
Homo ecranis, Homo computerus, l’homme dans la « globalisation écranique »… Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, déjà auteurs de La Culture-monde, proposent une nouvelle édition de L’écran global, sous-titré « Du cinéma au smartphone », publié chez Points.
Dans cette seconde édition (la première date de 2007), Lipovetsky, philosophe et sociologue, et Serroy, universitaire et critique de cinéma, examinent « derrière la lumière de l’autonomie et de l’ouverture au monde — qu’illustre Internet —, il y a une face sombre et noire : le côté obscur de la transparence ».
« Une majorité d’employés, de cadres, de dirigeants passent désormais l’essentiel de leur temps devant un écran : l’homme est devenu homo computerus. Pour le meilleur et le pire. Travailler devant un écran ne ressemble plus à descendre au fond de la mine : et pourtant, jamais la thématique de la souffrance au travail n’a eu un tel écho, social et sans doute individuel.
Cela à l’évidence n’est pas dû uniquement à l’ordinateur et relève pour l’essentiel de la mondialisation de l’économie et des exigences de résultats à court terme imposés par le capitalisme financier. Mais cela relève aussi des formes nouvelles du travail, lesquelles génèrent une urgence, créée par l’aspect impitoyable de la compétitivité et relayée par le harcèlement de l’écran, qui génère un stress particulier, engendre une souffrance intérieure d’un genre nouveau.
L’ouvrier fordien esclave de sa machine a fait place au cadre informatisé soumis à son écran et à l’intensivité d’un travail imposant le raccourcissement des délais, l’instantanéité des réactions, l’impossiblité de prendre du recul : un temps nouveau, que l’on croit maîtriser et qui en même temps impose son rythme infernal. La tyrannie du temps réel, direct, instantané. »
L’écran global, un livre qui devrait être remboursé par Facebook.
