Haïti : « croisière humanitaire »

Peut-on maintenir des croisières en Haïti et en même temps participer à l’aide humanitaire ? La compagnie américaine de croisières Royal Caribbean possède une île privée, Labadie, dans le nord d’Haïti, à environ 150 kilomètres de l’épicentre du séisme, où accostent trois fois par semaine ses bateaux de croisière. Elle assure que son activité continue à soutenir l’économie dévastée du pays. Mardi devait arriver à Labadie le gigantesque navire Liberty of the Seas, avec à son bord 3.600 passagers qui passeront deux jours dans l’île paradisiaque, totalement épargnée par le séisme. La compagnie a annoncé aujourd’hui un don de 1 million de dollars pour aider Haïti.

Haïti : un site pour retrouver les disparus du séisme

Lu dans la newsletter du Monde :

Suite au terrible séisme qui a frappé Haïti la semaine dernière, une agence de communication vient de concevoir dans l’urgence un site Internet visant à aider familles et proches à reprendre contact plus rapidement avec les personnes disparues. Le site en question, disparu-haiti.com, disponible en français et en anglais, se veut entièrement dédié à la centralisation et au partage d’informations sur les personnes recherchées. Le site permet de créer facilement un dépôt d’avis de recherche du disparu (avec son descriptif et sa photo), donner la possibilité aux personnes sauves de se manifester, reconnaître une personne recherchée ou communiquer des informations. La colonne de gauche renvoie vers des liens utiles ainsi que des fils Twitter dédiés à des avis de recherche. Le Quai d’Orsay et les ONG impliquées ont été sollicités afin d’alimenter ce site avec les données aujourd’hui en leur possession. Plus de 23 000 personnes sont déjà enregistrées. Egalement disponible en version anglaise (haiti-survivor-earthquake.com).

Voyageurs vent dedans !

C’était il y a tout juste une semaine. Valise entr’ouverte, avec les livres de Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Gary Victor, Emmelie Prophète, Yanick Lahens, livre de Régis Couder, L’acheteur de temps, que son éditeur venait de m’envoyer. Nous avions prévu d’embarquer le lendemain avec les Étonnants voyageurs depuis Paris, direction Port-au-Prince.

De là plusieurs directions s’offraient à nous. La première : prendre l’avion avec Louis-Philippe Dalembert et Régis Couder pour Port-de-Paix sur la côte nord. J’avais aprécié des passages des Dieux voyagent la nuit, dont une partie se situe dans la région (l’île de la Tortue n’est pas loin). Je me faisais une joie de rencontrer Régis Couder, dont j’appréciais la démarche. En 2007 déjà j’avais pu me rendre à la Citadelle Laferrière,deux jours de belles rencontres pour un happening de CulturesFrance lançant Caraïbes en création. J’avais pu faire connaissance avec Raoul Peck sur les hauts murs de la forteresse du roi Christophe, l’une des merveilles des Caraïbes, patrimoine unique dans la région.

Deuxième possibilité : partir pour Verrettes dans l’Artibonite avec James Noël et Stanley Péan. J’aime la voix profonde de James Noël et je ne connaissais pas Péan, venu du Québec. Mais l’aller-retour en voiture dans la journée paraissait difficile.

Enfin, le choix le plus près : Cabaret, au Nord-Ouest de la capitale, avec Gary Victor et le Cubain Mano Ejèn.

Après un tournage avec ces auteurs rencontrant les lycéens, nous avions prévu de suivre le Festival sur Port-au-Prince.

Devant l’écran de l’ordinateur, je consultais les cartes pour évaluer les distances, et programmer la suite du tournage.

Sur facebook, des messages. Et puis le message de Stéphane Martelly : Séisme en Haïti, 13 janvier, 00h20.

Puis radio, télé. Je m’abonne à CNN. J’envoie un SMS à Laurent Delarue, l’attaché de presse du Festival. Le Festival est annulé. Je reçois un coup de fil de Dominique Ako de la rédaction. Il connaît bien Haïti. Il y est allé dix fois. Il me relate d’autres nouvelles, d’effondrements massifs, de routes coupées, d’hôpital détruit.

