La loi Taubira aura dix ans cette année et Frantz Fanon est mort il y a 50 ans. Avec cette conjonction de commémorations, nul doute que le prochain mois de mai sera un carrefour de l’histoire et des mémoires.
L’université de Cergy-Pontoise sera au rendez-vous le 10 mai 2011 de la commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions avec le Centre de recherche textes et francophonie (CRTF) pour inscrire ce nœud mémoriel au cœur d’une journée intitulée : « Frantz Fanon, figure du dépassement. Regards croisés sur l’esclavage ». Fanon dont il faut rappeler l’affirmation dans Peau noire masques blancs (1952) : « Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères ».
Pour les organisateurs de cette journée universitaire, « Fanon est une figure du dépassement qui a imprimé sa marque dans la réflexion de nombreux chercheurs depuis la diffusion de ses différentes œuvres, entre 1952 et 1961. Sur la question de l’esclavage il a été en rupture par rapport à son contexte et au regard de ses pairs ; il a été et est une figure du dépassement. Le dépassement ne signifie pas oubli et occultation mais positionnement autre. (…) « Regards croisés » sur l’esclavage : pour dessiner un parcours (…) réfléchir à l’intégration distancée de l’esclavage ou du rapport à l’esclavage dans l’émergence d’une « conscience noire », interroger la continuité entre situation d’esclave et situation de domination culturelle, politique.
À noter que ce thème du dépassement a été invoqué notamment dans l’œuvre de Fanon en lien avec « l’antillanité » de Glissant, comme le rappelle Med Médiène dans son blog Fanon, Glissant et les autres, la Négritude dépassée.
Enfin, signalons, le blog intitulé : 2011, année Frantz Fanon, où l’on peut lire cette parole d’Édouard Glissant : « Il est difficile pour un Antillais d’être le frère, l’ami, ou tout simplement le compagnon ou le « compatriote » de Fanon. Parce que de tous les intellectuels antillais francophones il est le seul à être véritablement passé à l’acte, à travers son adhésion à la cause algérienne ; et cela même si, après les épisodes tragiques et concluants de ce qu’on est en droit d’appeler sa passion algérienne, le problème martiniquais (dont en l’occurrence il n’était pas responsable mais qu’il eut sans doute affronté s’il avait vécu) reste entier dans son ambiguïté. » (Le Discours antillais, 1981).
