
” La poétique est le feu de joie qu’on fait avec la langue de bois “, écrivait Henri Meschonnic, disparu le 8 avril 2009. Paraît à cet occasion, un hommage de Jacques Ancet aux éditions Lettres vives, collection Terre de poésie :
« L’annonce de la disparition d’Henri Meschonnic, en avril 2009, m’a si profondément bouleversé, qu’un texte s’est mis à s’écrire, où ses mots se mêlaient aux miens, sa vie à la mienne. Et, pendant le mois et demi où je l’écrivais, Henri était là, à l’intérieur, dans toutes ces bribes de souvenirs qui revenaient de lui et, à l’extérieur, dans ce printemps qu’il ne pouvait plus voir, dans l’herbe qui poussait à vue d’oeil, dans les traînées jaunes de primevères, dans l’explosion blanche des poiriers, dans les visages … Lire la suite changeants de la montagne. Et, ce que je voyais alors, je le voyais autant par ses mots, par ses yeux que par les miens qui vivaient de toute sa force de parole, de toute sa force de vie. D’où ce titre qui, tout en évoquant le silence de sa disparition, tout en faisant signe vers le titre d’un de ses propres livres, Puisque je suis ce buisson, nous dit, comme il le disait toujours, que dans toute parole vraie c’est le silence qu’on entend. »
Extrait :
On le cherche dans le froissement de l’herbe, le frissonnement des feuillages, la face noire de la montagne. Si tous les mots l’ont quitté, c’est pour mieux rejoindre chaque bouche, y laisser leur semence de soleil et de rire. Il roulait son silence devant lui, sa boule de langage où se mêlent plissements hercyniens, décharges, crépuscules, douleur et cet imperceptible où il posait l’oreille. Il disait : je suis le bousier du temps. Je pousse mes millénaires devant moi, tous mes millénaires.
Un extrait qui fait penser à Césaire :
« J’habite de temps en temps une de mes plaies… je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets. »
« Son oeuvre, considérable, déborde l’érudition comme le cloisonnement entre les disciplines. L’expérience du poème était pour lui inséparable de la traduction de la Bible et d’une importante réflexion théorique sur le langage en général et le rythme en particulier. Son anthropologie historique du langage a valeur de fondation pour les Sciences Humaines et Sociales. » C’est ainsi que l’université de Strabourg présente Henri Meschonnic, à qui elle rend hommage avec l’aide de la Compagnie des Libes, le 22 avril, en une journée intitulée « Nous le passage « .

Magnifique !
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