Esclaves au paradis, le poids des mots, le choc des regards doux et résignés, les peaux écorchées vives

 

Esclaves au paradis est une exposition photographique de Céline Anaya Gautier, présentée jusqu’au 15 juin à l’usine Springcourt, dans le quartier de Belleville à Paris.

Springcourt est un nom de marque de tennis, chaussures inventées dans les années 36, dans l’air du temps des congés payés. A Belleville, 5 passage Piver, il reste une boutique de chaussures fabriquées en Thaïlande, délocalisation oblige. Curieux effet boomerang de la mondialisation : les chaussures sont nées à Belleville, l’usine a dû fermer, elles reviennent nous narguer. Pour des baskets, c’est un peu normal de revenir par la fenêtre…

Autre effet de la mondialisation : la République dominicaine emploie quelque 500 000 coupeurs de canne dans ses sucreries. Ce sont eux les esclaves, sans contrat, leur travail est échangé contre un ticket de survie, qui leur permet d’acheter un peu de nourriture dans la boutique du batey, le campement ghetto. Dans certains bateys les enfants n’ont pas le droit de grignoter un peu de canne, le sucre est réservé aux sucriers, dont certains sont même propriétaires d’hôtels de luxe.

Ces esclaves sont venus en République dominicaine pour fuir la misère d’Haïti. Ils sont tombés dans une plus grande misère, sans espoir de retour. Ils vivent dans un pays paradisiaque pour touristes nantis.

Les photos de Céline Anaya Gautier présentent dans la sobriété de leur dénuement des êtres au regards doux et résignés, des êtres à la peau noire, crevassée, écorchée, tailladée par la canne, un coupeur à la main coupée, la machette au creux du bras amputé, une femme à les pieds nus, sur un mur une croix, sur un autre un chapeau et une veste.

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