
« Ces livres me devinaient, ils m’écrivaient et me donnaient droit de cité tout en mettant au jour une part commune. Je m’aventurais pour l’étranger pour finalement tomber sur moi-même, m’offrant d’aller dans une complexité à laquelle la dictature du divertissement généralisé a définitivement tourné le dos. Ces livres prenaient soin de moi. »
Arnaud Cathrine, Nos vies romancées, Stock
« Alejandra Pizarnik note en 1959 dans son journal intime : “Je dois arrêter de lire les auteurs dont je peux me passer, ceux qui pour le moment ne m’aident pas.” Les livres que je voudrais évoquer ici m’ont infiniment aidé. Au moment où je les ai lus, bien sûr, mais aujourd’hui encore. Je les relis à intervalles réguliers. On appelle cela des “livres de chevet”.
Évidemment, il m’a fallu n’en choisir que quelques-uns, sous peine de n’avoir que peu d’espace à réserver à chacun d’entre eux. J’en ai donc retenu six, à partir d’une liste bien plus longue dont j’ai pensé un moment que je ne m’en débrouillerais jamais. Mais, contre toute attente, l’odieux tri s’est fait de lui-même lorsque j’ai “redécouvert” qu’on n’a pas forcément quelque chose de futé à dire de ce que l’on aime. Certains livres sont donc tombés pour cause d’enthousiasme banal, obscur ou impropre à faire l’objet d’un exercice d’admiration.
Carson McCullers, Françoise Sagan, Roland Barthes, Fritz Zorn, Sarah Kane et Jean Rhys : quatre femmes, deux hommes ; quatre étrangers, deux Français. Au total, l’inventaire ne dit pas grand-chose car je n’ai pas cherché d’équilibre. Les choses se sont distribuées simplement. Au gré des objets de mon affection.
Je me suis autorisé à inscrire ces lectures dans un contexte moins intime que personnel. Ce projet est arrivé au bon moment pour moi. Je cherchais ça : une écriture personnelle qui ne soit pas forcément intime. Il m’a importé aussi d’écrire deux ou trois choses que je pense de la littérature et qu’il me semblait prématuré d’écrire jusque-là. »
