Londres, capitale du Zimbabwe Nord

Photo: Christiane Kopp, African Writing

Le Zimbabwe se fait connaître depuis plusieurs années par son dictateur Robert Mugabe, son hyperinflation et sa pénurie alimentaire. Depuis 2002, Brian Chikwava a choisi de vivre à Londres. Déjà remarqué par ses nouvelles, il publie son premier roman Harare Nord (éditions Zoé), nom qui désigne par ironie la capitale anglaise, destination de nombreux Zimbabwéens.
Son roman est écrit dans une langue de folie, inspirée tant de la tradition des littératures mêlées entre Nord et Sud que de la littérature caribéenne présente dans la capitale anglaise.

Lire l’interview de l’auteur dans African writing.Parmi les auteurs qui ont inspiré Brian Chikwava, Samuel Selvon, né à Trinidad.

Extrait de Harare Nord (traduction de Pedro Jiménez Morrás), pp. 11 et 12 :

Personne se soucie de me donner des tuyaux corrects avant que je vienne en Angleterre. Alors au moment d’arriver à l’aéroport de Gatwick je déçois ceux de l’immigration parce que quand je m’avance pour présenter mon passeport à l’homme qui mâche du chewing-gum assis derrière son bureau, je profère le mot magique – asile – et je leur décoche un sourire d’Africain autochtone, plein de dents. On m’arrête.
Quelles que soient leurs raisons pour m’arrêter, ceux de l’immigration me laissent partir après huit jours. Je leur en veux pas vu que ces gens ils font rien que leur combine. Mes proches par contre, ils ont une attitude préoccupante : faut que j’attende deux jours de plus pour que la femme de mon cousin vienne m’embarquer.
L’histoire que je raconte à ceux de l’immigration est plus crispée que l’anus d’un voleur. J’ai été harcelé par ces gars à lunettes noires, je leur dis moi, parce que je suis membre des jeunesses du parti d’opposition. Il s’agit pas de faire honte à notre gouvernement en aucune façon, mais si tu leur ponds pas des chansonnettes bien accrocheuses, alors ceux de l’immigration vont jamais te donner une chance de même flairer tes premiers pas dans le pays de la Reine. c’est ça leur genre, d’après ce qu’on m’a dit.
Que ça prenne autant de temps à mon cousin et à sa femme de faire quoi que ce soit à mon sujet c’est pas bon signe. Mais je suis juste content de sortir quand c’est le moment moi.
Je m’attends à ce que mon cousin Paul vienne me prendre au centre de détention, mais c’est sa femme, Sekai, qui vient à la place.
Je dis au revoir aux officiers à la réception en récupérant ma valise. Sekai se tient à quelques mètres de moi, son dos-là droit comme celui d’un soldat prêt à défiler, et sa taille-là plus fine que celle d’une guêpe. Habillée impeccable, mains dans les poches de son manteau-là, elle garde une certaine distance qui suffit à suggérer à ceux de la détention qu’elle a vraiment rien à faire avec moi, mais qu’elle a pas eu le choix. Elle prend même pas le soin de me serrer la main, me salue de loin et regarde ma valise d’un drôle d’air. C’est une de ces vieilles valises en carton que Mère utilisait avant ma naissance et qui a servi à transporter des poulets dans le passé, mais c’est ma valise. Elle a encore l’odeur de Mère dedans.

Extrait de Harare Nord (traduction de Pedro Jiménez Morrás), p. 101 :

J’entre dans la maison et Tsitsi est dans la cuisine avec Shingi ; il est occupé à extraire des mots de sa bouche-là alors qu’elle est occupée à essayer de cuisiner. Elle veut plus parler mais Shingi est occupé à la déranger elle, et à essayer de m’impressionner moi avec des grands mots en shona.
« Tsitsi, ndeyipi ? » je salue Tsitsi.
« Oui, kanjani ? » elle dit.
Shingi, je le regarde dans les yeux mais on se dit rien chaque chaque.
Je m’assieds sur le meuble. Tsitsi attend que l’eau bout quand je sors ma cigarette.

4 commentaires

  1. Avatar de Inconnu

    Bonjour,

    Très heureux de retrouver votre article et votre reportage sur la toile, maisl il me paraît essentiel de rectifier dans tous les titres, le fait que Brian Chikwava n’a jamais été un enfant soldat!! Ce qui de plus laisserait entendre que le livre est une sorte de récit de vie, ce dont il est radicalement éloigné…
    Merci.
    PJM

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  2. Avatar de Inconnu

    Voici un message pour le traducteur du roman. Je suis une professeure espagnole et en ce moment je prépare avec une collègue d’anglais une communication sur votre traduction pour le présenter en France. Nous voudrions vous proposer de vous faire une petite interview par courriel. Cela vous semble possible?
    Merci d’avance et merci à papalagi pour son blog.

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