La dernière interview de Jean Genet (Dieudonné Niangouna, Catherine Boskowitz)

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30760Découvrez 2010, année du centenaire de Jean Genet sur Culturebox !

Vu à l’espace Confluences, maison des arts urbains, boulevard de Charonne à Paris, la pièce de Catherine Boskowitz : « La dernière interview de Jean Genet », où l’auteur du Journal du voleur est devenu personnage et interprété par Dieudonné Niangouna. Représentations jusqu’au 15 décembre.

Selon le dossier de presse et Catherine Boskowitz : « Il s’agit d’une variation sur une interview (réelle) que Jean Genet a donnée à Nigel Williams pour la BBC à Londres pendant l’été 1985 (publiée chez Gallimard dans le recueil L’ennemi déclaré).
A partir de cette interview, un dialogue imaginaire entre Dieudonné Niangouna et Jean Genet prend naissance sur le plateau entre performance théâtrale et installation visuelle et sonore.
C’est cela que je me propose de mettre en scène avec Dieudonné Niangouna, auteur et acteur performer, Benoist Bouvot, concepteur sonore, Laurent Vergnaud créateur lumière, Jean-Christophe Lanquetin à la scénographie et
moi-même. »

Extrait :

JEAN GENET
Je crois que sur mon casier judiciaire, il y a quatorze condamnations pour vol. C’est vous dire que j’étais en effet un mauvais voleur, puisque je me faisais toujours prendre.
J’étais en prison, j’étais enfermé, je vous ai dit hier que le procès de la relégation m’avait été fait. Je ne devais plus sortir de prison. Donc, j’étais persuadé que personne ne lirait mon livre. Je pouvais dire ce que je voulais, puisqu’il n’y aurait pas de lecteurs. Mais il se trouve qu’il y a eu des lecteurs.
NIGEL WILLIAMS
Monsieur Genet, vous êtes né en 1910. C’est vrai ?
JEAN GENET
Oui
NIGEL WILLIAMS
Mais vous ne connaissiez pas vos parents, je crois ?
JEAN GENET
A ce moment là ? Non. Maintenant non plus.
NIGEL WILLIAMS
Vous n’avez pas été élevé dans une famille ?
JEAN GENET
Si, mais pas dans la mienne.
NIGEL WILLIAMS
Est-ce que c’était difficile de vivre dans une famille qui n’était pas la vôtre ?
JEAN GENET
Vous me demandez de vous parler de mes sentiments d’enfant. Pour en parler de façon convenable, je serais obligé de faire une espèce d’archéologie de ma vie, ce qui est absolument impossible. Je peux seulement vous dire que le
souvenir que j’en ai, c’est celui d’une période difficile, en effet. Mais échappant à la famille, j’échappais aux sentiments que j’aurais pu avoir pour la famille et aux sentiments que la famille aurait pu avoir pour moi. Je suis donc tout à fait – et je l’ai été très jeune – tout à fait détaché du sentiment familial. C’est une des vertus de l’Assistance publique française qui, justement, élève assez bien les gosses en les empêchant de s’attacher à une famille. A mon avis, la famille, c’est probablement la première cellule criminelle, et la plus criminelle.
Si vous voulez, maintenant, à mon âge, l’enfant que j’étais, je le vois, mais je le vois au milieu d’autres enfants qui étaient des gamins comme moi, et toutes leurs batailles, toutes leurs humiliations ou tout leur courage, ça me parait un
peu dérisoire, un peu lointain…
J’avais volé en effet avant, mais on ne m’a pas mis à Mettray pour vol. On m’a mis à Mettray parce que j’ai pris le train sans billet. Le train de Meaux à Paris, je l’ai pris sans billet. Et j’ai été condamné à trois mois de prison et à la colonie de Mettray jusqu’à vingt ans.

Un commentaire

Laisser un commentaire