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Présentation de la soirée par Riccardo Pineri :
Dans les jardins du Musée de Tahiti et des îles à Punaauia, aura lieu la Nuit de la poésie le vendredi 13 mai de 16 h à 22H. Cette manifestation se veut d’abord un hommage à la mémoire de Jean-Marc Pambrun, le directeur du Musée de Tahiti et des îles récemment disparu.
Les amis du poète et de l’écrivain, du dramaturge qui a participé depuis les années 70 au renouveau de la création culturelle tahitienne, ont décidé de convier une vingtaine de poètes et de lecteurs de poésie à cet hommage collectif où seront lus des textes en tahitien, en allemand, en italien, en anglais et leur traduction en français. Des jeunes musiciens du Conservatoire de Papeete accompagneront ces lectures où Leopardi, Hölderlin et Rilke, la parole matinale de Sappho et la jeune poésie tahitienne, la vigoureuse poésie d’Aimé Césaire et la « parole en archipel « de René Char, feront entendre la polyphonie des langues dans la nuit polynésienne pour montrer comment la poésie traverse les identités culturelles et fait signe vers un espace commun du sens de l’humain.
Jean-Marc Pambrun a partagé les chemins aventureux des jeunes intellectuels de son époque et a mis son talent au service du renouveau de la société polynésienne postcoloniale. Ses engagements politiques ont été accompagnés, surtout dans les dernières années, par des interrogations sur le statut de l’intellectuel, sur la création artistique en tant que le lieu où s’élabore et s’éprouve le destin de l’histoire. En ce sens, Jean-Marc Pambrun n’a cessé à la fin de sa vie de prendre ses distances par rapport au militant politique, de revendiquer le statut de celui que Salman Rushdie appelle « l’homme traduit », travaillant à la lisière des cultures, dans la dimension dialogique plutôt que dans la certitude de la fermeture sur soi des mondes.

Jean-Marc Pambrun avait participé pendant quelques années au Salon du livre d’Ouessant et son livre Les parfums du silence avait été récompensé en 2004 par le « Prix de la fiction ». Ce détour par Ouessant avait été bénéfique, puisqu’il avait remis en cause les positions culturalistes arrêtées, la tendance partagée avec d’autres intellectuels tahitiens de la défense des traditions, nourrie par le ressentiment envers la culture occidentale. Le partage d’expérience avec les écrivains antillais, haïtiens ou des rivages de la Méditerranée avaient approfondi chez Pambrun l’interrogation sur soi, relancé la recherche du sens de l’écriture et du témoignage.
La Nuit de la poésie veut être à la fois un témoignage mémoriel par rapport à l’ami disparu et une confiance renouvelée dans la vie qu’implique tout acte poétique.
