Ananda Devi, prix Louis-Guilloux 2010 pour « Le sari vert »

Prix Louis-Guilloux 2010 pour Le sari vert (Gallimard), Ananda Devi recevra son prix et la dotation de 10 000 euros à Saint Brieuc, vendredi 5 mars 2010 et participera, le lendemain, à une journée de rencontres autour de son livre et de l’oeuvre de Louis Guilloux.

Ce que Papalagui en disait, le 15 octobre dernier (Ananda Devi m’a anéanti) :

Un père à l’agonie mais lucide, méchant et misogyne, alité dans sa maison de Curepipe à l’île Maurice, est veillé par sa fille et sa petite-fille, deux adultes qui sont toute haine pour lui et lui pour elles. Le Sari vert d’Ananda Devi joue avec les nerfs du lecteur, car au-delà de son apparent manichéisme, l’écriture est subtile et violente, belle et incisive, elle plonge profondément dans les arcanes psychologiques des personnages.

Le Prix Louis-Guilloux est présidé par le poète Yvon Le Men.

Louis Guilloux (1899-1980) est l’auteur de Le Sang noir, publié en 1935, où il reconstitue l’atmosphère d’une ville de l’arrière pendant la Première Guerre mondiale.

Haïti, mobilisons-nous dans la durée (les éditeurs indépendants)

L’importance de la culture, dans la reconstruction, doit être prise en compte. Dans le contexte haïtien, où la symbolique a une place de choix, repenser Haïti c’est aussi soutenir les arts et la culture, notamment le livre et les auteurs qui servent de promoteurs de cette identité populaire, complexe et fascinante. Un peuple amputé de sa culture est un peuple mort. (Rodney Saint-Éloi, auteur et éditeur membre de l’AIEI, Mémoire d’encrier, Montréal).

L’Alliance internationale des éditeurs indépendants appelle tous les organismes de solidarité internationale à se mobiliser dans la durée en Haïti. L’Alliance fera ce qui est en son pouvoir pour apporter son appui à long terme aux professionnels du livre haïtiens, particulièrement aux bibliothécaires, aux éditeurs et aux libraires, en articulant son action à celle d’autres acteurs en Haïti, déjà présents ou prévoyants de l’être.

Par ailleurs, l’Association internationale des libraires francophones (AILF) note :

« Antoine Gallimard et tous les autres Diffuseurs de la Sodis viennent de décider d’annuler la dette de la librairie La Pléiade à la Sodis et entament une action de « lobbying » auprès des autres distributeurs pour inciter leurs confrères à agir de même.

Françoise Nyssen d’Actes-Sud annule également les dettes des librairies haïtiennes et souhaite lancer un appel de solidarité à l’ensemble des éditeurs/distributeurs.

Editis a également immédiatement réagi dès le premier jour de la catastrophe et a immédiatement pris la décision de geler tous les encours de tous les libraires en Haïti. »

Il n’y aura pas de carnaval à Jacmel

Il n’y aura pas de carnaval à Jacmel (Haïti) cette année, raconte Thierry Oberlé envoyé spécial Le Figaro, (8/02/10) :

« Si les pertes humaines sont limitées (350 morts) [sic], le patrimoine a considérablement souffert. Les demeures coloniales se sont effondrées ou ont subi des dommages majeurs. Les villas du XIXe siècle ne s’en tirent guère mieux. Seuls 10 % de l’habitat sont intacts. L’Unesco et les bailleurs de fonds internationaux ont promis de venir en aide à ces trésors classés au Patrimoine de l’humanité. L’État haïtien, aux efforts souvent désordonnés, y accorde également une attention particulière. Rue du Commerce, l’artère où vivaient avant la dictature des Duvalier les riches propriétaires des plantations de café et les marchands d’épices, les hôtels particuliers sont marqués d’un cercle. S’il est rouge, le bâtiment est condamné. »

Sur Jacmel et son carnaval, lire Edwidge Danticat, qui après une longue absence de son pays natal, retourne en Haïti « exorciser les démons » de cette ville du Sud :

Comment écrire et quoi écrire ? (Yanick Lahens)