Le voyage est annulé. Nous voulions partir. On voulut que nous restions.

Depuis énorme frustration et surtout immense douleur diffuse, comme un deuil partagé. Me revient en mémoire les paroles de la comédienne Magali Comeau Denis, alors ministre de la culture. Rencontrée au festival d’Avignon, alors qu’elle interprétait l’héroïne de Thérèse en mille morceaux, de Lyonel Trouillot : « Haïti n’existe au monde que par sa culture. »

Je ne connaissais pas l’œuvre de Georges Anglade, invité du festival et disparu avec sa femme. Depuis, j’ai envie de lire tout de lui. J’ai pu découvrir l’inquiétude de leur fille dans le quotidien de Montréal, La Presse, alors qu’elle était sans nouvelles. Elle était dans l’avion au moment du séisme et, depuis le Canada, demandait des nouvelles de ses parents.

Des images d’Haïti me reviennent en mémoire. Le roi Christophe interprété par Dominique Batraville dans le superbe Royal Bonbon de Charles Najman (sera projetté ce dimanche à 11h au Max Linder, Paris), la montée à pied et à dos de mule de la sente vers la Citadelle, les rues chaotiques aux alentours de la maison de Lyonel Trouillot. Les images d’Arnold Antonin sur lesfoules de manifestants demandant le départ d’Aristide.

Je me souviens du Parloir haïtien à la Villette, à Paris, programmé par Gabriel Garan.

Je me souviens d’une soirée littéraire à Port-au-Prince, à la veille du 1er festival Etonnants voyageurs, fin 2007.

Je me souviens de l’échange entre Kettly Mars et Wilfried N’Sonde, emporté et fraternel. Me revient en mémoire la route nous emmenant vers Max Beauvoir, le Hougan, au sortir d’un colloque organisée par sa fille Rachèle et retransmis par Télé-Haït.

Je me souviens de ma découverte de la galerie Monnin, sa richesse profuse en tableau, sculptures.

Je me souviens d’un artiste cubain préparant son expo au rez-de-chaussée.

Je me souviens des jeunes gardes armés de l’hôtel Kinan, dont le métier principal n’était pas militaire.

Je me souviens des Unes de la presse, titrant sur les kidnappings à la veille de Noël, les enfants étant des rançons assurées, même parmi les plus pauvres.

Je me souviens du poème « le Y » dit par Yvon Le Men dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur de France. Dans la cour une immense sculpture en fer découpé d’un immense artiste. Etait-ce Saint-Eloi ?

Je me souviens du rire de Sergine et de ses toiles abstraites. De son accueil alors que la nuit tombait et que la pluie redoublait à Pétionville.

Je me souviens de Jean-Claude Fignolé, grippé, nous consuisant dans son petit 4 X 4 dans Port-au-Prince, nous arrêtant pour nous montrer des maisons construites à la va-vite « une stratégie d’Aristide pour encercler le quartier bourgeois de Pétionville ».

Je me souviens des conversations avec Rodney Saint-Eloi, Sabine Wespieser, Jacques Leenhardt et Marie-Catherine Vauthier.

Je me souviens d’un séjour inouï dans la demeure-forteresse-galerie d’art de Frankétienne, le poète de Delmas, architecte vivant de la mémoire haïtienne, l’un des rescapés du séisme.

Je me souviens de sa collection reliée du Magazine littéraire.

Je me souviens de sa chambre, aux murs couverts de pages de mots comme slogans de création brute.

Je me souviens de Marie-Andrée, l’épouse de Frank, collectionneuse de poupées miniatures.

Je me souviens de Frankétienne retrouvant Glissant au marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris.

Je me souviens de tout, et les images ne cessent leur remontée, comme un immense fleuve de souvenirs vivaces, impossibles à stopper.

Je suis heureux d’apprendre que Michel Le Bris, Dany Laferrière et Lyonel Trouillot ont décidé de remonter le festival.

