Bonne nouvelle kabylo-kanak de Nouméa

Ce petit livre est une curiosité de 40 pages. Une (bonne) nouvelle éditée par Madrépores à Nouméa. Fallait-il donc oser publier une nouvelle et une seule, pas un recueil de plusieurs, non ! une seule ! Parmi 26 manuscrits originaux soumis à un jury lors du Salon du livre océanien en 2005, Le Poids des rêves a gagné le prix Michel Lagneau. Auteur inconnu, éditeur inconnu, prix inconnu… et pourtant ces quelques pages valent le détour…

Samir Bouhadjadj nous raconte les aventures d’un Elephant Man de la brousse calédonienne, moqué à Bourail pour son énorme tarin,  » une ignoble igname « . Cela ressemble à un exercice pour atelier d’écriture, exercice réussi :  » raconter un défaut physique en 40 pages « .

On y retrouve la Calédonie sans les clichés et un certain plaisir de lire quelque chose de frais, loin de certaines proses locales compassées… des annotations sur la culture et les lignages généalogiques, loin des traités ampoulés. On s’attache à cet anti-héros  » au sang mêlé kabylo-kanak « , à la dérive à cause de son difforme naseau, en quête d’une issue. On y fait des rencontres étonnantes comme ce Julien Trapatoni, sicilien noir ! à l’ascendance mondialisée nippo-aborigène ! Et même si la chute n’a rien d’extraordinaire dans son happy-end un peu convenu… on attend la suite, on nous promet un roman… Tout cela est très encourageant…

Extrait p. 26 :

 » Poussé par ma curiosité et toujours aussi sauvage, je décidai d’aller me perdre seul dans les odeurs du quartier chinois, de marcher jusqu’aux terminus des lignes de bus et d’user ma soif de béton jusqu’à l’épuisement. C’est ce que je fis, dès ma première année d’internat, depuis le Ouen-Toro jusqu’à la Vallée-du-Tir, de Ouémo à Nouville, j’ai usé chaque pavé de Nouméa, j’ai léché du regard chaque vitrine (…) mais voilà, j’étais toujours l’objet du recul des gens. Elephant man ne s’est pas transformé en jolie biche au contact de la ville. Les regards étaient moins bien collants, mais la gêne existait toujours. Je décidais d’en prendre mon parti, désormais, j’allais composé avec, et même en jouer. « 

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