1. Ce mardi matin sur France-Inter, ça découpe !
Une ministre d’ouverture, connue pour être » ni pute ni soumise « , qualifie de » dégueulasse « , » l’instrumentalisation de l’immigration « , faisant allusion à un amendement ADN…
Un intellectuel (non membre du gouvernement) qualifie de » raciste » le conseiller spécial du président de la République, rappelant un discours de Dakar, en juillet, qu’il est supposé avoir écrit pour ledit président.
Le lendemain, le conseiller spécial choisira un style fleuri pour qualifier à son tour l’intellectuel de » petit con « .
2. Ce mardi soir, dans un amphi de la Sorbonne, une bonne centaine d’étudiants s’informe de l’atelier théâtre qui s’ouvrira prochainement. C’est la dixième année qu’il est organisé en partenariat entre le Théâtre national de la Colline et l’Université Paris 1.
Le dramaturge David Tuaillon, s’est fixé un objectif : » Il ne s’agit pas de bien parler une belle langue, mais de faire du théâtre avec ce que vous êtes « .
» Cette année a été marquée par une longue campagne électorale, explique-t-il. On nous a beaucoup parlé, mais ce langage était très dégradé, il ne servait à rien. Or, on ne dit rien sans langage articulé. «
L’homme de théâtre poursuit : » J’ai cherché des textes sur le langage. Des textes qui posent des problèmes sur le langage dès la lecture. «
Finalement, il a choisi les textes de Jean-Charles Massera, » l’objet rêvé pour manipuler le langage comme une matière. «

A propos de France guide de l’utilisateur (P.O.L., 1998), voici la critique signée Mona Chollet et Thomas Lemahieu, de Périphéries http://www.peripheries.net/:
» Houellebecq dénonce la contamination de l’intime par le libéralisme ; Masséra, lui, montre ses ravages sur la langue. Ses collages ne sont pas dictés par une syntaxe et une grammaire, mais par la logique intérimaire, par l’air du temps. Ils en sont comme une génération spontanée. Les barreaux du discours commun remplacent ceux de la syntaxe. Transformé en éponge, l’écrivain semble ne plus faire entendre une voix propre, mais régurgiter simplement bout à bout des bribes de discours qui nous assiègent tous, qui refusent de nous laisser en paix, trouent notre conscience, agressent notre intégrité et notre dignité, et qui lui sont restées en travers de la gorge. «
A propos de son recueil de nouvelles, A cauchemar is born, publié chez Verticales en 2007, l’éditeur le présente ainsi : » A cauchemar is born est l’histoire fragmentée d’un vingtième siècle qui devait mal finir. Une trentaine de satires, de ce qu’il faut bien appeler la plongée cool et totalement décomplexée de l’inconscient collectif occidental dans la barbarie ordinaire. Le tout dans des formes écrites que s’est données le vingtième siècle : essais, journaux, manifestes, tracts, discours, articles de presse, dépêches, communiqués, textes de loi, résolutions, recommandations, déclarations, chartes, programmes, rapports, constitutions, dépliants touristiques, plaquettes d’entreprise, prospectus, quiz… A cauchemar is born nous promet une belle fin. «
Le Matricule des Anges : » Alerte et corrosive, la plume de Jean-Charles Massera fourrage dans le prêt-à-penser, dynamite les langues stéréotypées, en libérant le corps des gangues de la raison. «
Libération : » Massera massacre joyeusement les tics de l’écriture administrativo-libérale et de la délation ampoulée.
3. Première répétition de l’atelier théâtre de Paris 1 : le 14 novembre. C’est un mercredi, jour du Conseil des ministres. Jour où le langage joue l’ouverture. Jour de la » pensée cool « .