Haïti : un appel de l’association culturelle Monique Calixte

SOUTENEZ LE PEUPLE HAITIEN !
Le tremblement de terre qui a frappé Haïti a eu des conséquences dramatiques pour les Haïtiennes et les Haïtiens. Ces conséquences ont été démultipliées du fait de la fragilité et de la dépendance de la société haïtienne. Dans l’immédiat, l’urgence commande de sauver les blessés et de répondre aux besoins immédiats de la population. Dès aujourd’hui, il faut aussi préparer l’avenir en inscrivant les actions d’urgence dans la reconstruction et dans la perspective d’une société plus juste et solidaire. La priorité est de renforcer la société civile haïtienne à travers les associations de solidarité qui ont fait leurs preuves. Nous appelons tous ceux qui veulent soutenir le peuple haïtien de soutenir par tous les moyens les associations dont vous avez pu avoir connaissance et de préférence celles avec lesquelles vous avez travaillé.
Notre association, l’Association Monique Calixte (AMC) travaille pour sa part avec la Fondation FOKAL présentée ci-dessous.
Aujourd’hui, le tremblement de terre a épargné le siège de FOKAL avenue Christophe. Celui-ci est transformé en centre d’accueil, d’information et de solidarité. 500 personnes y ont trouvé refuge. Les membres de Fokal se dépensent nuit et jour pour venir en aide à ces personnes et en même temps pour organiser la remise en fonctionnement de certains services. Nous sommes en relation constante avec les responsables de FOKAL par échanges d’e-mails et nous suivons leurs actions et leurs demandes. Nous avons déjà pu confier de l’argent et des médicaments à Raoul Peck (cinéaste, ancien ministre de la culture d’Haïti) parti le 16 janvier à Port-au-Prince. Nous continuons à collecter des fonds pour l’immédiat et des propositions pour la suite.
Toute aide à toutes les associations de terrain et à des réseaux de proximité est la bienvenue.  L’AMC  concentre ses efforts sur le soutien à FOKAL dont nous savons qu’elle est à pied d’œuvre et que nombre d’Haïtiens peuvent compter sur elle. Mais d’autres associations et ONG haïtiennes peuvent être destinataires de votre soutien si vous en connaissez. Il faut se situer à la fois dans le présent et dans le futur proche ; répondre à l’urgence et engager la reconstruction.
Association Monique Calixte. 18 janvier 2010

FOKAL (Fondation Connaissance et liberté) et L’AMC (Association Monique Calixte)

L’association Monique Calixte, AMC, a été créée en 1995 dans le but de contribuer à l’ouverture d’une bibliothèque associative en Haïti, en hommage à Monique Calixte qui venait de mourir. La bibliothèque Monique Calixte a effectivement vu le jour en 1996, avec le concours actif de Michèle Pierre Louis qui avait créé deux ans auparavant la FOKAL, Fondation Connaissance et Liberté avec l’appui de OSI (Open Society Institute fondé par George Soros). Depuis 1996, l’AMC soutient la BMC en organisant différentes manifestations dont les rentrées financières, modestes, sont régulièrement envoyées en Haïti et ont permis l’achat de livres, d’ordinateurs et d’autres outils du développement culturel auquel la FOKAL se consacre.
Fokal a déployé une intense activité, non seulement autour de la lecture (réseau de 50 bibliothèques de proximité dans le pays, formation des animateurs des bibliothèques et apport de ressources financières) mais dans le domaine de l’éducation (écoles Tipa Tipa) et du développement économique local (coopératives de producteurs agricoles et artisanaux). FOKAL a développé un partenariat avec le GRET Haïti (appuyé par le GRET France) pour favoriser l’accès à l’eau et la gestion associative des bornes fontaines dans les quartiers populaires. Récemment la FOKAL a engagé un projet de création d’un parc botanique et d’amélioration d’une vaste zone d’habitat spontané dans le secteur périphérique et défavorisé de Martissant à Port-au-Prince.
www.fokal.org