Le vendredi 29 Janvier, la librairie Folies d’encre, à Montreuil (Seine-Saint-Denis) devait recevoir Yanick Lahens. Voici ce qu’a écrit Jean-Marie Ozanne, directeur de cette librairie indépendante :

« Elle est restée près des siens, en Haïti. Pour autant, nous avons maintenu la soirée, et tenté de donner vie à son œuvre. Après les lectures (fort belles, au demeurant), nous avons discuté avec Sabine Wespieser, son  éditrice. Sabine a lu une lettre de Yanick. Cette lettre, toutes les personnes présentes ont souhaité la recevoir. Avec cet envoi, ce sera chose faite. Mais, à ceux qui n’étaient pas présent, je me permets un conseil: lisez cette lettre, cette exemple d’humanité, cette définition de littérature. »

Yanick Lahens nous a autorisé à publier cette lettre :


Comment écrire et quoi écrire ?


Je ne suis pas avec vous aujourd’hui. Je le regrette beaucoup. Mais vous comprendrez bien que le tremblement de terre du 12 janvier me retient encore dans mon pays au milieu des miens. Cet événement si éprouvant soit-il n’est pas parvenu à éteindre l’écrivain en moi qui se pose aujourd’hui plus que jamais les questions suivantes: quoi écrire et comment écrire ?

J’ai commencé par tenir une chronique avec une simple comptabilité des faits et une description que je voulais la plus précise qui soit des dommages. Et bien sûr la détresse. Celle lointaine d’inconnus croisés dans les rues, dans les abris, dans les centres hospitaliers et celle plus proche d’un voisin dont nous avons suivi impuissants, la lente agonie sous les gravats du Ministère de la Justice, celle de cette jeune femme que nous avons hébergée et qui tous les matins jusqu’à la tombée de la nuit se rendait à cet hôtel qui s’était effondré pour finalement repérer sous les décombres après dix jours le téléphone portable de son époux juste à coté de sa main puis son corps cinq jours plus tard.

J’ai commencé à le faire et il fallait le faire. Et puis deux images sont venues me rappeler et me convaincre que mon rôle d’écrivain ne pouvait pas se résumer à une comptabilité macabre ou à une simple transcription des faits mais consistait à inventer un monde qui amplifie, prolonge ou fait résonner précisément celui-ci.

La première image est celle d’un enfant sorti des décombres, les bras levés au ciel, un sourire comme un fruit de saison et qui dit à sa mère “J’ai soif et j’ai faim”. La deuxième est celle d’une jeune-fille aux abords d’un marché qui trois jours après le séisme se fait tresser les cheveux et se regarde dans un miroir. J’ai aimé ce garçon qui disait oui a la vie, qui faisait presqu’un pied de nez au malheur et regardait l’avenir avec des soleils dans les yeux. Pour la deuxième image je me suis dit que quand les jeunes filles veulent encore être belles pour courir au devant du désir et des mots à fleur de peau, tout espoir ne peut être perdu. Tous deux me ramenaient à une vérité essentielle: ne pas célébrer la vie malgré tout, ne pas la transformer par l’art ou la littérature, c’est nous faire terrasser une deuxième fois par la catastrophe.

Alors j’ai eu hâte de retrouver toutes ces sensations que je ne connais que trop bien devant ma feuille blanche et mon clavier. D’abord celle d’être en retard sur la vie. Ensuite celle de vouloir tourner autour des mêmes interrogations. En tentant d’y apporter des réponses quelques-unes de forme, d’autres de fond en sachant qu’à ces questions je n’apporterai que des réponses provisoires appelées à se renouveler toujours. J’aime la force que cet acte requiert. Parce qu’écrire ce n’est pas seulement tracer des mots, “il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture, il faut être plus fort que ce qu’on écrit”. J’essaie en ces jours difficiles d’accumuler un peu de cette force pour transcender l’événement et arriver de nouveau vers mes lecteurs avec des mots qui sauront les toucher comme des mains.

Haïti le 28 janvier 2010

Haïti : le retour du Serpent à plumes

Le Serpent à plumes ? Des (presque) vieux souvenirs avec des titres de Laferrière et Lahens, lus la première fois au Serpent à plumes fondé par Pierre Astier.

