Tête trophée, tête taboue, tête restituée

Une tête maorie arrivée en France en 1875 sera rendue prochainement à la Nouvelle-Zélande. Elle pourrait être inhumée selon les rites ancestraux des anciens guerriers polynésiens, probablement en 2010. Cette tête de guerrier immémorial, devenue tête-trophée pour cabinet de curiosités, oubliée comme une espèce de tabou dans un cul de basse-fosse muséographique à l’instar des quinze à vingt têtes maories conservées dans les musées français, sera donc res-ti-tu-ée 135 ans après son entrée en France…

Le gouvernement est d’accord, comme l’a exprimé le nouveau ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand. Le Sénat est d’accord à l’unanimité. Il vient d’examiner ce 29 juin la  » proposition de loi visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories et relative à la gestion des collections  » déposée par Catherine Morin-Desailly.

Cette tête de guerrier tatouée et momifiée fait partie des collections permanentes du Museum d’Histoire naturelle de Rouen, en Normandie, le second du genre en France. Elle avait suscitée une polémique en 2007 (Papalagui, Tête-à-tête) lorsque — malgré une cérémonie effective de restitution à la Nouvelle-Zélande —, le tribunal administratif (saisi par la ministre de la culture, Christine Albanel) avait jugé que la tête ne pouvait être cédée sans une procédure de déclassement. Le déclassement consiste à  » extraire  » une pièce du patrimoine national, celui des collections publiques.

Pièce de musée ou part du corps humain ? se demandait alors le New York Times.

L’intitulé de la proposition de loi, qui selon toute vraisemblance devrait être adoptée sans difficulté par l’Assemblée nationale, répond à cette question. La tête de Rouen ne serait pas seule concernée par cette restitution, comme le précise le rapport de Philippe Richter :

Une  » commission devra également formuler des recommandations et une doctrine générale sur le déclassement, afin d’éclairer les propriétaires et gestionnaires de collections dans leurs décisions, et remettre au Parlement un rapport dans un délai d’un an. Elle devra en particulier se pencher sur la question particulièrement sensible et complexe des restes humains. « 

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