Adressez vos dons à : ASSOCIATION MONIQUE CALIXTE, 10 rue de l’Arcade. 94220 Charenton le Pont

Lyonel Trouillot : « On leur demande, foutre, de diriger! »

Publié par Soazig Quéméner – Le Journal du Dimanche, ce dimanche 17 Janvier 2010
Un cri de colère. Ecrivain et poète haïtien, Prix Wepler 2009 pour son Yanvalou pour Charlie (Actes Sud), Lyonel Trouillot fait partie de ces intellectuels qui n’ont jamais souhaité quitter Port-au-Prince. Jeudi midi, nous lui avions envoyé un e-mail, comme une bouteille à la mer. Il nous a répondu samedi depuis sa ville dévastée.
Où êtes-vous, comment allez-vous?

Depuis mardi soir, nous sommes une vingtaine à partager une cour, les plus actifs sortant vers les rues. Il y a ma soeur et mon beau-frère, spécialistes en éducation, dont l’université privée, le rêve d’une vie, s’est effondrée. Il y a en dessous des vivants et des morts. Ils se démènent pour essayer de trouver de l’aide pour sortir les corps. C’est difficile. On a finalement sorti quelques étudiants vivants, mais il y a encore en dessous des cadavres qui pourrissent. Il y a la femme de mon frère qui a perdu une cousine sous les décombres du supermarché préféré des élites et des coopérants. Nous sommes chanceux. Parmi les plus chanceux. Dans d’autres quartiers, c’est pire.

Quatre jours après le séisme, comment survit-on à Port-au-Prince ?

Il y a les vivants qui comptent leurs morts, et les décombres, et l’odeur de la mort, et la rareté qui s’installe au fur et à mesure. Et le soir tombé, l’obscurité et le bruit des balles. Car cela commence à tirer. Les tentatives de pillage, de vol, se multiplient (cela a quand même pris trois jours, preuve d’un haut degré de civilisation) et la police réagit par l’action la plus facile, la plus prompte: le coup de feu. C’est cela l’état des lieux, des gens qui dorment sur des terrains vagues, des efforts pour ramasser les cadavres et les enterrer pour essayer de sauver les vivants emmurés, la pagaille aussi: qui appeler? Où aller? Comment obtenir des soins pour les blessés?

Vous sentez-vous abandonnés?

La colère monte. Sur une radio, un homme hurle: « Préval, souke bounda a » (littéralement: « Préval, secoue-toi le cul! »). C’est vrai qu’on ne sent pas la présence de l’Etat. Nombreux sont les survivants bien portants qui voudraient aider, mais personne ne leur dit quoi faire. L’aide arrive, mais qui coordonne quoi? On en a marre que les médias rappellent qu’Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique. On en a marre que ce tremblement de terre soit une nouvelle occasion de sortir les clichés, de dessiner les mêmes caricatures. Mais on est surtout agacé de la disparition de l’Etat. Le tremblement de terre n’a pas tué l’Etat. On leur demande, foutre, de diriger!

« Ce pays est viable »

Que pensez-vous de cette conférence sur la reconstruction d’Haïti qui est déjà annoncée? 
Conférence… Propositions américaines… Luttes d’influence déjà? Volontés de mainmise? On s’interroge. Cela paraît précipité. Est-ce le moment de parler de tout cela? Tout discours, toute attitude qui pourrait laisser penser que l’on souhaite en profiter pour parler de l’échec d’Haïti ne peut que braquer et inquiéter. Les Haïtiens n’accepteront pas que le tremblement de terre se transforme en prétexte à autre chose. D’ailleurs, les choses sont nettes. Leurs pays ont rapatrié les ressortissants étrangers, avec quelques Haïtiens (partenaires affectifs). C’est normal. On sourit en pensant au poids d’un passeport ou d’une relation. Les nationalités jouent dans les grands malheurs. Sans que cela renvoie aux comportements des personnes. Avec son passeport canadien, je n’ai jamais vu Dany Laferrière aussi haïtien que lors de cette catastrophe.

