
Les Bizangos, c’est fascinant. Exposés l’été 2009 à Genève (Papalagui, Parfum de vodou), ils avaient impressionné leurs visiteurs. Une présentation magistrale en fin de parcours, une confrérie secrète au faciès terrifiant.
Le musée du Quai Branly n’a pas accueilli l’exposition. C’est dommage. Mais une acquisition récente pourrait intrigué les visiteurs. Un empereur Bizango dans les collections permanentes. Ses miroirs cousus sont prêts à refléter la foule des amateurs de l’un des musées les plus visités de Paris.
Ce Bizango a été vendu par l’espace Loas , « centre d’art haïtien » à Nice, qui nous informe d’une « bonne nouvelle » : « Le musée du Quai Branly vient de nous acheter une œuvre exceptionnelle que nous avions trouvé (sic) au Temple Ditsou à proximité du Bois Caïman. Il s’agit de l’Empereur Bakala Bizango Bazin 1er de l’armée Bizango, tailleur, ensorceleur et cousin germain du célèbre esclave Mackandal. »
Le site du musée du Quai Branly donne des détails :
« Considéré comme un empereur de l’armée secrète des Bizango, ce personnage dénommé « Bakala Bizango Bazin », « tailleur et ensorceleur », proviendrait du temple Ditsou, détenu par la société Bizango Zimba du Borgne, dans la plaine du Nord haïtien.
De ces statues et de la société bizango, très peu de choses sont connues : l’abondante littérature anthropologique traitant du vodou haïtien ignore quasiment les organisations secrètes. A l’image d’autres institutions du même type, Makanda ou Chanpwèl, les Bizangos fonctionnent comme une institution militaire garante de l’intégrité territoriale d’une région et possèdent des grades : Capitaine, Général, Roi et Reine, Empereur. Leur origine pourrait remonter aux temps de l’esclavage où ils auraient été des combattants de la liberté, attaquant les colons la nuit, protégeant les grandes familles du vodou et rendant la justice.
Liés à ces rites nocturnes, des statues toutes anthropomorphes, entre 1,30 à 1,50m de taille, offrent une apparence violente, agressive, belliqueuse. Enveloppés de tissus cousus, de deux seules couleurs, celles de la société bizango, le rouge et le noir, ces personnages sont fabriqués à l’aide de supports intérieurs inconnus. La plupart sont claudicants, amochés, malades, déformés. L’utilisation de miroirs, parfois de dents humaines voire de crânes renforce cette impression dérangeante. Ils possèdent souvent un ou plusieurs attributs spécifiques, comme un bouclier, une lance, une épée, des cornes, des chaînes… Celui acquis par le musée porte ainsi une canne et une paire de ciseaux et – légende ou réalité ? – représenterait le cousin du célèbre Mackandal, un des premiers héros mythique des rebellions contre l’esclavagisme au XVIIIe siècle.
Fin XXe siècle
Tissu rembourré, os, bois, miroirs et métal. H. 130 cm, l. 55 cm.
70.2009.48.1.1-2
Sur les bizangos, voir le film Une mémoire vodou d’Irène Lichtenstein, consacré à la collection de Marianne Lehmann. Projection à Lausanne, Pôle Sud, le 4 mars à 20h, à Paris à la fin du mois.
