Nous ne sommes pas à notre première fin du monde (James Noël)

« Ici, la mort saccage abondamment. Nous pleurons nos morts sans plus disposer d’une seule goutte de larme dans le corps. Plus de dix jours après le drame, les rues sont dégagées de leurs montagnes de cadavres. Les familles qui ont découvert leurs morts les enterrent sans perdre de temps dans leur cour, question d’éviter la fosse commune. Ces morts-là ne sont pas encore déclarés. De toutes les victimes de cette fin du monde sur mesure, en saura-t-on jamais le nombre un jour ? »

James Noël, Le Nouvel Observateur, 25/01/10

Haïti est entré dans l’époque (Dany Laferrière)

Dany Laferrière a une conscience juste de sa place dans le monde. Plus même qu’une place, il s’agit d’une « époque ». Celle de l’Haïti de l’après tremblement de terre du 12 janvier 2010, et de ses frontières naturelles « devenues mobiles » par la forte résonance mondialisée de l’événement, comme il l’a raconté magnifiquement lors d’une soirée à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris.

Car Dany Laferrière est à Paris, vivant et debout, tout juste arrivé de Montréal qu’il avait rejoint peu de temps après le séisme qu’il juge être « l’événement le plus important pour Haïti depuis son indépendance, en 1804 ».

Dans l’échange qu’il mène avec Claude Arnaud, l’homme de Petit-Goâve reconnaît : « c’est un tremblement de terre qui a cassé un pays qui était à genoux », un événement sans manœuvre humaine — contrairement aux coups d’état —, ce qui a permis une lecture plus saine (de la part) de l’étranger. »

Pour l’auteur de L’énigme du retour, qu’avec ce séisme, Haïti est entré dans les préoccupations du monde, hors toute étiquette encombrante, stigmatisante. Dès son retour à Montréal, il avait d’ailleurs dénoncé l’usage du terme « malédiction » par les commentateurs un peu rapides : « Il faut cesser d’employer ce terme de malédiction. C’est un mot insultant qui sous-entend qu’Haïti a fait quelque chose de mal et qu’il le paye. » (Le Monde, 16/01/10)

La mobilisation de solidarité pour Haïti n’a eu que deux précédents, selon lui : We are the world (une chanson de Michaël Jackson et Lionel Richie contre la famine en Ethiopie, en 1985, qui a rapporté 50 millions de dollars) et le Mandela Day (le concert anniversaire en 2009).

« Haïti vient de rentrer, répète Dany Laferrière : un peu partout des jeunes gens veulent aider. Avec Obama, les jeunes gens ont eu une grande victoire. Et l’écologie est au centre de leurs préoccupations. Ils ont une vision planétaire du monde. Haïti n’est pas vu comme un endroit folklorique, pas un lieu, mais dans le temps de notre époque, et Haïti c’est compris là-dedans.

Haïti a provoqué une énorme émotion depuis deux cents ans, qui n’a pas trouvé de canalisation. Aujourd’hui il y a un moment à attraper, entre larmes et excitation, il y a un moment-là. C’est comme si Haïti cherchait un moment, on tient un moment, on tient un moment, il coûte cher, mais on tient un moment. C’est un moment fort. »

Pendant deux heures la salle de la Bibliothèque de l’Arsenal, de haute tradition littéraire pendant tout le XIXe siècle, a donc résonné des propos d’un écrivain rescapé d’un tremblement de terre, ce qui donne quelque gravité aux mots, même si l’intéressé manie avec talent l’humour comme le témoignage personnel.

Parti aux nouvelles de sa mère de 84 ans, le lendemain du séisme, il a pu constaté qu’elle était pleine de verve, se demandant de quoi 2011 serait fait.