 

Annoncé par son actuelle directrice littéraire, Nathalie Fiszman, pour le 18 février, ce recueil comporte des textes extraits de romans, parus ou à paraître, des interviews, des témoignages, dont les bénéfices iront à l’Hôpital de la Communauté haïtienne, à Port-au-Prince. Voir ActuaLitté.

De son côté, le premier numéro d’une nouvelle collection de Cultures Sud sera consacré à Haïti (sortie prévue en mars) : « Haïti, une traversée littéraire » (éditions Philippe Rey et CulturesFrance)

Haïti : « I am busy loving life and my country » (Evelyne Trouillot)

« Non, je ne regarde pas les informations. Oui, je suis trop occupée à essayer de trouver un moyen d’entretenir la flamme de l’espoir, parce que la tâche qui nous attend est gigantesque. Et je suis occupée à recueillir les fragments de vie qui témoignent de l’immense courage et de l’extraordinaire résilience de notre peuple.

Je suis occupée à aimer la vie et mon pays. »

Evelyne Trouillot, Courrier international, 28/01/10, traduction du New-York Times, 20/01/10.

Haïti : « bagay la » (Lyonel Trouillot)

« Le 7 février 1986 (départ de Duvalier) était une victoire collective, et se posait la question de savoir comment inscrire le fruit de cette victoire dans une nouvelle permanence, plus belle, plus juste. Notre dernière grande date était une belle promesse, trahie souvent, mais à laquelle on s’accrochait toujours. Le tremblement de terre, cette chose sans nom (on l’appelle « la chose », « glouglouglou », « bagay la ») a donné naissance à un nouvel après. Nous vivons le temps des lendemains de catastrophes. »

Lire Chronique de l’après à Haïti, par Lyonel Trouillot, Le Point , 8/02/10.

Eloge des Haïtiens debout (Jutta Hepke)

Haïti debout !

Haïti est un pays couché et les Haïtiens sont debout. Oui, debout ! De ce côté de l’océan, nous fatiguons à secouer les indifférences, à collecter des fonds, à nous battre dans un monde sans moral et au cœur éphémère. Les médias se tournent vers d’autres nouvelles. Les dons tarissent. Nous restons entre amis. Les portables sonnent, Facebook et la toile relient et réchauffent les cœurs. Les mots, les mots, les poèmes, les textes, les photos pour montrer l’indescriptible et l’amour et la solidarité la plus profonde. S’activer pour ne pas sombrer dans le désespoir. Pour tenir. Il faut tenir. Il faut du temps, beaucoup de temps pour construire, pour reconstruire un pays. Nous n’avons pas le droit de flancher, pas le droit d’être fatigués, pas le droit d’être découragés, quand les amis dorment sous un drap, se nourrissent de rien, rient pour tourner le dos à la désespérance. Oui, les Haïtiens sont debout.

Oui, debout, Gary écrit, écrit, sa vie en dépend, oui, debout, Yveline a le cœur déchiré sans Imamiah, oui, debout Franck déclame sa nouvelle pièce de théâtre et se bat contre les moustiques, debout Marie-Andrée sourit sous la tente improvisée, debout James s’indigne contre l’autosatisfaction de la France, debout Pascale dessine et peint pour sentir la vie dans ses doigts, debout Sergine essaie de retrouver les morceaux de sa vie pour son fils, debout Anaïse travaille pour lutter contre le désespoir, debout Hervé, debout Kettly, debout Jean-Claude lance des appels au secours pour nourrir de plus en plus de bouches aux Abricots, debout Mimi, debout Yanick, debout Mimerose et Lolo chantent encore et encore, debout Dany, debout Lyonel, debout Louis-Philippe, debout Rodney, debout Monique, debout Solange, debout André, debout Lorraine, debout Michèle, debout Laënnec, debout Mireille… debout. Ils sont debout.
Et Gérard nous regarde depuis le pays sans chapeau.

Ici, nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Collectons, soutenons, envoyons des pensées et des mots, de l’argent et de l’amour, agissons et luttons contre l’indifférence et l’oubli.
Aidez, envoyez de l’argent aux associations et ONG ci-dessous. Maintenant.

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