Qu’est-ce qui est le plus étonnant à Etonnants voyageurs, réuni à Saint-Malo ce week-end de la Pentecôte ?
la première tempête en dix-huit ans et la ténacité des visiteurs venus s’aérer l’esprit ; 
une superbe exposition Enki Bilal, en phase avec la tempête sur Saint-Malo 
Jean-Claude Carrière, hôte d’honneur des documentaires de la SCAM, citant un auteur oublié : « Une histoire imaginée, on lui demande d’être réelle; une histoire réelle, on lui demande de ressembler à une histoire imaginée. » ; 
une soirée Etoiles de la SCAM aux trente réalisateurs récompensés d’un prix de 4 000 euros (soit un joli total de 120 000 euros de prix !) ; soirée assez ringarde dans l’imitation forcenée des « Césars » et autres « Molières »…
une récompense méritée pour l’ami Gilles Dagneau, réalisateur de Tjibaou, le pardon, écrit avec Walles Kotra.
René Depestre, absent, mais récompensé par un prix de poésie pour ses oeuvres poétiques complètes ;
l’engouement pour les cafés littéraires ;
des paroles glanées, captées, envolées, des bouts d’histoires, des bribes de pensée, dans les différents lieux d’un festival devenu gargantuesque ;
les copains des copains ;
la dispute entre Québécois, autour de littérature-monde (Jacques Godbout et Dany Laferrière). Avec une trentaine d’auteurs, ils cosignent avec notamment Glissant, Condé, Sansal, Rouaud, Mabanckou, Devi, Victor, Trouillot, etc., Pour une littérature-monde ;
le vertige d’une histoire dans un livre, un personnage au nom à peine entendu, l’éclat de rire, salle Maupertuis, à l’anedocte d’Abourahman Waberi racontant qu’il faut « déjouer les attendus », racontant donc l’introduction volontaire dans un de ses manuscrits, non de « chape de plomb », mais de « plomb de chape » (sic), expression qui est passée comme une lettre à la poste, du manuscrit au livre, de l’auteur à l’éditeur, de l’éditeur au libraire ; jusqu’à ce qu’une traductrice pour l’édition allemande lui téléphone pour s’en étonner…
Cet Abdou est trop fort, « déjouer les attendus », n’est-ce pas, à la contrepêtrie près, « ajouter détente » au flot incoercible d’une production littéraire marketée ?
Etonnants ces écrivains voyageurs.