Dany Laferrière n’a pas directement répondu à la belle question de Claude Arnaud (Quelle part la culture peut prendre dans la reconstruction ?), mais il a dit mieux, en retirant quelque culpabilité à ceux qui pourraient aimer Haïti tout en n’y pouvant rien…

« Aller sur place, aller en faisant quelque chose. Ceux qui aiment Haïti, qu’ils fassent comme avant, qu’Haïti ne deviennent pas une cause, le faire sur la durée, essayer de trouver un rythme quotidien, qu’Haïti reprennne le dialogue. Il faut comptabiliser ce qu’Haïti a fait (en émotion) pour retrouver le sens du dialogue.

Cet événement a réveillé en moins d’une semaine l’Occident. La manière qu’ont eu les Haïtiens à faire face en marchant tranquillement, les gens ont vu ça (par les télévisions), ça les a rendu proches. Les Haïtiens n’étaient pas vu seulement comme des sujets à plaindre. »

« La culture structure la vie sociale haïtienne. C’est la source de cette vitalité. »

Et de surprendre par cette utopie : « Il faut faire un échange de biens et d’émotions. »

A la question d’une auditrice haïtienne (êtes-vous prêt à aller en Haïti pour participer à la reconstruction ?), l’écrivain montréalais a répondu plus globalement :

« En étant ici, c’est déjà commencé. La reconstruction n’est pas que physique. J’ai entendu une clameur après l’interview du Monde sur la malédiction. Ce qui est important, c’est de maintenir le dialogue, ne pas se tenir dans des discours corsetés, les gens de pouvoirs aiment les discours bien fermés. Personne n’est obligé d’aider Haïti. Les gens vont le faire spontanément. Il faut maintenir ce ton, ce ton digne, le ton des gens qui marchaient dans les rues après… »

Conférence intégrale sur le site du Temps .

La force d’un peuple et la puissance de sa culture (Nathalie Petrowski)

Tous les soirs depuis que la terre a tremblé, il apparaît à l’écran. Toujours le même t-shirt noir dont il doit avoir cent exemplaires et d’où saillent ses bras musclés, toujours ces cheveux courts tirant sur le blanc platine, toujours ce regard bleu perçant. À première vue, le Anderson Cooper qui se promène depuis une semaine dans les gravats et la poussière de Port-au-Prince n’est pas très différent de celui qui officie tous les soirs dans le confort chromé du studio new-yorkais de CNN. Pourtant, quelque chose chez lui a changé. Dans la façade lisse de son image est apparue une faille à travers laquelle se sont glissés un soupçon d’émotion, une pincée de compassion, un zeste d’humanité et au moins une tasse de solidarité, toutes choses habituellement refoulées par l’objectivité à laquelle doit tendre tout journaliste sérieux et crédible.

(…)

Durant toute la semaine, sur tous les réseaux mais aussi dans les textes de mes collègues de La Presse, je n’ai cessé de voir des journalistes prendre fait et cause, s’investir, protester, ne pas se mêler de leurs affaires. Je les ai vus applaudir le bambin souriant qui a survécu miraculeusement, soupirer de soulagement en voyant la vieille édentée chanter en sortant des décombres, retenir leurs larmes devant les larmes des éprouvés. J’ai vu Anderson Cooper abandonner sa caméra sur un bidon pour porter secours à un jeune ado haïtien ensanglanté. J’ai vu Byron Pitts engueuler des soldats pakistanais qui tiraient sans raison sur la foule. J’ai vu Harry Smith se perdre dans la nuit haïtienne à l’heure du souper et s’émerveiller du semblant de vie qui s’organise. J’ai rarement senti chez les journalistes un tel élan, une telle empathie, un tel débordement émotif.

(…)

Ce qui fait la différence, c’est peut-être la nature même des Haïtiens, leur dignité, leur courage, leur gentillesse et ce sourire qu’ils braquent comme un antidote sur leurs malheurs et qui semble avoir touché les journalistes jusqu’au coeur. Par moments, on a l’impression que dans les ruines d’un pays en miettes, les journalistes viennent de découvrir la force d’un peuple et la puissance de sa culture.