On a beaucoup entendu dans les témoignages cette semaine qu’Haïti était fini? 
Ce pays est viable, meurtri, matériellement détruit par ce foutu tremblement de terre, miné aussi par des problèmes sociopolitiques, mais viable, en tant qu’entité politique. C’est cela la mise de ceux et celles qui essayent de sortir les gens sous les ruines, des jeunes qui essayent de mettre en place des comités de quartier, des nombreux cadres, enseignants, leaders politiques, ingénieurs, intellectuels, écrivains, tués par le tremblement de terre. C’était cela la mise de ce jeune homme, Pierre-Richard Jean-Pierre, enseignant, animateur culturel, qui venait d’accepter le poste de chef de cabinet de la ministre de la Culture, sur lequel le ministère s’est effondré. Ici, ni les morts, ni les vivants ne réclament une intergouvernance.

Comment se remettre alors d’une telle catastrophe ? 
Avec l’aide étrangère (on ne pourra pas le faire seuls) et dans la dignité (c’est Haïti qu’il faut construire et pas une fiction ni une communauté cobaye de quelque nouvel ordre), il faudra reconstruire un pays avec moins d’injustice sociale, avec un meilleur partage des richesses. Avec un Etat plus digne et au service de la population. Même lorsque nos maisons ont tremblé et se sont effondrées sur nos têtes, tuant nos proches et détruisant nos quelques biens, nous n’avons pas cessé d’y croire. De cette « communauté du pire » dont parlait Camus, tirons la leçon de la nécessité d’un
meilleur vivre-ensemble. Ce tremblement de terre, qu’on ne s’y trompe pas, n’a pas rendu les Haïtiens moins haïtiens, mais leur offre une terrible occasion d’être eux-mêmes et solidaires.

Le monde a mal à Haïti

Fourbissant nos mots, ici ou là, nous laissons couler notre douleur d’Haïti. Le monde a mal à Haïti en ce dimanche matin, au début du 5e jour d’après séisme. Douleur, couleur d’Haïti-monde, dont le séisme ravageur propage ses ondes bien au-delà des rues de Port-au-Prince.

Avec Facebook les mots circulent depuis les hauteurs de la capitale où le poète James Noël envoie ces messages (samedi) :

bcp de mobilisation dans les rues, l’espoir luit drolement dans les yeux. On essaie d’etre optimiste tout en comptant nos morts qui nous tombent dessus toutes les minutes

et :

je suis dans la rue en quete d’amis perdus. Partout dehors, c’est l’odeur de la mort. Le gouvernement n’a pas tjrs decrete le deuil national…

Partout les mobilisations prolifèrent.

Utopiques : Le Sénégal offre une région aux Haïtiens souhaitant migrer en Afrique. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a proposé samedi d’offrir une terre aux Haïtiens qui souhaiteraient migrer en Afrique leur « terre natale ».

Fédératives : On rejoint des groupes sur Facebook. Ils se nomment : Unissons-nous pour Haïti, Earthquake Haïti, Comité Urgence et soutien pour Haïti, Diaspora Afro-Moselle, etc.

De célébrités, dont la dernière en date est une exhibition de tennis en faveur des victimes du séisme en Haïti, organisée sur l’initiative du Suisse Roger Federer, numéro Un mondial, qui a réuni 15 000 spectateurs dans la Rod Laver Arena de Melbourne dimanche 17 janvier, à la veille du début de l’Open d’Australie.

Des clips d’artistes sont enregistrés, des téléthons annoncés, des acteurs culturels se mobilisent « pour le long terme », les urgentistes essayent de « panser » Haïti, les créateurs souhaitent aussi « penser » Haïti.

Des prières ou des permanences physiques sont organisées. A Paris la Plateforme d’associations franco-haïtiennes-PAFHA Agir ensemble ici et là-bas pour un monde solidaire annonce « un accueil physique tous les jeudis de 15h00 à 18h00 au local de La Maison d’Haïti 16, rue Bisson 75020 Paris – Métro : Couronnes. Le téléphone est le 01 44 62 92 87. Pour le moment, elle se tient tous les jeudis après-midi. Mais nous sommes en train de mettre en place une permanence physique plus large. »

Tèt ansanm nou bezwen.

