[Lors des préparatifs d’un voyage, je tombe sur… Alex Kerr, dont la première langue fut l’italien, initié très tôt au japonais, au chinois, au monde religieux shinto, à la calligraphie, entre autres, qui restaura des maisons traditionnelles dans le monde rural de l’archipel nippon. Il se consacra ainsi à la défense du patrimoine culturel et des traditions, comme à la défense de l’environnement. Son dernier livre en français, Japon caché paraîtra le 14 novembre. À propos de la calligraphie, qu’il pratique assidûment, voici une notation réjouissante :]
« Cette passion du nombre de traits semble innée chez les enfants. », écrit Alex Kerr dans son livre Japon perdu, où il consacre un chapitre à la calligraphie, « le seul art traditionnel qu’on voit partout au Japon ».

[麒麟 (kirin), soit « licorne », calligraphie de doukan_shodo, composée de 42 traits. Voir son compte Instagram]
« J’appris « phénix » en partie parce que je vénérais Taiho et en partie à cause de son très grand nombre de traits. Des années plus tard, j’allais découvrir que cette passion du nombre de traits semble innée chez les enfants. En 1993, mes deux jeunes cousins d’Olympia, dans l’État de Washington, ont séjourné chez moi durant un an ; Trevor avait seize ans, Edan neuf. Bien qu’ils ne sachent pas un mot de japonais, ils étaient inscrits aux écoles locales de Kameoka et durent se colleter au kanji et aux deux alphabets. Edan détestait toute forme d’étude et se montrait désespérément incapable de maîtriser les alphabets, aussi fus-je étonné quand il revint un jour à la maison, tout excité, avec un kanji à me montrer. C’était le caractère signifiant « nez » qui est extrêmement compliqué. Il était fier de son succès et je compris qu’une des séductions de cet idéogramme réside dans sa complexité même. La manière dont toutes ses parties s’accordaient évoquait un modèle réduit construit à partir d’un ensemble de pièces. Trevor, quant à lui, aimait kirin (licorne) qui tient en deux caractères complexes totalisant 42 traits. Kirin se trouve être aussi une marque de bière. »
Extrait de Japon perdu, d’Alex Kerr, sous-titré « Un dernier aperçu du beau Japon », traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillaume Villeneuve, éditions Nevicata, Bruxelles, 2020 (initialement écrit en japonais sous le titre Utsukushiki Nippon no Zanzo, éditions Shincho-sha, Tokyo, 1993).
Notes :
Phénix : 鵬 (hō), kanji de 19 traits, formé des composantes lune et oiseau.
Kanji : caractère d’écriture japonaise d’origine chinoise.
Taihō Kōki (1940-2013), célèbre sumo, considéré comme l’un des plus grands champions de l’après-guerre. En japonais, Taihō s’écrit 大鵬.
Kameoka : ville de la préfecture (département) de Kyoto.
Nez : 鼻 (hana), kanji de 14 traits.
kirin (licorne) s’écrit en japonais 麒麟, deux kanji composés de 19 et 23 traits.
Voir le site personnel d’Alex Kerr.
