Mot du jour : tankiste

Qu’est-ce qu’un tankiste ?

1. Un conducteur de tank ;

2. Un poète ;

3. Une anagramme.

Les réponses 1 et 3 sont évidentes : l’anagramme étant celle de Site Kant.

La réponse 2 l’est moins. Et pourtant : un tankiste est aussi un poète, amateur de… tanka, qui est en japonais un « poème court » composé d’un tercet (groupe de trois vers) et d’un distique (groupe de deux vers), qui connut son apogée dans la période Heian (794-1192).

Le tanka donna par la suite le célèbre haïku (le seul tercet du tanka en 17 pieds de trois vers selon la forme 5-7-5), dont l’un de Bashô est cité dans un Papalagui précédent :

Vieille mare –

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau.

Il est admis qu’un poème traduit ne respecte pas exactement la forme 5-7-5, du fait de la traduction même.

Le haïku est donc le poème de la brièveté de la brièveté, fils de tanka, le « poème court ».

Un tankiste aime la brièveté,

qu’il soit conducteur de tank ou poète.

Nuance :

l’un convoite la mort, l’autre vise la beauté.

Quant à Kant…

Il faut être bien philosophe pour feuilleter le petit livre que vient de publier Points, Haïjins japonaises, Anthologie du rouge aux lèvres, où Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ont réuni et traduit des poètesses du haïku, d’où le titre de ce recueil bilingue.

À le picorer, on passera vite sur quelques haïkus vite oubliés, pour s’attarder sur certaines pépites. Dont « les haïkus de la bombe atomique ». Pour n’en citer qu’un, celui de Yasuko Saeki, écrit en 1945 à Hiroshima :

Puisant dans mes mains

l’eau de la rivière, je pousse

des cadavres atomiques.

Le haïku sait donc s’attacher à l’évanescence des choses, même à… l’évanescence éternelle. Il n’est pas jeu anodin, bien loin d’un simple cadavre exquis de lettré.

Et l’on se souvient de cette anedocte : jadis, la pratique du tanka était réservée à la Cour impériale. Toute personne de rang inférieur surprise en train de pratiquer le tanka était condamnée à mort. D’où le succès populaire du haïku, beaucoup moins strict.

Au tankiste, préfèrons le haïkiste.

Lire aussi les nombreuses notes sur le haïku dans Papalagui.

Sur cette toile d’Erró, Viva la Revolución, réalisée à partir d’un collage, l’héroïne au premier plan porte un ceinturon sur la boucle duquel est gravé le mot : « TANK ». Visible agrandie ici et en vrai au Musée national d’Art contemporain, au Centre Pompidou, Erró, 50 ans de collages (17 février-24 mai 2010)

Laisser un commentaire