Nathalie Petrowski, La Presse, Montréal, 23/01/10

C’est le mauvais côté de l’histoire qui fait l’histoire (Lyonel Trouillot)

À l’entrée de l’hôtel autrement fermé où est logée l’équipe de CNN, l’agent de sécurité refuse de me laisser passer. Il bloque tous les Haïtiens. Quelqu’un lui crie que c’est ça le mal du pays : le non-respect de ses semblables, et que les personnes qu’il bloque ne sont pas venues mendier. Le patron arrive et s’excuse.

Mais le mal est fait. Avant le tremblement de terre, l’un des malheurs de ce pays c’était le « deux poids, deux mesures » qui fixe des traitements différents selon des critères odieux. Après un tel malheur, de telles pratiques peuvent-elles se maintenir ? Je me promets de poser la question à l’agent de sécurité et au patron. Mais après l’entrevue, j’oublie. Je contemple le Champ de Mars, la place des Héros transformée en refuge. Il ne s’était pas trompé, celui qui disait : c’est le mauvais côté de l’histoire qui fait l’histoire.

Extrait de la chronique quotidienne de Lyonel Trouillot, Le Point.

Haïti : journalistes debout !

AlterPress est par terre mais ses journalistes travaillent, comme en témoigne la dernière dépêche de Gotson Pierre, titrée « Haïti-séisme : Pénible réveil » :

« La vie tarde à reprendre son cours normal à Port-au-Prince et les autres régions d’Haiti, fortement affectées le 12 janvier par un séisme de magnitude 7, faisant entre 100.000 et 200.000 morts, suivant diverses estimations. »

La suite sur AlterPress.

En Haïti, « nobody ever really dies » (Madison Smart Bell)

Today is a good day to remember that in Haiti, nobody ever really dies. The many thousands who’ve had the breath crushed out of their bodies in the earthquake, and the thousands more who will not physically survive the aftermath, will undergo instead a translation of state, according to the precepts of Haitian Vodou, some form of which is practiced by much of the population. Spirits of the Haitian dead — sa nou pa we yo, those we don’t see — do not depart as in other religions but remain extremely close to the living, invisible but tangible, inhabiting a parallel universe on the other side of any mirror, beneath the surface of all water, just behind the veil that divides us from our dreams.

La suite du texte de Madison Smart Bell dans le New York Times du 16 janvier 2010.

« Par delà les tombes la création continue » (Frankétienne)

Retranscription de la conversation entre Frankétienne et son ami Philippe Bernard, le 20 janvier 2010 à 14h38, soit peu de temps après la seconde secousse (6 sur Richter) qui a frappé Port-au-Prince.

Tu me demandes de raconter, mais c’est tout simplement inimaginable. Là, tu le sais, nous avons eu une secousse, pas très longue, mais assez forte… 6 de magnitude sur l’échelle de Richter… ça a duré cinq secondes peut-être. Dans ma maison, tu l’as vu sur les photos de Marie-Andrée, tous les dommages se situent au niveau de l’étage moyen. Comme nous avons beaucoup de murs qui se sont fissurés et affaissés, ça a entraîné une inclinaison des murs qui étaient déjà très penchés. En sous-sol, il y a entre trente-six et quarante piliers de soutènement, en béton armé, et pourtant il y en a une bonne demi-douzaine qui se sont fissurés. Et quoi faire ? Tu le sais, nous n’avons pas d’argent et nous ne savons pas comment ça va se passer pour d’éventuels prêts dans deux ou trois mois, quand le pays aura repris un peu de souffle comme on dit. Et tu le sais aussi, ici en Haïti, on n’a pas d’assurances : c’est une zone à risque, rien n’est assuré. Même pas notre vie… non, nous n’avons pas ici d’assurance-vie et nous vivons, comme nous disons, à la grâce de Dieu.

