Mafrouza 1, film emporté

Vu l’épisode 1 de Mafrouza, titré « Oh La nuit ! », documentaire extraordinaire d’Emmanuelle Demoris. Même écriture emportée que Mafrouza 5, vu auparavant. Emportée par la foule, dirait Piaf, emportée par des vies minuscules, grandies par le regard et l’écoute de la cinéaste. Même démarche dans le labyrinthe de ce quartier bidonville d’Alexandrie (Égypte), au plus près de ses habitants. Même caméra qui prend plaisir à se laisser guider par les corridors dès la première séquence. Les cours sont au fond des ruelles sans que la frontière ne soit visible. Lakous égyptiens à l’image des lakous de Port-au-Prince (Haïti) ou des Antilles françaises, patios déglingués mais chauffés à la chaleur humaine.

Dans Mafrouza 5, domine la figure d’Adel, de sa femme Ghada et de leur fille, Adel et son cahier de poèmes écrits pour son premier amour, domine la figure de cet homme dont la maison inondée envahit progressivement son espace mental. Abu Hosny écope sa maison inondée tel un Sisyphe condamné par Zeus à monter éternellement le même rocher sur la même montagne. Ce mafrouzote vit sa tragédie quotidienne jusqu’au mutisme… Om Bassiouni cuit son pain entre les gouttes de la pluie de l’hiver. Les Chenabou demandent protection à Saint-Georges.

Et toujours ces chants de rues. Chants pour un mariage où le lendemain de la nuit de noces la mariée n’est pas épargnée par une destinée de mégère qui lui est proposée en accéléré. Chants d’une jeunesse ouverte sur le monde, malgré le labyrinthe apparent du bidonville.

Cet esprit joyeux renvoie à une autre quotidien contemporain, celui de la place Tahrir, lieu emblématique du Printemps égyptien. Sur le blog de Snony, ce témoignage : « En attendant que font les Égyptiens ? La fête. Dans tous les quartiers, on danse, on chante, on se raconte des blagues : trois activités quasi- identitaires qui n’ont jamais cessé sur la place, même au plus fort des combats. Témoignages de l’explosion créatrice qui a saisi tout le pays, les chansons et les clips video envahissent le net. »

Mafrouza est un chant de liberté.

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