« L’homme était timide pour tous. Il déployait une rhétorique inquiète, laquelle à mon avis minorait sa voix puisque les échanges avec lui étaient ponctués de silences et d’écoute en grande complicité avec ses yeux mi-clos auxquels s’associait souvent son humour intarissable.
Son œuvre m’a profondément marqué depuis ce long temps que je la fréquente. C’est elle, en effet, qui m’a mené à Victor Segalen, Saint-John Perse, William Faulkner, Kateb Yacine, Yves Bonnefoy et tant d’autres, comme autant de corrélats ou de ramifications de ma « glissantothèque ». Son œuvre hèle aussi tous les arts de la création.
Car pour Édouard Glissant la littérature n’avait pas de place privilégiée. Il créait avec Matta, Augustin Cárdenas, Victor Anicet, Jacques Coursil, pour ne citer que ceux-là, inséparables de sa parole. Mais aussi ses lecteurs : Alain Baudot, Bernadette Cailler, Lilian Pestre de Almeida, Jean-Pol Madou, Edwy Plenel, Loïc Céry, Raphaël Lauro, Joseph Polius, Samia Kassab, José Hayot, ô répondeurs émérites.
L’un des hommages que j’ai pu lui rendre de son vivant fut par le rattachement de sa création fictionnelle à ma vie, puisque les prénoms de mes enfants proviennent de ceux de personnages glissantiens : mon fils Raphaël (qui faillit bien s’appeler Thaël) évoque le personnage de Raphaël Targin, et ma fille Mycéa, vient de celui de Marie Célat. La mort des personnages est impossible. Mathieu en est un fameux, recommencé.
Édouard Glissant nous rassemble depuis son cimetière marin.
Poète, à jamais. »
Manuel Norvat, universitaire, Madinin’Art.