Mais quand je regarde ma maison, avec cet étage à vivre qui est une dévastation, rien que regarder, c’est déjà une épreuve. Quand c’est arrivé, j’étais au troisième niveau avec un journaliste qui était venu m’interviewer et Marie-Andrée était dans la partie la plus fragile de la maison. S’il y avait eu une vistime, ç’aurait été Marie-Andrée. C’est terrible… et dire que j’avais juste écrit une pièce d’une manière spontanée, mystérieuse, écrite fin novembre et prête à être jouée le 22 janvier. Elle s’appelle Le Piège et c’est une pièce sur l’écologie mondiale face aux dévastations générales de la planète, la pollution généralisée, la fonte des calottes glaciaires, les tremblements de terre : il y a même un passage où je dis « la terre titube, la terre vacille, la terre vire et chavire en tressaillements de frayeur, en déraillements de terreur, dans le macabre opéra des rats… » et je dis plus loin « effondrement des villes, des bidonvilles, des châteaux et des palais en hécatombe cacophonique. » Je ne l’ai pas écrit avant-hier : je l’ai écrit le 10 novembre !

Jutta m’a demandé de lui envoyer un bout de la pièce, je lui ai envoyé l’ouverture de la pièce, le prologue. Le pièce, c’est deux individus reclus dans un réduit à la suite d’un cataclysme. Exactement comme ce qui se passe, c’est un voyage terrible, c’est une prémonition… La pièce dure une heure et vingt minutes, c’est une image forte de la planète et moi je sens bien qu’à l’heure actuelle, les écologistes, les altermondialistes représentent le fer de lance contre la famille des zotobrés planétaires, qu’ils soient américains, chinois ou européens qui sont en train de tuer la planète Terre. Moi je compte sur une solidarité de la part des écologistes…

Revenons à la pièce, elle est à 85% en français, des petites parties sont en créole, mais sont facilement adaptables. Tu connais Yann Arthus Bertrand… eh bien c’est moi qui ai traduit le texte de son film en créole. J’espère pouvoir aussi compter sur ce genre de type pour promouvoir ma pièce en tournée en Europe. Je vais la rôder, bien sûr, en Haïti, car je veux qu’elle soit jouée d’abord chez moi. Mais je t’assure que si cette pièce est jouée dans les pays francophones, en France, en Suisse, au Canada et s’il faut l’adapter au public hispanophone ou anglophone, je le ferai. Tu sais, j’ai mis trois jours seulement pour adapter le texte d’Arthus-Bertrand…

En attendant, je regarde dehors et je vois mon quartier de Delmas, presque complètement détruit, Port au Prince, un complet champ de ruines, la ville de Léogane, détruite… Jacmel a aussi énormément souffert… 80% par terre m’a-t-on dit… et puis tu sais, il faut le dire : beaucoup de peur. Pour l’instant, ma priorité première serait de pouvoir seulement sortir de chez moi, mais je ne peux pas, il y a des blocs de béton devant la porte et plein de fils en travers du chemin. Oui la priorité serait déjà que notre rue soit dégagée, qu’on puisse sortir pour trouver un peu de ravitaillement. J’ai l’impression ici d’être sequestré.

Et puis, tu sais, on nous a dit qu’on aurait encore des secousses pendant deux ou trois jours. On dort dans la cour pour le moment. C’est dur mais on tient le coup. La vie doit continuer et la création, comme dit Nietzsche, par delà les tombes la création continue.

L’énergie doit se manifester et la pièce, vraiment, sera un gros morceau et contribuera à ce que les gens soient sensibilisés par une pièce écrite par un écrivain vivant, survivant sur place. Et cette pièce n’est pas lourde : deux hommes en scène, c’est tout. Un autre acteur et moi, et pour le décor, des morceaux de carton, des ferrailles, des déchets, des débris, un univers dévasté : c’est une pièce qu’on peut monter n’importe où sur la planète. C’est une pièce avec une réelle dimension écologique, j’y dénonce la dévastation organisée de la planète. Mes deux individus sont bloqués, ils ne savent pas par quoi, sans doute un cataclysme, et ils jouent, ils discutent… je mets chacun en face de ses responsabilités, que ce soient les grands décideurs de multinationales ou les gens qui mettent du fatras, les pauvres qui coupent les arbres, tous sont des prétadeurs, des zotobrés de la planète, tous de la même famille… mais aucun pays ne pourra se libérer seul de ce problème car tous, absolument tous, sont concernés. Ce qui me navre c’est que les ennemis d’hier sont encore les mêmes aujourd’hui… Ma pièce c’est, je te l’ai dit, Mélovivi ou le piège, mélé c’est les imbéciles, les cons… tout un programme, inépuisable.

