http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=32476Découvrez La mort de l’écrivain Edouard Glissant chantre de la créolisation sur Culturebox !
La mort de l’écrivain martiniquais Edouard Glissant ce matin à Paris, à l’âge de 82 ans, ne doit pas nous laisser sans voix. Ses livres, leur lecture, l’extrême souplesse de ses pensées, en chanson, en actes poétiques, en références, ici et ailleurs montrent la pertinence d’une pensée toujours en mouvement, hors des dogmes figés.
Ce déparleur fouaillait un mondé incréé issu de la cale négrière. Anticolonialiste, il militait pour une décolonisation des imaginaires.
« L’amateur de contes, driveur d’espaces, qui n’estime la parole qu’à ce moment où elle chante et poursuit, peut-être se devrait-on de lui trouver un autre nom que celui de poète : peut-être chercheur, fouailleur, déparleur, tout ce qui ramène au bruissement, dévergondé du conte. Déparleur, oui, cela convient tout à fait.» Tout-monde, p. 279, cité par Dominique Chancé, Édouard Glissant, Un traité du « déparler », Karthala.
« Agis dans ton lieu, pense avec le monde »
« L’uniformisation des cultures est une gigantesque tentative de stériliser les imaginaires individuels et collectifs. La loi du profit tue autour de nous les arbres, les fleuves, les forêts, et par conséquent les humanités. Mais une fois ces constats faits, faut-il, pour lutter, se replier sur son lieu, refuser ce mouvement du monde? Évidemment non ! C’est seulement un imaginaire du monde, c’est-à-dire une conception de la mondialité, qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation.
Je crois qu’il faut adopter le principe: agis dans ton lieu, pense avec le monde. C’est cela la mondialité. Une politique du monde qui s’oppose aux aspects négatifs de la mondialisation. » (Entretien dans Rhizome et créolisation, une poétique, Revue lacanienne, L’unebévue n°26 : Rhizome, carte, nœud bo, 2009.)
Parmi les premières réactions, celle d’Emmanuelle Colas, présidente et directriuce éditoriale des éditions Galaade , éditrice des petits livres d’intervention de Glissant, dont celui avec Patrick Chamoiseau, Quand les murs tombent :
« Depuis 2007 et Quand les murs tombent. L’identité nationale hors la loi ?, puis en 2009 L’Intraitable Beauté du monde. Adresse à Barack Obama jusqu’au « bouleversement » qu’est le poème total, généreux et organique qu’il a inventé dans La Terre, le feu, l’eau et les vents. Une anthologie du Tout-Monde, Édouard Glissant a scandé, entre poétique et politique, entre mesure et démesure, dans une relation qui lui ressemblait, entière, difficile, incroyable, et toujours créatrice, les jours et les nuits de Galaade. Poète d’un monde « en devenir », inlassable combattant à l’imaginaire flamboyant, il était « une sorte de survivant du cercle des poètes disparus ». Au rythme de nos échanges entre Paris, la Martinique et New York, d’un bateau l’autre, avec toujours la présence fortifiante et parfois désastreuse des éléments, en étroite collaboration avec l’Institut du Tout-Monde, le Fonds de dotation Agnès b., la Maison de l’Amérique latine, ensemble, nous avons travaillé. Et ce fut une histoire merveilleuse que nous poursuivrons car « Rien n’est vrai, tout est vivant / Rien n’est vrai : Il n’y a que suspens entre un passé / et un avenir ».
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A suivre dans les jours qui viennent :
Agenda :
L’archipel Glissant Journée spéciale et veillée en hommage à Edouard Glissant France Culture qui a accompagné la vie et l’œuvre d’Edouard Glissant pendant près de 40 ans, dispose d’archives exceptionnelles. Qu’il s’agisse du dernier entretien accordé par l’écrivain à Laure Adler le 3 décembre 2010, ou de la soirée que France Culture et l’Odéon-Théâtre de l’Europe lui ont consacré en sa …
Le laboratoire “littératures et études postcoloniales” de l’École normale supérieure organise à Lyon le 9 février un colloque consacré à l’œuvre de Glissant, intitulé : “De la mise en mots à la mise en œuvre : la pensée et l’écriture de Glissant en contexte”. Quatre chercheurs sont invités : Célia Britton, Romuald Fonkoua, Alain Ménil et Lambert-Félix Prudent. Programme et contact sur le site d’Africultures.
Les périphériques vous parlent invitent à une projection (suivie d’un débat) du film Les attracteurs étranges de Federica Bertelli, sur « la pensée du tremblement chez Edouard Glissant », qui aura lieu le 10 février à 20h à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris. La réservation est impérative au 01 42 76 67 20 ou par mail à genevieve.theraulaz@paris.fr
La revue Cassandre/Horschamp fêtera le 13 février les 25 ans du Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon 75 018 Paris), avec une rencontre sur les « cultures transfrontalières », Par delà les frontières. « Pour ce qui est de la circulation de la langue française à travers le monde, Cassandre/Horschamp ne cesse de faire vivre un regard ouvert sur une langue et une culture en mouvement perpétuel en donnant la parole aux plus grands artistes de l’outre-mer, de Patrick Chamoiseau à Édouard Glissant en passant par Mimi Barthélémy et bien d’autres.»
