Quand papillonnent les points-virgules

Il appert que le « Comité de défense et d’illustration du point-virgule » a disparu de la Toile. Aucune nécro ne le mentionne, comme si broutille il était ; point barre ! Chant du signe ? , s’interrogent les correcteurs du blog renommé Langue sauce piquante.

C’est une triste fin, pronostiqueront les uns ; c’est un triste signe, glousseront les autres ;
on se consolera avec les pages pleines d’éloges voire de componction sur les sites amateurs BibliObs ou Rue 89 ;

nonobstant, on notera la bonne nouvelle, qui nous vient de Facebook avec ce « Mouvement de sauvegarde du point-virgule », créé par les rhéteurs de l’Internet, Clarice Plasteig dit Cassou et Matthieu Fayette. Même si « sauvegarde » fait un peu « monument en péril », ne boudons pas notre joie : le groupe compte à ce jour 801 membres ! C’est peu, mais ça bataille sérieux, avec « une seule consigne », demandent les auteurs : « utiliser le plus souvent possible et à bon escient le point-virgule dans vos écrits. »

Ce « bon escient » nous renvoie à l’indispensable Traité de la ponctuation française, de Jacques Drillon (Gallimard, 1991), entre les pages 366 et 386, vingt pages qui sonnent juste, distribuées en seize séquences, dont les deux premières affichent la couleur : 1. Le point-virgule excite les passions ; 2. Le point-virgule relie et ne sépare pas.

« Le point-virgule, employé à bon escient, est un véritable ciment de la phrase », explique Jacques Drillon (…) Il est un silence minuscule — non pas une pause, mais un silence musical — où se glisse la pensée du lecteur, qui détecte alors ce que la phrase recélait en ses plis : logique, ironie, indifférence… (…) Le point-virgule a régné sans partage sur l’esprit cultivé jusqu’à Claude Bernard, jusqu’à Poincaré, jusqu’à Valéry, et continué de le faire sur les âmes éprises de rigueur (Barrès, Giraudoux), de précision (Proust), de ryhtme (Claudel, Guyotat). On en trouve dans les délires oniriques de Breton, la prose d’Artaud, les poèmes de Ponge, les alexandrins de Queneau, les romans de Blanchot, partout. (Seuls les petits ont pensé s’agrandir en le négligeant.) C’est pourquoi l’on a prétendu, à bon droit, que le point-virgule était l’« expression la plus pure d’une civilisation, la nôtre » (Jean-François Rollin).

Ainsi, dans la haute poésie de Saint-John Perse :

L’ondée de mer est sur le carrelage et sur la pierre du seuil ; est dans les jattes de plein air et les terrines vernissées aux revers de Nubiennes. S’y lavera l’Amante de sa nuit d’amante ; y lavera ses hanches et puis sa gorge et son visage, y lavera ses cuisses jusqu’à l’aine et jusqu’au pli de l’aine.

Amers. »

Un commentaire

  1. Avatar de Inconnu

    Bonjour,
    Je suis assez optimiste pour l’avenir du point-virgule…
    Je viens de commettre un modeste petit roman, quelque peu fantaisiste, où les points-virgules sont mis à l’honneur : «Ramsès au pays des points-virgules» ; fiction fantaisiste pour tous lecteurs de dix à cent-dix ans. Je ne sais pas encore quel rôle jouera cette étrange histoire dans l’avenir du point-virgule ; j’espère simplement lui avoir rendu un hommage mérité. Vous trouverez les bonnes adresses pour vous procurer «Ramsès au pays des points-virgules sur [url]http://charles-hockolmess.e-monsite.com/[/url] En l’espoir de vous compter parmi ses lecteurs,
    Bien cordialement,
    Pierre Thiry

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