Maryse Condé, Guadeloupe amer natal

LE COEUR A RIRE ET A PLEURER | livres: MARYSE CONDE | ISBN: 2266098683 Dans un entretien à Gérard César de Télé Guadeloupe, diffusé le 12 juillet, l’écrivaine Maryse Condé a annoncé qu’elle quittait la Guadeloupe après 22 ans de séjour. Elle s’installe définitivement à New-York. Elle vivra entre la cité américaine et Paris.

Ses propos vont sans doute faire l’effet d’une bombe aux Guadeloupéens…

« Le tour d’esprit que j’ai, qui est assez critique, assez lucide, qui essaie toujours de faire la part des choses, qui refuse la mythification, l’idéalisation facile, n’a pas convenu aux Guadeloupéens. Ils aiment les gens qui disent que la Guadeloupe est un paradis, la Guadeloupe n’est pas un paradis, ce n’est pas un enfer mais ce n’est certainement pas un paradis.

(…)

– Qu’est-ce que tu laisses en Guadeloupe ?

– Rien, pas grand chose. Moi j’ai beaucoup pris. Quand je regarde mes livres, je sais que j’ai beacoup pris de la terre de Guadeloupe, pas des gens mais de la terre de Guadeloupe. Le pays me parlait, le vent, la mer, les arbres,la nature, la montagne, le pays avait une voix extraordinaire, belle et puissante que j’ai enregistrée, mais les gens je crois ne m’ont pas donné grand chose et n’ont pas pris grand chose de moi. Je pense que ça ne les intéressait pas.

(…)

Victoire, les saveurs et les motsLa Guadeloupe est un pays complètement laminé, décervelé par le colonialisme, un pays où on a peur de l’avenir, où on parle toujours du passé, un pays qui se replie sur ses traditions et qui ne veut pas la nouveauté, la création, la créativité. »

(…)

Je crois que Victoire, les saveurs et les mots sont mon adieu à la Guadeloupe. J’ai bien trouvé la famille à laquelle j’appartenais. J’ai bien compris ma mère, ma grand-mère, tout ce qui les a entourées, donc je pense que maintenant je peux partir, essayer de faire autre chose dans ce monde qui est nouveau, qui est différent et qu’Edouard Glissant appelle le Tout-Monde, qui est une très belle expression. Il faut maintenant écrire et créer à la mesure du Tout-Monde. »

A noter que Maryse Condé est à Avignon pour une rencontre à la Maison Jean Vilar, ce lundi 16 juillet à 17h et que la salle Edouard Glissant est inaugurée à la Chapelle du Verbe incarné mardi 17, 20h45 en présence du poète. 

A noter aussi que la pièce de Maryse Condé, Comme deux frères, est reprise au Théâtre du Balcon, dans le Off, à 11h.

Livres de poche

Notre besoin de consolation est impossible a rassasier Dans le tramway de Strasbourg, une lectrice sort de son sac à main, ce minuscule livre de Stig Dagerman au titre long comme le temps d’une nostalgie, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Cette lectrice est elle-même écrivain. Fatou Diome vient de publier Le Ventre de l’Atlantique. Gros succès. Plus tard, c’est-à-dire en 2005, ce Ventre de l’Atlantique sortira en poche.

J’imagine dans un bus africain, un jeune garçon rêvant d’idole de foot, sortant de son sac de sport, un livre de poche, Le Ventre de l’Atlantique.

Aujourd’hui, Folio publie deux auteurs qu’on aime bien, Gisèle Pineau et sa Fleur de Barbarie et Dany Laferrière et son Goût des jeunes filles.

Des Caraïbes, des jeunes filles et de nostalgie. Et d’une figure de l’écrivain qui traverse leur roman, chez Pineau, comme exigeance et comme modèle de réussite, chez Laferrière, avec Magloire Saint-Aude, comme exigeance et comme modèle, chez Fatou Diome avec ce petit livre, toujours dans son sac à main, comme un talisman.