Les Îles jamais trouvées, exposition au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne jusqu’au 17 avril 2011 s’inspire du concept de « la pensée rhizomique de Gilles Deleuze, reprise et augmentée avec merveille par Edouard Glissant. Ce dernier comprend le monde comme un archipel, où chacun d’entre nous serait une île. Les îles sont connectées entre elles grâce aux échanges et aux déplacements. Deux connecteurs sur lesquels travaillent Barthélémy Toguo, Kimsooja et Latifa Echakhch, dont les œuvres poétiques/politiques nous confrontent aux failles de notre société. » (source Africultures).
Revue de presse récente sur la poétique de Glissant :

Edouard Glissant ou la créolisation comme nouvel idéal humain – Adieu la négritude. A propos du livre d’entretiens avec Lise Gauvin, L’imaginaire des langues (Gallimard, 2010), Tirthankar Chanda (RFI) écrit : »La « relation » est la clef de voûte de cette pensée prophétique du devenir humain. Dans le monde « archipélisé » qu’elle met en scène, les diversités civilisationnelles coexistent, sont mises en relation et en réseau pour mieux s’influencer tout en préservant leurs spécificités. C’est une vision originale car elle n’est pas réductible à la pensée de l’universel qui est trop souvent synonyme d’occidentalisation pure et simple. Dénonçant l’universel comme la volonté d’imposer les valeurs particulières (en l’occurrence les valeurs occidentales) en valeurs valables pour tous, le philosophe martiniquais plaide pour un monde réellement pluriel, « au carrefour de soi et des autres » (…)
Cet entretien a aussi un côté prophétique car il annonce la fin d’un monde ancien fondé sur des notions de la hiérarchie des langues et des cultures, de l’universel, et surtout de l’identité définie comme une essence. »
Le lien, Glissant et Internet :
Pour Edwy Plenel, le fondateur et directeur de Médiapart, Glissant est un visionnaire : « L’univers du lien, substrat de la vitalité démocratique », écrit-il dans une série d’articles consacrés à Wikileaks :
« Nul hasard si l’on doit à Edouard Glissant, avec cette acuité visionnaire propre aux poètes, quelques fulgurances sur Internet dans un passage anticipateur de son Traité du Tout-Monde, publié en 1997, à une époque où le Net balbutiait encore. Toute l’œuvre de ce grand voyant est en effet ancrée sur une «philosophie de la Relation», où s’entrecroisent et s’enrichissent mutuellement poétique et politique. La Relation comme antidote à la domination et comme apprentissage de l’incertitude… Loin de certaines crispations académiques face aux ébranlements numériques, Glissant pressentait dans Internet le surgissement de l’imprévisible et du discontinu, ruptures qu’il accueille volontiers :
« Si les sciences classiques avaient pour fin l’infiniment petit et l’infiniment grand, nous devinons que la science informatique ne considère que l’infiniment mouvant. […] Internet déroule le monde, il l’offre tout dru. »
À lire également (en anglais) « Le Web et le Traité du Tout-monde« , analyse de Kathleen Gyssels (Mots pluriels, août 2001, en anglais).
Glissant inspire la chanson, exemple avec l’auteur-compositeur cap-verdien Mario Lucio et de son album « Kreol », qui, résume La Croix, parcourt en dix-sept chansons, et sept pays, la route du commerce des esclaves d’antan. Dédié à l’océan Atlantique, qualifié par l’artiste de « matrimoine de l’humanité », « Kreol » est tout entier l’expression du métissage des peuples de l’Atlantique. : « A l’image de Cesaria Evora autre avocate des musiques cap-verdiennes élargies au vaste monde et le malien roi de la kora Toumani Diabaté. Le chant des îles et le tour des émotions. »
Glissant inspire les chercheurs, exemple avec cet appel à contributions pour un « livre collectif sur la littérature-monde ». Date limite de la soumission des articles : le 1 avril 2011.
Extrait de l’appel de Cécilia W. Francis, professeure agrégée du Département de langues romanes de St. Thomas University Fredericton (Canada) : « À la suite du colloque « Trajectoires et dérives de la littérature-monde. Poétiques de la relation et du divers dans les espaces francophones » qui s’est déroulé à Fredericton du 21 au 23 octobre 2010, les organisateurs invitent tout chercheur intéressé par la littérature-monde à soumettre un article en vue de la publication d’un livre sur le thème de la littérature-monde.
La littérature-monde s’inspire de la poétique de la relation telle que développée par Édouard Glissant. Ce dernier décrit le changement de civilisation qui se manifeste à travers le monde comme le passage du Même au Divers. D’un humanisme universel où les différences sont sublimées, nous sommes passés à une conception du monde comme un « faisceau de relaté ». »
Pour approfondir la pensée d’Édouard Glissant, voir les séminaires de l’Institut du Tout-monde, animés par le philosophe François Noudelmann.
Édouard Glissant, la créolisation du monde, est un documentaire de la collection Empreintes (France 5), réalisé en 2010.
Sur Outre-mer 1ère, plusieurs vidéos sont en ligne.