Nous ne sommes pas en fer, ni même en bois… mais nous tenons. Nous tenons.

Frankétienne

Haïti : une pétition pour Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche

« Nous demandons à chacun de nos gouvernements, et ici au gouvernement français, d’en appeler à l’organisation d’un plan international qui mettrait en synergie toutes les compétences qui peuvent concourir à la remise en route du réseau éducatif et de recherche en Haïti, fondement de la vitalité culturelle et intellectuelle de ce pays et garantie de sa survie.

Sans attendre cependant ces décisions futures, il est indispensable de soutenir les chercheurs et étudiants haïtiens au niveau des pays et universités qui les accueillent actuellement. Pour la France, nous demandons au Ministre de l’Education Nationale, à la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu’aux Présidents des instituts de recherche et d’enseignement supérieur le financement de « chaires Haïti » qui permettraient de recevoir des chercheurs et des enseignants, la création de bourses destinées aux étudiants haïtiens, la mise en place de missions d’enseignement et de formation en Haïti selon les besoins exprimés par nos interlocuteurs. Nous demandons au Ministre de l’Intérieur, l’attribution plus souple de visas pour les étudiants qui veulent venir étudier en France. Il en va de notre honneur d’enseignants, de chercheurs et de citoyens dans la communauté internationale. »

Extrait de Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche haïtien, pétition dont la première signature est celle de Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS, Centre International de Recherches sur les Esclavages, Ciresc, EURESCL

« Les Haïtiens sont debout » (Rodney Saint-Eloi)

« L’urgence aujourd’hui est de traverser cette vallée de larmes, de faire face à ce séisme, en donnant à l’humanitaire et à la coopération le visage d’une solidarité sociale réelle et effective. Les Haïtiens qui sont debout doivent enterrer leurs morts, faire leur deuil, et main dans la main, recommencer 1804, cette fois, avec l’appui de tous les pays du monde. »

Extrait de l’entretien et témoignage sur le séisme en Haïti de l’éditeur Rodney Saint-Éloi (Mémoire d’encrier, Montréal) à Raphaël Confiant et publié dans Montray Kréyol.

Frankétienne a toujours raison (Gilles Colleu)

A Frankétienne et Marie-Andrée,
qui dorment, ce 21 janvier 2010, 
dans la cour de leur maison.

Frankétienne a toujours raison,
Brigant cubique
Et volte-face reniflant
L’envie des femmes
Et le limon des terres
La secousse de la sienne
Tellurique et féconde
Déplace et dévore
Les grondements de la misère.
Maintenant vibre
l’en-dedans zinzamard,
Les pleurs du géant,
Désespoir de la prémonition,
Tout arrive
Quand le mépris dirige.

Frankétienne a toujours raison,
Pyromane en chef
Et gardien isocèle
D’un mur à crever
Les envies d’évasion.
La terre se replace
Dans son lit d’indifférence
Le géant pleure
Et le mur s’efface.
Reste pour rempart
La figure immense
Du barde debout,
Le poète est toujours vivant.
Son théâtre des ombres
Dit nos voix avenirs.

Frankétienne a toujours raison,
Ravageur triangulaire,
Son pieu en terre
Enfantera la matrice
Les savoirs et les verbes
Des enfants innombrables,
De ceux qui se perdent
Dans les replis boueux
Des ravines lisières.
D’une parole oblique
Grossira l’exigence
Qu’un peuple enfant du géant
Toujours dézinguera
La médiocrité cacochyme
Des oraisons analphabètes.

Gilles Colleu