes », telle ne fut pas ma surprise de voir qu’on parlait regulierement d’Agen au fur et à mesure des exploits de Caucau. Les Tongiens demandent des nouvelles des deux jeunes Fonua et Ahotaeiloa. Les Samoans croient beaucoup en Rambo Tavana, ils le voient comme futur ouvreur de leur équipe nationale (poste qu’il n’occupe pas à Agen barré par Gelez, Miquel et Tesquet en espoirs).

Du coup ils demandent : « Mais où est passé Rambo ? » Aussitôt après, un autre répond : « Il est à Agen, le club à Caucau ». Agen restera comme le club à Caucau pour les sudistes.
Souvent décrié, cette internationalisation de l’effectif, bien qu’elle soit la conséquence d’un meilleur rapport qualité/prix permet à Agen d’etre reconnu mondialement. Que ce soit au Canada, en Argentine, en Afrique du Sud, Agen est connu de tous. »

Aux dernières nouvelles donc, Agen a été battu par Albi. Mais Rambo n’a pas dit son dernier mot…

Bayard, lecteur sans peur et sans reproche

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?Pierre Bayard, professeur de littérature à l’université de Paris 8, publie un livre roboratif, digne de désacraliser la lecture… Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? (éditions de Minuit, collection « Paradoxe » [sic]). Dans un entretien à Jean-Maurice de Montremy pour Livres Hebdo, daté de ce jour, cet auteur, par ailleurs psychanalyste, annonce :

« Comment parler… s’adresse à ceux qui se croient à l’écart de la culture. Je leur montre que celle-ci n’est qu’une forme d’organisation du savoir, un art de l’enquête. Il faut en finir avec cette obligarion de tout lire et tout savoir, de A à Z. Obligation qui s’accompagne d’un tel sentiment d’infériorité, chez le « mauvais » lecteur, qu’elle peut tuer le désir de lire. Avouer n’avoir pas lu certains livres suscite une culpabilité inconsciente qu’une culture assumée permet de soulager. Se cultiver, c’est apprendre à se promener. »

Glanée au fil de la lecture de l’article, cette citation prêtée à Oscar Wilde [que seraient les dictionnaires de citations sans Oscar Wilde?] : « Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique: on se laisse tellement influencer. » Et cette précision de biobibliographie : Pierre Bayard est aussi l’auteur de cet essai, publié en 2000 par L’Olive: Comment améliorer les oeuvres ratées ? Autant de titres commençant par « Comment? » rendent forcément leur auteur sympa, tout imprégné qu’il est d’interrogations et de doute…

Dans une bibliothèque, le dernier ouvrage de Pierre Bayard, trouverait sa place à côté de Comme un roman, manifeste salutaire de Daniel Pennac, publié il y a une dizaine d’années. Ce livre désacralisait à sa manière la lecture. Pour mémoire, il énonce « Les droits imprescriptibles du lecteur » et place en tout premier, le credo de Bayard, lecteur sans peur et sans reproche :

Comme un roman
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n’importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n’importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? est annoncé pour le 11 janvier.

Comment attendre la semaine prochaine pour le lire ? En lisant d’autres livres de Pierre Bayard, tels Qui a tué Roger Ackroyd ? ou Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ?