Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien était en résidence d’écriture au Randell Cottage. Résidence qui vient de se terminer. Avant de rentrer à Nouméa, il nous envoie ses dernières impressions d’écrivain-poète-résident…
Le week-end dernier, la grande affaire c’était le « Super Seven ». Il s’agit de rugby, de rugby à Sept bien entendu. Il s’agit aussi d’une folie collective à Wellington. J’ai lu dans le courrier des lecteurs du New-Zeland Herald qu’une « Aucklandaise », regrettait amèrement sa migration vers le Nord. « Il n’y a qu’à Wellington que l’on peut trouver de la folie joyeuse et de l’irrévérence » affirme-t-elle. Les « Néos » ont gagné, les équipes du Pacifique ont été brillantes, particulièrement celle de Samoa, qui fit passer des sueurs froides aux supporters locaux jusqu’à l’ultime minute de la finale. Que demander de plus en ce weekend, d’autant que dans les tribunes du stade, bière, chants, déguisement et sympathie étaient de règle.
Mon séjour est terminé. J’ai aimé vivre là, toutes ces semaines protégé des attaques du quotidien professionnel –merci à mes collaborateurs restés « au travail »-, j’ai aimé le quartier de Thorndon, la rue de St Mary, la ville de Wellington, ses théâtres, ses jardins, ses Hip-Hoppers du Civic Center qui ont fait un remarquable accueil à ma fille et à son compagnon venus nous rendre visite mais aussi présenter un spectacle « dans la rue ». J’ai aimé être dans la ville au milieu des gens, regarder, entendre parfois écouter, être dans le bus y rencontrer la gentillesse et la disponibilité du chauffeur.
Il y a eu des longs jours d’attente que Nicole me rejoigne.
En face de Isola Bella / mal assis sur cette chaise / de bois à peine raboté / quel goût aurait alors cette bière / si tu la buvais avec moi.
J’ai aimé survoler le pays vers le Sud, les Alpes et les vallées glaciaires, les plaines agricoles où les moutons se font de plus en plus rares au profit des vaches laitières ! Plus tard, nous sommes passés de la montagne enneigée à la plage tropicale en quelques heures de route, et toujours les Néozélandais accueillants, simples, disponibles. J’ai aimé les soirées avec les familles Kindman, Underwood, Mc Kays, Mireille, Jean, Sarah, Tia Bennet, et croiser dans un café Patricia Grace ! Je repense à Geof Cush et ses amis artistes de Newton, Arien Munkl, Adrian Wilkins lui va bientôt se rendre à Menton, poursuivre la présence autour du souvenir de Katherine Mansfield. Nous avons « parlé théâtre » avec Vincent O’Sullivan, Nicole, Yves et Maryse, et la veille du départ avec Hone Kouka. Un soir Alan Duff est arrivé au cottage, directement de chez lui à Havelock North, pour nous rencontrer et dormir une nuit avant de retrouver Christian Robert des Editions « Au vent des îles ». J’ai aimé et apprécié les repas en toute simplicité à l’Ambassade, sans protocole en compagnie de Michel et Marlyse Legras, simplement parler de littérature, de la Chine, des poètes Tang et de la Nouvelle-Calédonie, son histoire, son devenir, son quotidien. A propos de la fameuse poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, on me demandait ce que cela avait représenté pour moi :
« Cette poignée de main signifiait la paix. Du moins nous l’espérions tous, je l’espérais ».
Je n’ai pas aimé être à Wellington alors que la saison de rugby est terminée, la suivante se fera sans moi ! Je me suis rabattu sur le championnat du monde de Netball, une découverte, un grand sport, je me demande si les hommes seraient capables d’y jouer, de vraiment y jouer ? Pas de basketball, sinon à la télévision, sur la chaîne Maori, les New Zéland Breakers qui s’en sortent très bien dans le relevé championnat professionnel australien. J’ai plusieurs fois posé la question et dis mon incompréhension lors de discussions à propos de l’enseignement : « Pourquoi le Maori n’est-il pas enseigné obligatoirement dès le classes primaires » ! Les réponses n’ont jamais été satisfaisantes. Qu’un tel facteur d’unité et de sympathie soit tout bonnement laissé sur le bord de la route me laisse pantois.
Par tous les temps à Montagne Froide
portail de branchage ouvert ou fermé
rien n’interdit de ne rien faire
ainsi c’est l’attitude que je préfère
c’est aux collines de Tinakori
que je me suis promené ces jours derniers
un escalier étroit raide et tout en pierre
en quelques marches je quittai la petite rue.
Il y a eu de très nombreuses heures d’écriture. Rien ne me faisait davantage plaisir que d’avoir ce temps devant moi. Ecrire si il y a vie, sinon ce n’est rien. Je peux dire que toutes ces semaines ont été de véritables semaines de vie, toutes tournées in fine, vers l’écriture. C’est bien là le but d’une résidence d’écriture !
La ville grande est moderne
par ses « buildings » ses « avenues »
zones piétonnes agréables
ses lumières ses halls lumineux
et par le nombre de banques
de distributeurs d’argent
de cartes de crédits autorisées
par le nombre important
de cafés de cordonniers d’hôtels
par le nombre important
de magasins de luxe
leurs articles, articles utiles
côtoyant articles inutiles
de décoration d’amusement
le nombre important de clients
dans les boutiques spécialisées
les librairies
les cinémas les théâtres
la ville est importante
les hommes sont en costume
les femmes sont belles
belles également leurs tenues
un nombre si important
de restaurants de « dancings »
de rue aménagées de taxis
de places accueillants en nombre
sculptures modernes et fontaines
artistes ambulants mimes et musiciens
quémandeurs simplement assis
un nombre si important
de banquiers d’affairistes
d’assureurs d’agents immobiliers
la ville est une capitale
un port un immense échangeur
la ville est importante
elle attire les pauvres
les très pauvres les abandonnés
ils dorment sur les trottoirs
mangent quand ils peuvent
ce qu’ils trouvent ce qu’on donne
la ville est la capitale
les pauvres sont maoris jeunes blancs
« Pacificas » peu souvent Asiatiques.
La ville est importante
son développement repose
sur les petits revenus
quelques sous ce qu’il faut
ne pas mourir se nourrir tout juste
c’est une ville importante
belle ville accueillante que nous aimons
un nombre si important
de baies de collines de forêt
des chemins de randonnées
des escaliers un « cable cab »
c’est une ville politique
la maison du ministre
celle des parlementaires
elle abrite les contres-pouvoirs
les anarchistes sur « Cuba street »
ont leur rassemblement
un nombre si important
de manifestations depuis toujours
de publications libres de luttes
nationales internationales
d’ambassades de consulats
dont celui de la Chine populaire
à côté du « cottage » qui nous accueille
je pense au Tibet magnifique symbole
des hommes sous l’oppression.
La ville cette ville
est une ville importante
s’y traite les affaires du pays
une part des affaires du Monde
s’y traite le sort des démunis
la réalité de l’équité tant espérée
Comme toutes les villes importantes
elle se doit d’être à l’écoute
de ceux qui ne gouvernent pas
qui sont soumis aux pouvoirs
les humbles qui sont ses Habitants véritables
invisibles des passants étrangers
C’est à eux que je pense
alors que de ma table de travail
j’essaie d’être au cœur de la Ville importante.
Nicolas Kurtovitch


Je suis contente de voir qu’un écrivain calédonien occupe cette résidence.
Et cette résidence, moi, j’en rêve.
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