わたしは… je japonise

Le confinement se prêterait-il à l’étude des langues étrangères ? Chez soi, c’est un passe-temps, comme un jeu de patience, les legos sont des mots que l’on assemble avec joie. Rappelez-vous le premier Lego ou pour les plus anciens, le premier Meccano.

Puzzle

En japonais, c’est pour le moins un renversement de perspective. La langue courante utilise trois systèmes d’écriture, les kanji 漢字, les hiragana ひらがな et les katakana カタカナ, autrement dit c’est un vertige de langue.

Puzzle de 3000 pièces représentant un jardin japonais.

A l’échelle d’une simple phrase, c’est pourtant assez simple et les pièces du puzzle s’assemblent petit à petit. Sachant que le verbe est à la fin de la phrase et que les particules – comme des éclats de sons – sont à la fête [les particules dites enclitiques (plus bas en gras) indiquent la fonction grammaticale du mot qui précède ou qui suit].

La méthode みんなの日本語 [“Le japonais pour tous“]

Voici la phrase sortie de nos cogito après deux mois de confinement et d’apprentissage :

わたしあした10じともだちじてんしゃとしょかん いきます。

わたしあした10じともだちじてんしゃとしょかん いきます。

Prononciation :

Watashi-Wa ashita juu [10]-ji-Ni tomodachi-To jitensha-De tochokan e-ikimasu.

Traduction :

Je + demain à 10h + avec un(e) ami(e) + à bicyclette + à la bibliothèque + je vais.

Dans l’ordre du français :

Demain à 10h, j’irai à vélo à la bibliothèque accompagné d’un(e) ami(e).

Quand les pièces du puzzle sont identifiées, mises en relation avec leurs voisines, que le bon outil de liaison (la particule) est trouvé et que l’ordre des mots dans la phrase est le bon, on n’est pas peu fier… [au passage, pour le puzzle chinois, voir ici]

Bricolage

Nous ne sommes pas loin du bricolage, en somme, considéré ainsi par le mathématicien, le regretté Seymour Papert : « Apprendre consiste à réunir tout un ensemble de matériaux et d’outils que l’on puisse manier et manipuler. Bien plus, tout comme le bricolage, c’est travailler avec ce que l’on a. », a-t-il écrit dans Jaillissement de l’esprit (Paris, Flammarion, 1981, p. 215).

Bricolage, notion clé pour Claude Lévi-Strauss qui, dans La pensée sauvage (1962), évoque « la pensée mythique (qui) bricole, elle fait avec ce qu’elle a (matériaux, outils) ; elle prend ce qui lui tombe sous la main et elle se construit au gré des opportunités. »

Voir aussi : Jean-Philippe Dupuy, « Du bricolage en général et des dictionnaires de langue en particulier », Cahiers de l’APLIUT [En ligne], Vol. XXIX N° 1 | 2010, mis en ligne le 24 août 2011, consulté le 2 mai 2020. URL : http://journals.openedition.org/apliut/3134 ; DOI : https://doi.org/10.4000/apliut.3134

Marathon

Pourtant le débutant pressent que de puzzle à bricolage, on passera bientôt à tout autre chose… Ainsi l’écriture… quand il aura appris les deux syllabaires hiragana et katakana (chacun composé de 46 kana), il s’attaquera aux kanji.

La Japonaise Hiromi Nakata remporte à l’âge de 60 ans le classement général féminin du Tottori Marathon en Mars 2019 en 3h12’44 » (Japon Running News).

Les kanji sont des mots signes empruntés au chinois. Wolfgang Hadamitzky, Pierre Durmous, Violaine Mochizuki, les auteurs du livre Kanji & kana, « Manuel et lexique des 2141 caractères officiels de l’écriture japonaise » affirment : « L’apprentissage continuel des 2141 signes est comparable au marathon, l’apprentissage sporadique correspond à des pointes de vitesse ou à de la promenade. Plus le parcours est long, plus il est intéressant de développer une stratégie permettant d’atteindre sûrement et rapidement le but que l’on s’est fixé ». S’ensuivent onze conseils, qu’il ne reste plus qu’à appliquer…

Mais quel est le but ?  « Ma route est, je crois, un bâton éclaté. Le désir vaut le but quand le but est enfoui en nous. », parole de René Char.