A Port-au-Prince, un paysage de « chancre visuel » (J.M. Théodat)

« Juillet est là, avec ses pluies et ses plaintes, ses tas de boues et de galets dans tous les quartiers de la ville. Lorsqu’il pleut, c’est un vrai déluge : anba pa monte anho pa desann lanmitan rete sou kote, dit le poète. Coupe Cloue a su dire dans des vers exacts la réalité d’un certain Bel Air que j’ai connu et dont le séisme du 12 janvier a définitivement rayé les traces de la ville. Chaque orage est suivi du décompte douloureux des morts, de scènes de deuil et de prière (…)

L’envasement progressif de la baie a créé cette langue de terre qui croît vers le large et où s’établissent au fur et à mesure de nouvelles demeures, de nouvelles baraques en bois, en carton en plastique, etc. Cela a fini par composer dans le paysage une sorte de chancre visuel qui ourle de corridors insanes et de venelles obscures l’avenue du Bicentenaire, censée être le signe d’une première renaissance de la ville en 1949.(…)

Port-au-Prince est devenue l’une des villes insalubre et les plus chères de la Caraïbe. Depuis que les dollars tombés de l’aide internationale ont donné aux opérations immobilières un coup de fouet artificiel qui a fait grimper considérablement les prix pour les locations et les ventes, la ville est devenue le lieu d’un face à face extrême entre les have et les have not. La hausse des prix pèse sur les plus vulnérables et les chasse de plus en plus loin du centre. »A lire dans son intégralité sur le blog de Jean-Marie Théodat, depuis Port-au-Prince.

Jean Métellus, Grand prix de la francophonie

Jean Métellus a été récompensé du Grand prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre par l’Académie française dans sa séance du jeudi 10 juin 2010.

Voir le site du poète et son blog qui signale la réédition de l’un de ses premiers romans, publié initialement en 1982, La famille Vortex dans la collection L’imaginaire de Gallimard, ainsi résumé par l’éditeur :

« Le récit de vie d’une famille exceptionnelle illustre une réflexion politique sur Haïti. Les Vortex, ce sont Solon, le père, ancien marin, Olga, la mère, descendante des Arawaks, et leurs nombreux enfants : Joseph le prélat, Louis le professeur, Egard l’officier, Sylvain le médecin, Astrid, Sylvie et Ludovic. Leur destinée sera brisée par les tempêtes politiques et la lutte pour le pouvoir. »

Haïti : la Fokal parie sur la culture et le développement local

La reconstruction alternative ? La culture et la créativité comme moteurs de développement, le pari du développement local. En Haïti, d’autres voies sont-elles possibles ?

Deux représentantes de la Fokal (Fondation Connaissance et Liberté), Michèle Duvivier Pierre-Louis, ex Premier ministre d’Haïti et Lorraine Mangonès, directrice exécutive de la Fondation, proposent une rencontre publique à Paris, au Centre international de culture populaire (CICP) jeudi 10 juin à 19h30.

« Sur quelles bases nouvelles construire la société haïtienne de demain ? Des centaines de millions d’aide sont annoncés, mais à qui, à quoi seront-ils destinés ?
Le Cedetim (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), le Collectif Haïti de France et l’Association Monique Calixte ont invité deux protagonistes de l’action à la base pour la reconstruction à venir nous présenter les actions dans lesquelles elles sont engagées avec des habitants de quartiers populaires, des architectes, des artistes, des intellectuels, des paysans… »

Contacts :

Association Monique Calixte  06 62 84 19 48, 06 85 92 84 31, 06 66 35 46 17
Collectif Haïti de France 01 43 48 31 78
Cedetim 01 43 71 62 12

Qui sauvera la culture haïtienne ?

Convoitise ? Aide désintéressée ? Philanthropie ? La culture haïtienne attire à son chevet des fonds considérables. Derniers en date, ceux de Smithsonian, l’une des plus grandes institutions culturelles américaines qui gère 19 musées, 6 centres de recherche et détient plus de 136,5 millions d’objets et de spécimens du patrimoine américain.

Smithsonian entend ouvrir un centre en Haïti, qui comprendra « un laboratoire ainsi que tous les instruments pour la réparation et la stabilisation des objets culturels publics ou privés » rapporte Alterpresse. Ce centre servira également à la formation de jeunes haïtiens aux techniques de restauration.