Dany Laferrière au Monde

« Bien que Lyonel Trouillot ait des difficultés pour marcher, il est venu à pied jusqu’à l’hôtel. Nous étions sur le terrain de tennis, il ne nous a pas vus. Il est revenu le lendemain en voiture pour m’emmener chez ma mère. Après quoi, nous sommes passés voir le grand Frankétienne, qui avait sa maison fissurée et qui était en larmes. Juste avant le séisme, il répétait le solo d’une de ses pièces de théâtre qui évoque un tremblement de terre à Port-au-Prince. Il m’a dit: « On ne peut plus jouer cette pièce. » Je lui ai répondu: « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire. » Ce tremblement de terre est un événement tragique, mais la culture, c’est ce qui structure ce pays. Je l’ai incité à sortir en lui disant que les gens avaient besoin de le voir. Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains. Frankétienne, cet immense artiste, est une métaphore de Port-au-Prince. Il fallait qu’il sorte de chez lui. En me rendant chez ma mère, j’étais angoissé car j’ai vu des immeubles en apparence solides totalement détruits, et aussi d’innombrables victimes. »La suite de l’entretien de Dany Laferrière à Christine Rousseau, Le Monde.

Haïti vue de Tahiti

Les noms d’Haïti et de Tahiti sont souvent confondues par les touristes. Mais, la confusion devrait s’arrêter là. Tahiti est réputé être un paradis. Haïti est un enfer depuis des décennies, avec plusieurs coups d’État, de la corruption à tous les niveaux et maintenant un séisme extrêmement meurtrier chez ce peuple qui compte parmi les plus pauvres de la planète.
Haïti est aussi l’unique pays francophone indépendant des Caraïbes. Le drame de ce bout d’île à deux heures de vol des Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique) et à plus de douze de Tahiti a ému le maire de Papeete. Au point que Michel Buillard “a appelé des amis de la société civile pour constituer un collectif d’aide dénommé Tahiti- Haïti 2010”.

Le maire veut aller plus loin en envoyant des fonds publics. Michel Buillard a annoncé qu’il va demander à son prochain conseil municipal de voter une subvention (montant encore indéterminé) pour aider les victimes en Haïti. Parallèlement, le “collectif Tahiti-Haïti 2010”, constitué dans l’urgence hier matin, juste avant la conférence de presse, va organiser une collecte de fonds dans la ville “pour aider dans la durée les victimes”, précise Michel Buillard. À la tête de ce collectif, la maire a voulu un Antillais, pour le symbole. Il s’agit donc de Marcel Luccin, ancien agent de police à Papeete, chargé de chapeauter cette opération qui doit s’étaler sur plusieurs semaines.
L’idée principale est de placer des urnes un peu partout dans la ville, à la mairie, au marché, à l’hôpital, etc. Restent à anticiper sur deux problèmes susceptibles de nuire à la bonne volonté du “collectif Tahiti-Haïti 2010”.

Premièrement, où iront réellement ces fonds ? En effet, la destination haïtienne n’est pas rassurante. Aussi, le viceprésident du collectif Patrick Bordet a précisé que Michel Buillard va se rapprocher du Quai d’Orsay pour être conseillé sur le destinataire le plus fiable. “Nous agirons en toute transparence”, ont répété plusieurs membres du collectif, pour rassurer la population. Deuxièmement, ces urnes ne risquent-elles pas d’être pillées, en particulier ces temps de crise ?

