Sous la langue sucrée
fondent les faims creuses
peau de chagrin
Sous la langue sucrée
fondent les faims creuses
peau de chagrin
Vieil étang –
Une grenouille plonge
Bruit de l’eau
Bashô
Une carpe bondit
L’eau se calme
Cri du coucou
Gonsui
cités par Maurice Coyaud, Fourmis sans ombre, Le livre du haïku, Phébus
Trois voix, trois formes : les haiku, les tanka et les verbes libres, dans l’allant de ce 13e Printemps des poètes , l’Université Paris Diderot (Paris 7) nous propose, le 15 mars 2011, à 18h, une affiche de choix : « La rencontre est exceptionnelle car ces genres poétiques ne se croisent pas au Japon. C’est ici, à Paris, que nous écouterons ces paroles vives et si différentes de la poésie japonaise. », annoncent les organisateurs, dont l’UFR Langues et Civilisations de l’Asie orientale, les étudiants du Master d’études japonaises et l’AFJP7 (Association franco- japonaise de Paris 7).
Pour découvrir ces différentes formes de la poésie japonaise traditionnelle, l’Université Paris Diderot propose des lectures et une table ronde, « Ecrire la poésie aujourd’hui au Japon » (avec traduction) qui réunissent « trois personnalités emblématiques japonaises » des trois genres poétiques :
– les haiku, interprétés par Madoka Mayuzumi (fondatrice d’un cercle de poésie féminine et un mensuel de haiku, le Gekkan Hepburn, à l’initiative, en 2006, d’une lettre poétique accessible gratuitement via les téléphones portables (en japonais). Voir la traduction en français d’une conférence que la poètesse a prononcée à Paris, en 2008 :
「俳句〜その余白に響くもの」 (« Haïku, un écho dans la marge »)
Extraits du recueil Cet instant-là (Sono shunkan), Kadokawa gakugei shuppan, 2010 :

– les tanka, interprétés par ISHII Tatsuhiko, dont la poésie cherche à déconstruire la syntaxe de la langue japonaise, dans la perspective d’une redéfinition du genre.
Extraits du recueil Abandonner la poésie (Shi o sutesatte), Shoshi Yamada, 2011.

– les vers libres, interprétés par SEKIGUCHI Ryôko, résidante à Paris, traductrice en japonais de Jean Echenoz, Atiq Rahimi, écrit directement en français, tout en continuant à publier au Japon. Ses livres s’écrivent parallèlement dans les deux langues : Héliotropes, P.O.L, 2005, inspiré de la forme poétique de la muwashshah pratiquée dans l’Andalousie arabe du Moyen Âge. « Apparition », « Etudes vapeur » in Etudes vapeur suivi de « Série Grenade », « Le Bleu du ciel », 2008 / « Jôki no kansatsu », in Granada shihen, Shoshi Yamada, 2007 .
Petit rappel pour apprécier la soirée :
· Les haiku sont une forme de poésie courte, d’origine classique et à la métrique très codifiée. Ils sont formés de 17 syllabes (5-7-5) et sont une adaptation moderne des haikai hokku de la période d’Edo ;
· Les tanka sont une forme de poésie courte, d’origine classique et à la métrique très codifiée également. Ils sont formés de 31 syllabes ( 5-7-5-7-7) et sont une version moderne des waka de la poésie ancienne ;
· Les vers libres élaborés depuis la fin du 19e siècle au Japon, qui incarnent une modernité débarrassée de toute contrainte, à la recherche de sa plus juste expression.
Université Paris Diderot, amphithéâtre Buffon, 15 rue Hélène-Brion, 75013 Paris
M°/RER Bibliothèque François-Mitterrand, le 15 mars, 18h.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Renseignements : cecile.sakai@univ-paris-diderot.fr
(source : communiqué)
À bout de souffle
entre deux étincelles
silex silencieux
Extrait intitulé « L’automne », pp. 162-163, du recueil d’Anna de Noailles, Les Forces éternelles, publié en 1920 : (…)
Demi-nue, échappant à son feuillage clair,
La cime d’un bel arbre apparaît dans l’éther,
Lucide et reposée.
Un humide brouillard qui songe, gonfle l’air
De latente rosée.
Dans la forêt cinglant pour un fatal départ.
Les biches aux doux pieds, d’un confiant regard
Consultent, le front bas, la terre resserrée,
Et l’on voit onduler, sous la brise moirée,
Leur robe tachetée, ailée et aérée
De faisan et de léopard !
La nature bondit, mais le ciel se résigne.
L’horizon incline au sommeil,
L’étang, compact de froid, semble enclore les cygnes,
Précurseurs de l’hiver, à la neige pareils.
Tout se tait, et pourtant c’est un muet murmure :
Bourdonnement gelé du silence et de l’eau.
Le noir croassement des obliques corbeaux
Fait, dans l’éther uni, une sèche cassure.
Mais, plus que le printemps, plus encor que l’été,
Cette franche saison, pétulante et benoîte,
Avec ses bonds joyeux et ses mollesses d’ouate,
Et ses traînantes voluptés,
Donne aux pauvres humains la timide espérance
Que la nature penche un instant sur leurs vœux
Son grand battement d’aile, expansif et nerveux,
Où l’âme reconnait sa fougueuse indigence.
— Et pourtant, ô brillant et nombreux Univers,
Tous les morts sont couchés au funèbre revers
De ta belle cuirasse !
En transformant quelque peu l’ordonnancement des alexandrins suivants :
Le noir croassement des obliques corbeaux
Fait, dans l’éther uni, une sèche cassure.
on peut entendre un haïku, du moins l’esprit d’un haïku :
Le noir croassement
des obliques corbeaux fait, dans l’éther uni,
une sèche cassure.
simplifions (ô sacrilège !) :
Le noir croassement
des obliques corbeaux fait
une sèche cassure.
…à l’image d’une autre saison,
fin février, entre hiver et printemps,
ciel bleu, froid sec, lumière ardente.
Des ciels à tire d’aile,
cirrus, nuage de cheveux —
seule une poussière
Saule pleureur,
passe une carpe alanguie
martin-pêcheur

Dessin emprunté à Langue sauce piquante, à lire pour la coïncidence troublante, l’écriture du haïku étant indépendante…
Gentil babil
les mots sont des legos
la langue s’amuse
À la télévision
le monde est un open space
place Tahrir

(un piège…)
Oakoak est « un artiste français aimant s’amuser dans la rue ». Résultats de ses détournements photos et graphiques sur son blog.