Le projet, de plusieurs millions de dollars américains et dont la date d’achèvement est prévue pour le 11 novembre 2011, devrait attirer des centaines de spécialistes étrangers dans le pays au cours des 18 prochains mois, selon Richard Curran, vice président de Smithsonian, qui a signé le 24 mai avec Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ministre de la culture et de la communication un protocole « sur la sauvegarde des biens et objets culturels haïtiens ».

L’UNESCO avait déjà appelé au lendemain du séisme du 12 janvier « à interdire provisoirement le commerce d’objets d’art et d’artisanat haïtiens, afin d’empêcher des oeuvres issues de pillages de quitter le pays. »

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, avait 
annoncé le 12 février que le Centre de recherche et de restauration des musées de
France assurera à Port-au-Prince la restauration du tableau « Serment
 des ancêtres », peint en 1822 par Guillaume Guillon Lethière.Retrouvé par les pompiers français dans les ruines du palais 
présidentiel, le « Serment des ancêtres », est 
 »un tableau hautement symbolique pour les Haïtiens et pour la démocratie, affirmait le communiqué du ministère de la culture.
 Offert à la jeune République d’Haïti par le peintre né en Guadeloupe d’un
 père colon et d’une mère esclave, il
 représente la rencontre entre le général noir Jean-Jacques Dessalines,
 lieutenant de Toussaint Louverture, et le chef des mulâtres de Saint-
Dominique, Alexandre Pétion. Cette rencontre marqua le début du processus
 qui mena à l’indépendance d’Haïti, en 1804.
 »

Par ailleurs, le Grand Prix culturel 2010 de la Fondation Louis D., d’un montant de 750 000 euros, a été attribué à Bibliothèque sans frontières, selon un communiqué à lire sur le site de l’ONG. Il sera remis le 9 juin à l’association.

L’investissement de Smithsonian comme les engagements de la France montrent que la question culturelle en Haïti n’est pas seulement affaire de symboles ou de paroles fortes (« C’est la culture qui nous sauvera », avait lancé l’écrivain Dany Laferrière). La culture est aussi une question de leadership entre les nations riches.

En Haïti, la part de deuil et de décombres de Jean-Marie Théodat

« Si j’écris, c’est d’abord pour me donner des repères dans la nuit et des balises pour la suite. Car il n’y a pas de mémoire des idées. Mémoire des mots seulement. Ecrire, c’est piéger l’oubli (…)

Entre les milliards promis et le peu de résultats obtenus à ce jour, il y a de la place pour des agitateurs patentés qui rêvent de pillage et de chaos. La reconstruction de la ville durera des années et le relogement des déplacés, plus d’un million de personnes, prendra du temps. Mais encore faut-il en avertir clairement la population, lui dire avec des mots simples l’ampleur du chantier… Savoir est un viatique, un motif d’espérance. Témoigner, un devoir, quand on sait le poids du silence et le prix des sanglots étouffés sous les pierres. »

Lire la suite sur le blog de Jean-Marie Théodat : « Je ne suis venu ici pour le confort, mais pour prendre ma part de deuil et de décombres. Sans quoi, comment pourrais-je encore me prétendre des leurs ? »

Réseau-Culture-Haïti, lien actualisé

Pour garder le lien avec Réseau-Culture-Haïti, voir sa mise en jour, et ses liens avec la Fokal (Fondation Connaissance et Liberté) :

« Du 16 au 28 avril, cinq experts américains, ingénieurs et architectes, spécialisés dans la conservation du patrimoine, ont parcouru les rues du quartier Bois Verna, Pacot, jusqu’à la rue Capois. Ils ont été accompagnés par des architectes haïtiens et par une importante équipe de FOKAL. L’objectif de cette mission, en partenariat avec le Fonds mondial des monuments, était de réaliser un inventaire de 200 maisons « Gingerbread » à Port-au-Prince dans le cadre du projet de réhabilitation et de mise en valeur du quartier. »

Voir également le Portail qui recense articles et offres d’emplois volontaires de la cellule Patrimoine en danger, opération de sauvetage des Archives publiques d’Haïti.