Le directeur de cabinet adjoint de la mairie de Papeete, Jérôme Charbonnier, se charge d’assurer un système de sécurité des fonds recueillis. Et pour donner de l’élan à cette initiative humanitaire, les évènements sportifs comme des courses à pied ou à vélo (sous la houlette de Patrick Bordet), ainsi qu’un concert devraient être organisés en ville pour inciter la population à financer dans la joie l’aide aux victimes de ce pays francophone, mais indépendant…
François Verprat

Marcel Luccin, président du “collectif Tahiti-Haïti 2010”

“Nous sommes tous frères”

Aux Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Dominique, Haïti), les populations noires des différentes îles (initialement occupées par les Amérindiens comme les Arawaks) gardent un sentiment fort d’appartenance aux mêmes origines, qui remontent à l’époque de l’esclavage.

Haïti est devenue indépendante voilà plus de deux siècles. Ainsi, on comprend mieux la réaction du président du “collectif Tahiti Haïti”, Marcel Luccin : “Nous sommes touchés dans notre coeur. Ce sont des frères. Dans mon enfance, j’ai été élevé avec des Dominicains et des jeunes de la Caraïbe. Après, il y a eu les problèmes d’identité, de nationalité. Mais aujourd’hui, quand on voit ce qui se passe, nous partageons le même problème. Ce séisme aurait pu arriver en Martinique. Ça nous est déjà arrivé, mais avec moins de dégâts, parce que c’était beaucoup plus en profondeur. Ce matin, j’ai reçu des nouvelles d’une personne que je connais là-bas. Ils ne sont que blessés. D’autres ont disparus…”

Source : La Dépêche de Tahiti , 15 janvier 2010

 

Un collectif polynésien pour aider Haïti

Le collectif « Tahiti-Haïti 2010 » est né jeudi matin, à l’hôtel de Ville de Papeete, à l’initiative du député maire, Michel Buillard (UMP), rejoint par des personnalités de la société civile ainsi que des représentants des associations antillaises. L’objectif est de collecter des fonds pour les habitants de l’île sinistrée. Concerts et événements sportifs sont envisagés.

« De l’autre côté des deux Amériques, il y a des îliens qui pensent à d’autres îliens » a souligné Louise Peltzer, présidente de l’Université de Polynésie et membre du collectif. Et celle-ci d’ajouter : « nous ne sommes pas à l’abri d’une telle catastrophe ».

« Nous agissons dans l’urgence, mais aussi dans le temps, avec plus tard, une opération de parrainage d’enfants orphelins », a précisé Michel Buillard, au côté duquel siégeaient, jeudi matin, des commerçants ou encore des représentants de l’assemblée de Polynésie.

« On nous dira qu’autour de nous, à Tahiti, il y a aussi des gens dans le malheur, mais il s’agit ici de manifester notre élan de solidarité », a ajouté l’ancien ministre, Patrick Bordet qui, pour récolter des fonds, se propose d’organiser une compétition cycliste. Des concerts et manifestations sportives naîtront également pour mobiliser les citoyens.

Si le président d’honneur du collectif est le député-maire Michel Buillard, la présidence a été confiée à Marcel Luccin, qui gère la communauté antillaise de Polynésie française.

Le bureau directeur affirme qu’il agira en toute transparence quant aux fonds récoltés.

« Nous souhaitons qu’il n’y ait pas de dérive. C’est pourquoi le député maire contactera le Quai d’Orsay afin de savoir vers quel organisme officiel seront reversés les fonds », a précisé Patrick Bordet.

Des urnes seront disposées à l’hôtel de ville de Papeete, mais également dans les grandes surfaces et lieux publics. Par ailleurs, des agents de la municipalité, mais également plusieurs personnalités du collectif, feront du porte à porte auprès des commerçants de la capitale.

Le collectif en appel donc à toute la population et à ses valeurs naturelles de compassion, d’humanité et de générosité pour tendre la main aux survivants de la catastrophe haïtienne.

Pour toute information sur le collectif Tahiti – Haïti, un seul numéro de téléphone: le 79 99 72. Le site Internet de la capitale diffusera prochainement le programme des manifestations.

Par le passé, Papeete s’était mobilisée avec le même élan de solidarité lors du Tsunami de décembre 2004, en Asie du Sud et qui avait fait plus de 280 000 victimes.

CD Tahitipresse, le 14 janvier 2010 à 14:51