Haïti en création (1)

« Séparés par quelques dizaines de kilomètres, Fond-des-Nègres et Fond-des-Blancs pourraient bien résumer la singularité de la musique haïtienne: une France rêvée, greffée sur une Afrique idéalisée. En Haïti, il n’existe pas de conservatoire de musique mais la musique rurale est un véritable conservatoire du passé. La tradition coloniale des danses de cour, du menuet à la contredanse, par exemple, est à l’honneur chez les paysans haïtiens.

Plus qu’une imitation servile, une parodie cocasse des danses des colons blancs, la “contre-danse” est devenue une vraie contre-culture, la forme ironique et ludique qu’ont trouvée ces paysans pour intégrer, digérer ce qui leur était hostile ou étranger. Tel un boa, Haïti absorbe sans cesse ce qui l’attaque.

Et cette musique métisse, cette danse de résistance continue de “marronner” dans les montagnes à la manière des esclaves qui fuyaient les plantations coloniales pour vivre en marge de la servitude. »

Texte de Charles Najman à propos de l’exposition photographique d’Emmanuelle Honorin « Fond-des-Nègres / Fond-des-Blancs », Centre musical Fleury Goutte d’Or – Barbara, à Paris.

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