Des écrivains pour l’alphabétisation

Vient de paraître – L’alphabet de l’espoir. Les écrivains s’engagent A l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation 2007, le 8 septembre, des écrivains s’engagent dans une anthologie, L’Alphabet de l’espoir, que publie l’UNESCO. Vingt-quatre auteurs dont Gisèle Pineau, Fatou Diome, Abdourahman A. Waberi et Margaret Atwood, Paul Auster, Philippe Claudel, Paulo Coelho, Philippe Delerm, Chahdortt Djavann, Nadine Gordimer, Amitav Gosh, Marc Levy, Alberto Manguel, Anna Moi, Scott Momaday, Toni Morrison, Erik Orsenna, El Tayeb Salih, Jose Sionil, Wole Soyinka, Amy Tan, Miklos Vamos, Wei Wei, Banana Yoshimoto. 

Extrait de L’alphabet de la misère, texte de Gisèle Pineau (née à Paris de parents guadeloupéens) : 

Aujourd’hui, je pense à tous ces enfants, d’ici et d’ailleurs, qui n’iront jamais à l’école, à cause de la misère, à cause des guerres, à cause de l’enfer quotidien. Je pense à tous ces enfants.

Ceux qui entrent chaque matin dans les champs.

Ceux qui creusent des mines, usent leurs mains et leurs yeux et leur innocence.

Ceux qui ne vont pas à l’école parce qu’ils servent d’esclaves, parce que leur corps est une marchandise convoitée.  

Ceux qu’on prostitue.

Ceux qui filent la laine et bâtissent des maisons. Ceux qui mendient du matin au soir, sous le soleil et sous la pluie. Ceux qui marchent le long des routes pour de l’eau croupie et du pain rassis.

Ceux qui ne connaîtront jamais le bonheur de lire et d’écrire.

Aujourd’hui, je sais que j’ai eu de la chance. 

Extrait de L’instituteur, texte de Fatou Diome (née en pays sérère) : 

Je lui dois Descartes,

Je lui dois Montesquieu,

Je lui dois Victor Hugo,

Je lui dois Molière,

Je lui dois Balzac, Je lui dois Marx, Je lui dois Dostoïevski, Je lui dois Hemingway,

Je lui dois Léopold Sédar Senghor,

Je lui dois Aimé Césaire,

Je lui dois Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Mariama Bâ et les autres.

Je lui dois mon premier poème d’amour écrit en cachette,

Je lui dois la première chanson française que j’ai murmurée, parce que je lui dois mon premier phonème, mon premier monème, ma première phrase française lue, entendue et comprise.

Je lui dois ma première lettre française écrite de travers sur mon morceau d’ardoise cassée.

Je lui dois l’école.

Je lui dois l’instruction.

Bref, je lui dois mon Aventure ambiguë.

Parce que je ne cessais de le harceler, il m’a tout donné : la lettre, le chiffre, la clé du monde. Et parce qu’il a comblé mon premier désir conscient, aller à l’école, je lui dois tous mes petits pas de french cancan vers la lumière. 

Extrait de Lire en pays dominés, texte d’Abdourahman A. Waberi (né à Djibouti) : 

Pour pouvoir écrire sereinement, il suffit de s’armer de patience, de travailler de jour comme de nuit et pour cela de se soustraire à la chaleur amicale et bruyante du mabraze (la pièce où l’on broute le khat dans chaque foyer) où la parole déliée, intelligente ou rabâchée mais toujours volatile, fuse certes mais ne trouve malheureusement aucun support pour s’accrocher ne serait-ce qu’au lendemain. Jusqu’à présent, très rares sont les pages de cahier, les pellicules de film, les écrans de vidéo ou les espaces picturaux qui ont pu conserver cette parole « mabrazienne » pour la transmettre aux générations futures. Cela viendra un jour prochain, j’en suis convaincu. Ecrire et lire. Lire, beaucoup lire pour peut-être écrire un jour. Ecrire, beaucoup écrire parce que ce que l’on vient de lire sur tel ou tel sujet ne vous rassasie pas. 

[La présentation anaphorique des textes de G. Pineau et F. Diome est de Papalagui].

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