Haïtiens, Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde !

A découvrir le blog Regard éloigné, espaces de cultures, anthropologie, avec cette belle citation d’Anabase de Saint-John Perse : « Suiveurs de pistes…de saisons : leveurs de campements dans le petit vent de l’aube… Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ! »

Mots épars d’un natif de la Guadeloupe qui nous ramène aux voisines traces haïtiennes d’aujourd’hui, qui nous font plonger dans le texte d’origine :

Hommes, gens de poussière et de toutes façons, gens de négoce et de loisir, gens des confins et gens d’ailleurs, ô gens de peu de poids dans la mémoire de ces lieux ; gens des vallées et des plateaux et des plus hautes pentes de ce monde à l’échéance de nos rives ; flaireurs de signes, de semences, et confesseurs de souffles en Ouest ; suiveurs de pistes, de saisons, leveurs de campements dans le petit vent de l’aube ; ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ; ô chercheurs, ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs, vous ne trafiquez pas d’un sel plus fort quand, au matin, dans un présage de royaumes et d’eaux mortes hautement suspendues sur les fumées du monde, les tambours de l’exil éveillent aux frontières l’éternité qui bâille sur les sables. 

Haïti, vie et verve

« Si dans l’échelle des valeurs matérielles, Haïti vient bon dernier de toutes les Antilles, dans l’échelle des valeurs spirituelles il détient sans doute la première place. Il est le seul des territoires caraïbes où je ne me sois pas senti déprimé. Le contact d’un peuple en haillons, mais débordant de vie, de verve et de personnalité, m’a procuré une sensation d’allégresse que je n’ai éprouvée nulle part ailleurs. » Daniel Guérin, Les Antilles décolonisées, 1956, rééd. Présence africaine 1986, cité par Alfred Métraux, Haïti, La terre, les hommes et les dieux, Éditions de La Baconnière, Neuchâtel, 1957

Dany Laferrière : le cœur même du peuple haïtien n’a pas été touché

Dany Laferrière est rentré de Port-au-Prince dans la nuit de jeudi à vendredi. Il a raconté le  » discours optimiste des Haïtiens  » dans un entretien à Radio Canada :

Il faut enlever le mot « malédiction », c’est un mot biblique qui n’a pas lieu au XXIe siècle. Il faut dire que la situation haïtienne est tellement désastreuse, qu’une catastrophe peut tourner à la tragédie totale. Mais ce que j’ai vu c’est ce que les Haïtiens font tout de suite après. Les gens ont été obligés de sortir massivement dans les rues parce qu’ils n’avaient chez eux en situation normale qu’une journée de nourriture. (C’est un peuple qui vit au jour le jour.) Etant obligés de sortir dans les rues, et ils l’ont fait de manière organisée et généreuse, ils ont recréé la vie. S’ils avaient eu beaucoup de nourriture ils seraient restés pour se retrouver chez eux et se lamenter et se reprendre, et les rues auraient été vides et on auraient plus l’impression de quelque chose de tragique.

Le cœur même, le centre même, la structure du peuple haïtien n’a pas été touchée parce qu’autant on reprend les mêmes signes à l’étranger, « pays maudit », « pays désespéré » « pays en malédiction », autant en Haïti les gens commencent à inventer un nouveau discours optimiste en disant « nous sommes arrivés si bas que c’est le moment de créer une autre Haïti » puisque même les gens qui habitaient dans des conditions qu’ils pouvaient appeler le « désastre » sur le flanc des montagnes, même les gens qui subissaient l’embouteillage chaque jour disent que c’est le moment de régler cette question, de faire de Port-au-Prince une ville nouvelle et de mettre des usines un peu hors champ c’est-à-dire dans les villes de province. Ils disent : « Quand il y a de la vie quelque part les populations vont y aller et dégageant Port-au-Prince on peut faire quelque chose de neuf. »

Haïti : la mort de Mamadou Bah

Mamadou Bah, ancien porte-parole de la Minustah, est mort dans l’effondrement de l’immeuble de l’Onu à Port-au-Prince. Il était depuis quelques semaines le plus proche collaborateur du numéro de 2 de l’organisation, Luiz Costa da Silva, lui aussi décédé dans le séisme.

