Trois réactions recueillies par le magazine Respect Mag (extraits) :
François Durpaire, historien :
« Avec tout le respect dû à Jean-Marie Lé Clézio, si on considère les occurences d’auteurs dans les bibliographies des étudiants américains, britanniques, canadiens, sénégalais etc., Édouard Glissant est incontestablement notre « autre » prix Nobel de littérature… Au delà de cet argument d’autorité, Glissant est celui qui nous aide à penser le XXIème siècle, grâce aux concepts de « créolisation » et celui de « tout-monde ». De la Martinique, il a vu arriver le monde, mieux que ne l’ont fait les intellectuels des dits grands pays, engoncés dans leur passé glorieux. »
Léonora Miano, écrivaine :
« Édouard Glissant ne dit pas que le monde métissé est une sorte de méli-mélo où toute différence s’annule. Au final, le mélange n’aboutit jamais à un univers de personnes lisses, identiques. Il y aura toujours des efforts à faire pour découvrir l’autre. Pour lui, la rencontre ne cesse jamais. Quelque chose reste toujours à conquérir. Le métissage se réalise de manière permanente, le monde est en constante mutation. Une idée très belle et très juste. »
Christiane Taubira, députée :
« Les seuls moments où il était cassant avec moi c’est lorsque je parlais économie. Il me disait : « Tu arrêtes là ! On ne comprend pas le monde par l’économie ». Il trouvait que cette dernière avait tout envahi. Je suis toujours éblouie par sa pensée. »
Françoise Vergès, politologue :
« Edouard Glissant remet l’histoire à l’endroit dans Mémoire de l’esclavage. Il parle de l’abolition comme d’un don et rend compte de l’esclavage comme un processus qui détache les personnes d’elles-mêmes. Il dénonce aussi cette manie qu’on a de rattacher les Antilles à la métropole, de les réduire à ce rapport là.
La création d’un musée de l’esclavage est une bonne idée, dans la continuité du travail qu’il a réalisé depuis des années mais il ne faut pas attendre que les gens disparaissent pour leur rendre hommage. Edouard Glissant a enseigné aux États-Unis, mais il n’a jamais pu le faire en France. Il a écrit un rapport dans le cadre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage que je préside. Cela fera 10 ans que la loi Taubira du 21 mai 2001 a été votée et rien n’est encore fait. »
