Édouard Glissant, une générosité sans limite (Alexandre Leupin)

Alexandre Leupin, professeur au département d’études françaises de l’Université d’Etat de Louisiane à Baton Rouge, auteur avec Édouard Glissant des « Entretiens de Baton Rouge » (Gallimard, 2008) :

 » Cette conversation fut pour moi un dépassement de soi. La pensée d’Édouard Glissant, visant à faire dialoguer le monde entier avec lui-même, est d’une générosité sans limite. Elle est aussi respectueuse du singulier: c’est la mise en pratique de ce qu’il appelle l’opacité, la part obscure et silencieuse des êtres et des cultures qui ne saurait être réduite à un discours quel qu’il soit. Comment ne pas souscrire à un tel projet ? ».
Lire l’entretien dans son intégralité sur swissinfo.ch.

Extrait, p. 55-56 :

Édouard Glissant. La notion de centre, de périphérie, je me souviens que je l’ai désignée dans La Lézarde, où, pour parler de la France et de Paris et du gouvernement, j’emploie le mot « Centre », avec un C majuscule.

C’est alors la première fois que j’utilise ce mot. Le problème est qu’en fait j’écris La Lézarde alors que je me trouve déjà en France. C’est-à-dire dans le Centre. On ne peut bien comprendre le rapport d’un centre à une périphérie qu’en faisant l’expérience du Centre. Parce que le Centre se désigne comme centre, mais ne rapport ce qu’il est qu’en se démarquant comme Centre. La figuration du centre peut apparaître comme mythique, vue de la périphérie.

Écrivant dans le Centre, on commence à comprendre que peut-être il y a une pensée excentrique, qui se déplace hors de la norme du centre. Et je peux dire, sans aller à des outrances ou à des enflures, que c’est à l’époque où j’écris La Lézarde que je commence à comprendre qu’il y a une donnée de la pensée excentrique, intéressante par rapport à une forme de la pensée centrée.

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