« Mamadou Bah avait eu l’idée d’une coopération entre Bibliothèques Sans Frontières et la Minustah », nous raconte Patrick Weil, président de BSF [et co-fondateur de StreetPress, ndlr]. Il nous avait demandé des livres pour permettre l’ouverture d’une bibliothèque pour les adolescents purgeant une peine dans des centres pénitentiaires. »

Mamadou était « féru de littérature et de peinture »: Il croyait au développement par la culture. Juana Brachet, une amie témoigne : « A Port-au-Prince, il avait projet d’ouvrir une galerie, de soutenir des jeunes peintres. Vraiment, ce n’était pas du tout le bureaucrate onusien. Il avait un engagement total. »

En mission à Kinshasa de 2002 à 2006, il avait monté Radio Okapi.

Source : StreetPress.

Dany Laferrière est vivant et il parle de culture

« Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c’est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n’est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d’avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c’est le peuple. C’est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l’événement. » confie Dany Laferrière à la journlaliste canadienne Chantal Guy.

Dany Laferrière au court de tennis de l’hôtel Karibe, où des matelas ont été sortis en catastrophe dans la première nuit qui a suivi le séisme.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

 

Haïti chérie (Stanley Péan)

N’eut été les événements d’hier en Haïti, je serais à bord du vol Delta Airlines en direction de New York, d’où je devais repartir à 9h00 pour Port-au-Prince. Aucun moyen de rejoindre quiconque dans la capitale haïtienne, mais je sais désormais que le festival Étonnants Voyageurs auquel je devais prendre part à compter de demain…

écrit l’écrivain Stanley Péan, sur son blog après Alain Mabanckou, signalé hier.

Musiciens victimes en Haïti

Parmi les victimes du séisme : Joubert Charles, Ricky Juste et le rappeur Jimmy O, et King Kino, blessé et coincé dans les décombres de son hôtel, selon le journal canadien La Presse.

Rémy Junior Moschino, promoteur montréalais d’origine haïtienne, a confirmé le décès de Joubert Charles, l’un des plus importants promoteurs de musique à Port-au-Prince, par ailleurs manager de la formation konpa kreyol la. Il a péri sous les décombres de sa demeure.

Jean-Raymond Lecompte, que d’aucuns considèrent comme le plus accompli des ingénieurs du son dans la capitale, possédait un studio d’enregistrement où plusieurs artistes ou groupes enregistrent leur « meringue carnavalesque », chanson populaire que l’on crée annuellement pour les célébrations du Mardi Gras – qui devaient normalement se tenir les 14, 15 et 16 février prochains. Ce studio de Jean-Raymond Lecompte n’existe plus. Plusieurs musiciens auraient rendu l’âme sous les décombres de l’édifice. On attend les confirmations.

Selon nos sources, King Kino, chanteur du groupe konpa Phantom, serait pris sous les décombres d’un hôtel et Ricky Juste, ex-batteur du groupe Kadans, aurait succombé au tremblement de terre.

Protégé du célébrissime Wyclef Jean, le rappeur Jimmy O n’est plus.

Haïti, un reportage de Chantal Guy

 Pétionville, Villa Créole, 16h50. Je suis dans ma chambre d’hôtel en train d’écrire mon reportage sur Dany Laferrière, qui nous a fait découvrir la veille « son » Port-au-Prince. Journée magnifique: le soleil brille, les lézards sont paresseux, on entend les bruits de la ville grouillante et soudain… immense secousse. Comme si l’hôtel avait le hoquet. Puis, tout de suite, un tremblement extrêmement puissant et bruyant. Dans ma chambre, plus rien ne tient en place. Le plancher bouge, les miroirs tombent et se brisent, la télé tombe sur mon ordinateur, j’arrive avec peine à faire deux pas pour me rendre à la porte et sortir.

Ainsi débute le reportage de Chantal Guy, journaliste présente en Haïti pour un portrait de Dany Laferrière (sain et sauf), qui a réussi a envoyer son article à son journal, à Montréal, La Presse.

Mabanckou, Black Bazar en Haïti

« Catastrophe naturelle. Injustice de la nature. Séisme aveugle qui vient de s’abattre sur cette terre d’Haiti, ma terre d’adoption, la terre de mes frères, de mes amis les plus chers dont Dany Laferrière, mais aussi Rodney Saint-Eloy, Lyonel Trouillot, Louis-Philippe Dalembert. Tous sont sur place. Nous devrions nous rencontrer ce jeudi pour le festival Etonnants Voyageurs. » 

Ainsi débute le nouveau blog d’Alain Mabanckou, Black Bazar, en grande affection de ses amis écrivains d’Haïti dont Dany Laferrière et de son roman L’énigme du retour, dont il salue le « sens prophétique » dans son billet « Haïti, l’énigme du séisme ».