La mort d’André Schiffrin, un hommage de Liana Levi

André Schiffrin, auteur d’Allers-retours et figure mythique du monde de l’édition, est mort ce week end.  Son parcours est emblématique. Chassé de France par l’arrivée des Allemands, il est parti pour New York à l’âge de six ans. Depuis quelques années il vivait 6 mois par an à Paris. Se sachant condamné par un cancer, il a choisi de revenir se faire soigner à Paris. Il est mort dans un hopital situé dans la même rue que l’hôpital où il était né, à 200 mètres. Le destin répare parfois certaines cruautés des hommes…   Liana Levi

Ci-dessous, le texte que j’ai écrit à la demande du Monde :

Paris-New York. New York-Paris. « Allers-retours ». C’est ainsi qu’André Schiffrin a voulu intituler la version française de son livre de mémoires. Y voyait-il une sorte de revanche sur ceux qui l’avaient chassé de France? Une façon de boucler symboliquement la trajectoire de sa vie?

Un douloureux départ l’avait arraché à son pays natal en 1941, à l’âge de six ans. Ses parents avaient dû abandonner Paris pour fuir les Allemands et les persécutions raciales. Son père Jacques, le génial concepteur de la Pléiade, et sa mère Simone le tenaient peut-être par la main le jour où, à Marseille, tous les trois sont montés sur le bateau pour un voyage qui, après une longue étape à Casablanca, les emmena à New York. Il racontait que ce fut uniquement grâce à André Gide que ses parents avaient pu réunir l’argent nécessaire à ce périple.

Je l’imagine petit garçon arraché à son école, à ses copains et à sa langue. Et je le vois à la fin de sa vie décider de revenir six mois par an à Paris dans ce quartier du Marais autrefois meurtri par les rafles des familles juives. Je le regarde dans une belle journée d’octobre il y a de cela quelques semaines marcher rue Saint-Antoine. Comme toujours élégant, réservé et discret. Il se sait inexorablement condamné mais il poursuit avec ses amis des conversations passionnées autour du monde de l’édition qu’il connaît sur le bout des doigts. Sa démarche seule a changé, elle est devenue plus hésitante. A quoi pense-t-il ? A sa mère dont il montre la photo prise par le photographe Wols dans les années 30 et dont le cliché est exposé en ce moment à quelques pas de son appartement parisien à la Maison de la photographie ? A son père qui lui a légué le métier d’éditeur alors que celui-ci possédait encore toutes ses lettres de noblesse ? Ce métier, il souhaite le défendre jusqu’au bout, et même au delà, puisqu’il formule le souhait d’écrire un livre qui pointerait à nouveau les dérives éditoriales et commerciales. Il a déjà forgé une formule qui a fait mouche et est devenue un slogan dénonciateur : « L’édition sans éditeurs ». Une phrase qui, aujourd’hui, est dans toutes les têtes.

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